Berlinale 2023 : The Survival of Kindness

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The Survival of Kindness

Australie, 2022
Titre original : The Survival of Kindness
Réalisateur : Rolf De Heer
Scénario : Rolf De Heer
Acteurs : Mwajemi Hussein, Deepthi Sharma et Darsan Sharma
Distributeur : Nour Films
Genre : Anticipation
Durée : 1h36
Date de sortie : 13 décembre 2023

2,5/5

La simplicité est sans doute la clé grâce à laquelle il pourrait être possible de comprendre, voire d’apprécier The Survival of Kindness, le film de Rolf De Heer par lequel nous commençons notre couverture forcément partielle de la compétition de ce Festival de Berlin. En effet, cette métaphore sur la fin du monde se décharge assez rapidement de quelque ambition philosophique que ce soit. A moins que le réalisateur ne veuille qu’on surinterprète l’errement sans but, ni fin apparente de son personnage principal comme un commentaire pessimiste sur l’état actuel du monde.

Car comment ne pas évoquer, en cette première Berlinale après la crise sanitaire mondiale, la pandémie, fictive celle-là, qui a laissé l’humanité dans un état de délabrement avancé. La mort y rôde partout. Pourtant, le récit demeure presque fâcheusement impassible. Comme si, à force d’habiter un environnement inhospitalier, les personnages s’enfermaient dans un carcan affectif, fait de passivité et dépourvu d’empathie.

En fait, quel sens donner au titre du dix-septième long-métrage du réalisateur, puisque son héroïne semble infiniment plus préoccupée par sa propre survie que par des actes altruistes, susceptibles d’alléger le quotidien terne et éprouvant de ses contemporains ? A noter qu’il s’agit déjà du deuxième film sur deux vus en ce festival à réserver une place de choix à la thématique épineuse du racisme, ainsi qu’à celle beaucoup moins problématique des habits de reconstitutions d’époque. Sauf que le contexte social de ce conte d’anticipation reste malheureusement assez flou, nous permettant au mieux de déduire que la population noire est tenue en servitude et même sujette à des actes de barbarie, le plus souvent évoqués hors champ. A l’exception du calvaire de la femme noire, abandonnée sans justification au milieu du désert, sans que l’on ne connaisse les raisons de la cruauté gratuite de ses tortionnaires.

Est-ce pour la mettre à l’écart, de peur qu’elle répande davantage la maladie contre laquelle elle paraît immune ? Pourquoi alors faire un tel effort pour elle, tandis que de nombreuses victimes de cette civilisation détraquée sont sommairement exécutées ? Tant de questions dans le vide autour d’un récit, qui finit par épouser une forme vaguement cyclique et néanmoins pas plus adaptée à conférer du sens à cette aventure apocalyptique.

© 2022 Richard Williams / Triptych Pictures / Vertigo Productions / Screen Australia / Umbrella Entertainment /
Nour Films Tous droits réservés

Synopsis : Une femme noire est abandonnée dans une cage au milieu du désert. Pendant les premiers jours de sa captivité, elle tente en vain de s’échapper de sa remorque mortuaire. Elle finit par y arriver. Commence alors un long périple à travers des paysages inhabités, jusqu’à ce qu’elle rencontre de nouveau des hommes et des femmes, autant aux abois qu’elle.

© 2022 Richard Williams / Triptych Pictures / Vertigo Productions / Screen Australia / Umbrella Entertainment /
Nour Films Tous droits réservés

Fourmiz

Au risque de nous répéter, le minimalisme fait initialement la force de The Survival of Kindness. La première cible de ce dépouillement de tout ce qui n’est pas essentiel orchestré par Rolf De Heer est un langage au moins vaguement compréhensible par le spectateur. Or, dans le monde du futur, on communiquera apparemment dans un drôle de charabia. Celui-ci est rendu encore plus inintelligible par le port de masques à gaz parmi la population en charge de maintenir un ordre aux valeurs largement arbitraires. La vie n’y vaut pas chère et personne ne semble s’émouvoir des cadavres omniprésents, ni des humains tenus dans des cages comme des animaux. Dans ce monde de demain, l’échange verbal entre les hommes est devenu caduc, surtout parce que des paroles ne pourront plus rien contre la désolation ambiante.

Avant d’en arriver à ce constat déprimant, le scénario fait un long détour par un huis-clos étouffant, au rythme des journées brûlantes et des nuits glaciales. L’exploration de cette prémisse proche du genre horrifique dure un quart d’heure, jusqu’à ce que les tentatives d’évasion de la femme noire aboutissent enfin. Il s’agit de quinze minutes plutôt difficiles à suivre, tant les tenants et les aboutissants de sa présence dans ce décor étrangement exigu font défaut. Elle essaie certes de trouver la faille entre les barreaux de sa prison à ciel ouvert. Mais la perte progressive de ses forces physiques et même mentales aurait dû compromettre sa quête d’un ailleurs, au delà de sa cage maudite.

© 2022 Richard Williams / Triptych Pictures / Vertigo Productions / Screen Australia / Umbrella Entertainment /
Nour Films Tous droits réservés

La bourse aux godasses

Peu importe, elle finit par s’affranchir de ses entraves. Cependant, le monde qu’elle nous fait découvrir dorénavant n’a strictement rien de rassurant. Son découragement face à l’étendue déserte du paysage qu’elle survole du regard depuis un point élevé sonne alors presque faux. Ses premières rencontres avec le monde soi-disant civilisé se passent de façon peu encourageante. Plus que de la nourriture, ce sont des habits et autres chaussures permettant de poursuivre la route qui y importent. La femme noire en trouve et en perd régulièrement, de gré ou de force, quoique toujours dans un échange de mauvais procédés, la notion du vol ou au moins de la prise d’intérêt égoïste ayant chaque fois son mot à y dire. L’attribut suprême du pouvoir ou en tout cas de la possibilité de se déplacer à peu près librement, le masque à gaz, s’avère finalement être un atout à double tranchant.

L’intégration trompeuse qu’il permet au personnage principal se solde en effet par des prises de risque de plus en plus déraisonnables. Surtout parce qu’à aucun moment, nous pouvons ne serait-ce que nous douter où cette voyageuse des temps modernes souhaite en venir. Son statut d’aventurière solitaire a ainsi beau évoluer au fil du temps – d’abord seule au monde, elle commence par croiser quelques énergumènes au comportement et au discours douteux, avant de trouver in extremis chaussure à son pied, pour ainsi dire –, il ne devient jamais tout à fait clair ce que son odyssée est censé apporter aux autres personnages. Une frustration ressentie de manière encore accrue par nous, incapables que nous sommes, admettons-le, de faire entrer cette fantaisie lugubre dans les cases préétablies du genre du film d’anticipation.

Notre tâche de compréhension et d’implication affective est rendue encore plus compliquée par la conclusion, une note finale partie pour tout relativiser. Hélas, elle finit au contraire par accroître encore la vacuité du propos de Rolf De Heer.

© 2022 Richard Williams / Triptych Pictures / Vertigo Productions / Screen Australia / Umbrella Entertainment /
Nour Films Tous droits réservés

Conclusion

Tout ça pour ça ! Et surtout, tout ça pourquoi ? Décidément, nous avons toujours autant de mal avec des films de science-fiction au sens large, qui ne s’efforcent pas suffisamment d’établir une logique de l’édifice social du monde d’après-demain, assez solide pour nous la rendre crédible. The Survival of Kindness est de ceux-là. Malgré quelques pistes de réflexion pas sans mérite, le film de Rolf De Heer a la fâcheuse tendance à trop ressembler à son personnage central, c’est-à-dire à une survivante coupée du monde et pas particulièrement intéressée à rétablir le lien avec les autres. Dites-nous, s’il vous plaît, si nous avons tort de toujours considérer ce dernier comme essentiel, à la fois au cinéma et dans la vie réelle !

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