American Society of Cinematographers 2022 : les nominations

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Les salles de cinéma en Europe et aux États-Unis ont beau s’en sortir à peine, économiquement parlant, en cette fin de deuxième année de pandémie, les annonces des récompenses tombent à leur rythme habituel en ces derniers jours du mois de janvier. La veille des nominations aux César français et deux jours avant le syndicat des réalisateurs américains, ce fut hier le tour au syndicat des chefs opérateurs. La cérémonie des 36èmes American Society of Cinematographers Awards aura lieu, sous forme hybride, le dimanche 20 mars à la maison du syndicat à Hollywood.

Alors qu’il ne faut remonter qu’un an pour trouver le dernier lauréat en noir et blanc, en l’occurrence Mank de David Fincher et son chef opérateur Erik Messerschmidt, il est relativement rare de trouver des films tournés de la sorte parmi les nommés. Or, cette année, il y en a deux, Belfast de Kenneth Branagh et Macbeth de Joel Coen, voire deux et demi ! Nightmare Alley de Guillermo Del Toro est également distribué dans une version en noir et blanc, projetée en exclusivité en France au Max Linder à Paris. La première fois que deux films en noir et blanc ont été nommés par le syndicat, c’était en 2019 avec Roma de Alfonso Cuaron et le lauréat final Cold War de Pawel Pawlikowski, photographié par Lukasz Zal.

Tandis qu’un seul film en noir et blanc a été nommé par la confédération des chef opérateurs au siècle dernier, La Liste de Schindler de Steven Spielberg mis en images par Janusz Kaminski, on en trouve plus régulièrement depuis les années 2000. C’est le cas des deux autres gagnants, The Barber des frères Coen / Roger Deakins et Le Ruban blanc de Michael Haneke / Christian Berger, de même que des trois nommés supplémentaires, Good Night and Good Luck de George Clooney / Robert Elswitt, The Artist de Michel Hazanavicius / Guillaume Schiffman et Nebraska de Alexander Payne / Phedon Papamichael.


Belfast © 2021 Rob Youngson / The Kenneth Branagh Company / Focus Features / Universal Pictures International France
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Belfast, sortie française le 2 mars – Haris Zambarloukos

D’origine chypriote, Haris Zambarloukos (*1970) est cité pour la première fois par ses confrères américains, grâce à son travail en noir et blanc sur Belfast. Très demandé depuis le début du siècle, il a pourtant déjà une vingtaine de films à son actif, dont un nombre conséquent réalisé par Kenneth Branagh, son cinéaste attitré dès 2007 et Le Limier Sleuth. Ils ont collaboré sur les six films mis en scène par Branagh depuis : Thor, The Ryan Initiative, Cendrillon, Le Crime de l’Orient Express, Artemis Fowl et Mort sur le Nil, qui sortira sur les écrans français dès le 9 février, c’est-à-dire un mois avant Belfast.

En parallèle ou auparavant, Zambarloukos a également collaboré avec des réalisateurs de renom tels que Roger Michell (Enduring Love et Venus), Gillian Armstrong (Au-delà de l’illusion), Phyllida Lloyd (Mamma mia !), Richard Eyre (The Other Man), Steven Knight (Locke), Gavin Hood (Opération Eye in the Sky) et Mick Jackson (Le Procès du siècle).


Greig Fraser sur le tournage de Dune © 2021 Chiabella James / Legendary Entertainment / Warner Bros. France
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Dune – Greig Fraser

Ce chef opérateur australien va-t-il réussir l’exploit de gagner son deuxième American Society of Cinematographers Award grâce à sa deuxième nomination pour un long-métrage de cinéma ? En effet, Greig Fraser (*1975) avait déjà été victorieux en 2017 avec Lion de Garth Davis. Entretemps, il a été nommé en 2021 pour le premier épisode de la série « The Mandalorian ». Le septième épisode de cette dernière lui avait valu par ailleurs un Emmy en 2020.

Côté cinéma, on lui doit depuis Jewboy de Tony Krawitz, présenté en 2005 au Festival de Cannes dans la sélection Un certain regard, les belles images de l’épisode de Chacun son cinéma et Bright Star de Jane Campion, The Boys are back de Scott Hicks, Laisse-moi entrer de Matt Reeves, Blanche Neige et le chasseur de Rupert Sanders, Cogan Killing Them Softly de Andrew Dominik, Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, Foxcatcher de Bennett Miller, The Gambler de Rupert Wyatt, Rogue One A Star Wars Story de Gareth Edwards, Marie Madeleine de Garth Davis et Vice de Adam McKay. Il vient de terminer le tournage de The Batman de Matt Reeves, prévu de sortir en France dans un peu plus d’un mois, le 2 mars prochain.


Macbeth © 2021 IAC Films / A24 / Apple TV France Tous droits réservés

Macbeth, sans date de sortie cinéma en France – Bruno Delbonnel

Le chef opérateur français le plus recherché à Hollywood est de retour sur la liste des Meilleures photos du syndicat américain. Il s’agit de sa cinquième nomination, après Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, Inside Llewyn Davis des frères Coen au grand complet et Les Heures sombres de Joe Wright. Bruno Delbonnel (*1957) avait été victorieux de manière compétitive en 2005 grâce à Un long dimanche de fiançailles. Puis, il avait obtenu le prix honorifique international en 2020. En termes d’Oscars, il attend toutefois toujours son sacre, malgré cinq nominations jusqu’à présent : les quatre mêmes que celles de ses confrères, ainsi que Harry Potter et le Prince de sang-mêlé de David Yates.

Depuis sa dernière nomination, il y a quatre ans, il a éclairé La Ballade de Buster Scruggs des frères Coen et La Femme à la fenêtre de Joe Wright, tous deux diffusés directement sur Netflix. En plus de sa collaboration régulière avec Joel et Ethan Coen, il avait été le chef opérateur récurrent de Alexandre Sokurov pour Faust et Francofonia, ainsi que de Tim Burton sur Dark shadows, Big eyes et Miss Peregrine et les enfants particuliers. Son activité désormais exclusivement américaine lui a permis de creuser encore un peu plus l’écart avec ses compatriotes Philippe Rousselot, nommé trois fois aux États-Unis pour Les Liaisons dangereuses, L’Ours et Et au milieu coule une rivière, ainsi que Guillaume Schiffman (The Artist) et Philippe Le Sourd (The Grandmaster).


Nightmare Alley © 2021 Kerry Hayes / TSG Entertainment / Searchlight Pictures / 20th Century Studios /
The Walt Disney Company France Tous droits réservés

Nightmare Alley – Dan Laustsen

Lui aussi a dû attendre quatre ans jusqu’à sa prochaine citation de la part de la American Society of Cinematographers : le chef opérateur danois Dan Laustsen (*1954). Et lui aussi doit en partie ce rappel à sa fidélité envers l’univers d’un réalisateur en particulier, dans son cas le Mexicain Guillermo Del Toro. Ensemble, ils avaient soigné l’aspect visuel de désormais quatre films : Mimic, Crimson Peak, La Forme de l’eau et donc désormais Nightmare Alley. A l’image de son confrère français, Laustsen n’a pas fait preuve d’une boulimie professionnelle exceptionnelle ces dernières années, puisqu’on lui doit seulement Proud Mary de Babak Najafi et John Wick Parabellum de Chad Stahelski depuis sa première citation pour La Forme de l’eau.

Pour rappel, Dan Laustsen s’était d’abord fait un nom dans son pays natal, notamment grâce à une complicité artistique soutenue avec le réalisateur Ole Bornedal sur plusieurs films, dont Le Veilleur de nuit et Just another love story. Ses seuls faits d’arme photographique en France sont Le Pacte des loups de Christophe Gans au début du siècle, ainsi que la co-production Zaytoun de Eran Riklis en 2013. La plupart du temps, il s’est toutefois exercé sur des films de genre tels que Silent Hill de Christophe Gans, Solomon Kane de Michael J. Bassett et John Wick 2 de Chad Stahelski.


The Power of the Dog © 2021 Kirsty Griffin / See-Saw Films / Brightstar / Max Films International / BBC Films /
Netflix France Tous droits réservés

The Power of the Dog, sans date de sortie en France – Ari Wegner

C’est bien triste de l’écrire, mais depuis la première nomination d’une chef opératrice par le syndicat américain en 2018, il n’y en a pas eu d’autres. Jusqu’à présent et le travail exceptionnel de la chef opératrice australienne Ari Wegner (*1984) sur le drame poisseux The Power of the Dog de Jane Campion ! Souhaitons-lui un avenir professionnel au moins aussi radieux que celui de sa consœur Rachel Morrison, nommée pour Mudbound de Dee Rees et depuis responsable de la photo du blockbuster de super-héros Black Panther de Ryan Coogler, ainsi que du plus intimiste Seberg de Benedict Andrews. Et qui sait, peut-être le prestige de son film permettra-t-il à Ari Wegner de devenir la première gagnante aux American Society of Cinematographers Awards, voire la première femme à remporter l’Oscar de la Meilleure photo … !

En tout cas, elle a une filmographie suffisamment garnie pour être prise au sérieux. Très impliquée dans les tournages de courts-métrages pendant les années 2000, elle se fait remarquer du côté des longs dès 2016 et The Young Lady de William Oldroyd. Depuis, elle a participé au film d’épouvante In Fabric de Peter Strickland, à True History of the Kelly Gang de Justin Kurzel et à Zola de Janicza Bravo. Elle vient de terminer le tournage du prochain film du réalisateur chilien Sebastian Lelio The Wonder, qui devrait être diffusé directement sur Netflix, tout comme The Power of the Dog.


Le syndicat a également annoncé les trois nominations pour les prix ASC Spotlight, dédiés aux chefs opérateurs étrangers … ce qui constitue tout de même une drôle de distinction par rapport à la catégorie principale, peuplée cette année exclusivement de techniciens non-américains :

Jockey (États-Unis) de Clint Bentley, sans date de sortie en France – Adolpho Veloso

Pig (États-Unis) de Michael Sarnoski – Patrick Scola

Titane (France) de Julia Ducournau – Ruben Impens

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