Berlinale 2017 : Casting

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Allemagne, 2017
Titre original : Casting
Réalisateur :
Scénario : Nicolas Wackerbarth et Hannes Held
Acteurs : , , Milena Dreissig
Distribution : ASC Distribution
Durée : 1h31
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 27 février 2019

Note : 3/5

Aussi riche et intense l’œuvre de Rainer Werner Fassbinder soit-il, il ne nous viendrait jamais à l’esprit de le louer pour sa prédisposition à nous faire rire aux éclats. Ses films, restés d’une grande pertinence culturelle en Allemagne et à l’étranger, témoignent au contraire d’un penchant presque pathologique pour la souffrance, à subir et à donner. A l’honneur pendant ce 67ème à travers la reprise en version restaurée de deux de ses films-fleuve, Fassbinder se glisse aussi plus indirectement dans la programmation de la Berlinale, par exemple avec cette comédie cruelle et jubilatoire sur les coulisses du monde du spectacle. Dans son deuxième film, le réalisateur Nicolas Wackerbarth nous emmène dans une course folle à travers les différents stades d’un casting sous haute tension. Le propos y est aussi cynique que dans les contes poisseux de Fassbinder, mais avec une dose considérable de sarcasme, plus que bienvenue en ce début de festival. Casting, c’est le microcosme d’une équipe de tournage disséqué au scalpel avec un œil très précis pour les imperfections humaines, encore agrandies outre mesure par l’arrogance et l’égoïsme de ces soi-disant artistes, pour qui seule la réussite personnelle paraît avoir de l’importance.

Synopsis : Les préparatifs du tournage d’un remake pour la télévision du célèbre film de Rainer Werner Fassbinder « Les Larmes amères de Petra von Kant » se trouvent sur la dernière ligne droite. Seulement du côté du casting du rôle principal, les choses ne vont pas comme prévues, à cause de l’incapacité de la réalisatrice Vera de se décider définitivement pour l’une des quatre dernières comédiennes encore en lice. Elle a donc fait rappeler trois d’entre elles pour une énième audition, la quatrième, qui a pourtant les faveurs de la chaîne, refusant tout bonnement ce processus de sélection humiliant. Puisque Kostja, l’acteur principal pressenti, n’a pas encore pu se libérer de son engagement précédent, ce sera à Gerwin, un acteur amateur, de donner la réplique aux actrices de renom, obligées de défiler devant la réalisatrice indécise.

Des larmes douces-amères

Dans un film de Fassbinder, les failles de l’âme humaine et de la société allemande sont dévoilées sans merci. La charge mélodramatique y est si constante, que le spectateur passe par toutes les émotions, à l’exception notable du rire. Ce film allemand, destiné à priori au petit écran, mais néanmoins présenté dans le cadre du Forum de la Berlinale, ajoute à cette charge si cinglante contre l’hypocrisie de la bienséance germanique une petite touche très agréable de dérision. Tous les personnages n’y ont que leur propre avancement sur l’échiquier de la création audiovisuelle en tête. L’humour méchamment efficace découle alors de l’adresse variable parmi les intervenants respectifs afin de tourner le désordre sur le plateau à leur avantage. Sauf que le scénario s’avère suffisamment impertinent pour multiplier sans gêne les différents coups bas et autres stratagèmes de manipulation, qui rythment astucieusement le récit. Quand le couperet du clap de fin sera tombé et alors que le cycle créatif n’est au fond qu’un éternel recommencement pour faire ses preuves devant un jury impitoyable, ceux et celles qui n’étaient au début que des caricatures savoureuses, de la maquilleuse trop émotive à l’assistante de production trop stressée en passant par la réalisatrice trop capricieuse, le spectateur les considère désormais comme des personnages d’une grande force authentique. Nous le devons à la lucidité malicieuse de la mise en scène, que leur richesse humaine ne soit pas exclusivement le fruit d’une moquerie empreinte de facilité, mais que derrière cette farce hautement amusante se cache une leçon mémorable sur l’absurdité des aspirations artistiques de l’homme, toujours ramené à ses instincts les plus vils.

Fin prêt pour le gros plan

Une entreprise à tel point tributaire de l’atmosphère fiévreuse d’un plateau de tournage ne peut tourner à plein régime sans la contribution d’une distribution d’exception. Le réalisateur a, là aussi, accompli un travail excellent, en choisissant une troupe de comédiens parfaitement complémentaires. A commencer par Andreas Lust dans le rôle crucial de Gerwin, à première vue guère plus qu’un figurant amélioré, qui finit par tirer sournoisement l’action vers lui, avant de devoir tant soit peu admettre que rien n’est acquis dans le monde par essence faux du faire-semblant devant la caméra. A ses côtés, les personnages féminins se montrent au moins aussi fascinants que lui. Que ce soit la réalisatrice tranquillement hystérique interprétée par Judith Engel ou bien les quatre vedettes sur le déclin qui s’investissent dans l’épreuve du casting avec une abnégation avilissante – , , et –, toutes ces actrices brillent par la finesse de leur jeu et un investissement sans réserve dans le procédé de création du film, largement improvisé au moment du tournage.

Conclusion

Le Forum de la Berlinale, d’habitude abonné aux exercices formels difficiles d’accès, nous surprend en bien avec ce huis-clos superbement divertissant, qui en dit long, en parallèle, sur les petits jeux machiavéliques qui minent chaque effort créatif en groupe. Grâce à l’interprétation sans faille de l’ensemble des acteurs et au ton incisif du scénario, rédigé après coup, Casting tend la glace à toute une communauté, qui y reconnaîtra sans doute bon nombre de ses faiblesses et de ses imperfections. C’est une mise en abîme prodigieuse de la culture dominante, paradoxalement produite par une institution qui en fait partie, ce qui en rend le propos encore plus délicieux.

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