Critique : Beauté cachée


Etats-Unis, 2016
Titre original : Collateral beauty
Réalisateur :
Scénario : Allan Loeb
Acteurs : , , Keira Knightley, Michael Peña
Distribution : Warner Bros.
Durée : 1h37
Genre : Drame fantastique
Date de sortie : 21 décembre 2016

Note : 2/5

Will Smith a beau rester l’une des seules vedettes à l’attrait international, par les temps de la célébrité dépréciée et éphémère qui courent, sa filmographie se résume essentiellement ces dernières années à deux types de films, répétés sans relâche. D’un côté des films d’action, devenus interchangeables à force de voir toujours le même groupe restreint de têtes d’affiche s’y décarcasser. Et de l’autre des drames sinistres, au propos lourdement édifiant, dans lesquels l’acteur interprète imperturbablement des personnages arrivés au bout du rouleau, qui cherchent tant soit peu à édulcorer leur penchant suicidaire. Beauté cachée appartient bien entendu à la deuxième catégorie. Il en est même une caricature assez indigeste, à laquelle la contribution du réalisateur David Frankel, abonné aux contes plus ou moins sirupeux, n’apporte rien d’essentiel. Sur fond d’une saison de Noël à New York, représentée à travers ses dispositifs les plus convenus, ce récit choral tente vainement de nous administrer du baume au cœur, alors que sa structure voyante ne fait en fin de compte qu’embrouiller son message faussement lénifiant.

Synopsis : Autrefois un chef d’agence publicitaire brillant et charismatique, Howard broie du noir depuis la mort de sa fille. Son état dépressif perdure depuis deux ans et met sérieusement en danger l’avenir de son entreprise. Sous la menace de perdre leurs capitaux, ses trois associés décident alors d’engager un détective privé qui devra prouver l’incapacité de Howard d’assumer ses fonctions. Or, tout ce l’enquête produit, ce sont trois lettres adressées par l’homme en détresse à la mort, au temps et à l’amour. Whit, le meilleur ami de Howard, décide alors d’engager trois acteurs qui devraient confronter le père meurtri à son deuil et en même temps l’éclipser de ses fonctions professionnelles.

Domino morbide

Will Smith aime visiblement bien faire la moue. Son expression d’homme indisposé avait certes fait ses preuves dans le passé, notamment dans A la recherche du bonheur et Sept vies de Gabriele Muccino, mais à force de se morfondre dans un malaise existentiel profond, son jeu d’acteur court un risque sérieux de tourner au ridicule. Son interprétation dans ce film-ci s’avère ainsi particulièrement peu convaincante, à cause à la fois d’impératifs scénaristiques qui sonnent atrocement faux et précisément de cette envie apparemment irrépressible de faire des grimaces outrancières, qui auraient davantage leur place dans le genre désormais abandonné par Smith de la comédie. De surcroît, vendu sur l’affiche comme le protagoniste indiscutable de l’intrigue, Howard n’est en fait qu’une pièce parmi d’autres dans ce puzzle au motif philosophique et psychologique plus que douteux. Il n’empêche que son état d’esprit lugubre pèse amèrement sur le ton du film, qui prend du coup une allure de tragédie mal ajustée au cadre faussement joyeux de la période des fêtes de fin d’année.

Le pourquoi du comment de la manipulation

Contre toute attente, dans le contexte d’une production hollywoodienne dont la seule raison d’être serait de réconforter le public dans une conception consensuelle de la vie, c’est le spectateur qui devient le dindon de la farce. L’aspect fantastique de l’histoire est en effet géré avec une telle désinvolture inconsistante tout au long du film – jusqu’au dénouement qui était censé rétablir le statu quo mais qui démasque au contraire la supercherie narrative – que les enjeux de cette mission de sauvetage pseudo-spirituelle s’obscurcissent progressivement, au lieu d’apporter un peu de sagesse, aussi factice soit-elle. De même, le découpage en quatre binômes pendant la majeure partie du récit, dont seul celui entre Smith et la sublime fait au moins temporairement illusion, relève avant tout d’un stratagème scénaristique ennuyeusement schématique. Oui, nous avons compris que l’intervention des saltimbanques s’adressait au moins autant aux personnages interprétés avec aplomb par Edward Norton, et Michael Peña qu’à leur patron parti dans un délire de dominos au symbolisme très lourd. Ce qui ne rend nullement cette action parallèle plus ingénieuse ou plus pertinente dans la visée d’ensemble d’un film péniblement tendancieux.

Conclusion

C’est (très) bientôt Noël et les producteurs de cinéma ne loupent jamais une occasion pour tirer profit de l’effervescence qu’inspire ce moment de l’année, magique dans le meilleur des cas. Hélas, la cuvée des fêtes 2016 est plutôt misérable du côté américain, avec ce conte disgracieux qui n’enrichit la filmographie d’aucun de ses participants. Espérons que Will Smith saura tôt ou tard se ressaisir et choisir des projets plus ambitieux et moins bancals que Beauté cachée, qui ne nous cache en fait que de la sincérité dans son labyrinthe de fausses pistes plus désolantes les unes que les autres !

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles