Critique : Ainsi va la vie

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Etats-Unis, 2013
Titre original : And so it goes
Réalisateur :
Scénario :
Acteurs : , , Sterling Jerins
Distribution : ACE Entertainment
Durée : 1h34
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 14 septembre 2016

Note : 2,5/5

Rob Reiner a l’air d’être un gars vraiment sympa. Fils d’une légende vivante de la comédie américaine, activiste engagé entre autres dans la lutte contre le tabagisme, il a aussi signé quelques films mémorables, dont nos favoris sont Stand by me, Misery et le gentiment rassurant Le Président et Miss Wade. On n’a aucun mal à se l’imaginer comme l’équivalent dans la vraie vie du personnage qu’il interprète dans Ainsi va la vie : un pianiste, fidèle soutien de la chanteuse débutante jouée avec brio par Diane Keaton, qui garde un sourire forcé, même quand on se moque de sa moumoute. Sauf que toute cette bienveillance ne se traduit pas nécessairement par un talent filmique hors pair. Son film le plus récent à sortir au cinéma en France – entouré de quatre œuvres qui n’ont pas (encore) eu cet honneur – souffre en effet d’un scénario particulièrement bancal, compensé en rien par une mise en scène presque flasque dans ses tentatives maladroites de susciter un humour consensuel. Quant aux deux têtes d’affiche, des vedettes d’un autre temps qui repoussent vaillamment le point fatidique à partir duquel elles ne se verront plus offrir que des rôles de vieux grabataires, Michael Douglas et Diane Keaton s’acquittent convenablement de leurs emplois guère originaux, avec un avantage certain pour le talent inattendu de chanteuse de Keaton.

Synopsis : L’agent immobilier Oren Little attend de conclure la dernière vente de sa longue et illustre carrière, avant de se retirer dans le Vermont pour une retraite bien méritée. Mais d’ici là, ce veuf, devenu acariâtre et égocentrique depuis la mort de sa femme, rend la vie de ses proches infernale. A commencer par ses voisins dans une jolie petite copropriété au bord d’un lac, qu’il n’arrête pas de réprimander ou d’insulter. Il aura pourtant besoin d’eux et notamment de Leah, veuve elle aussi, quand son fils Luke, un ancien toxicomane, fait appel à lui pour garder sa fille de dix ans Sarah, le temps qu’il purge une peine de prison. Mauvais père et grand-père indigne, Oren n’aura de cesse de se débarrasser de ses responsabilités.

Sammy Davis Jr. ou Common ?

Le plus gênant dans Ainsi va la vie n’est pas tant la conjugaison molle de l’éternel conflit des générations, qui passe ici par des références musicales après tout plutôt accessibles. Non, l’erreur majeure de conception du récit se situe du côté d’une prémisse aux pieds d’argile, agrémentée de surcroît par quelques revirements ultérieurs qui ne font qu’accentuer encore un peu plus le caractère incongru de l’intrigue. Pourquoi le protagoniste habite-t-il dans une maison confortable, mais loin d’être prestigieuse, qu’il doit partager avec des personnes qu’il déteste visiblement ? Et surtout, comment expliquer son comportement caricatural, qui le fait basculer tour à tour dans le registre du salaud hautain, puis dans celui du vieillard pleurnichard, dépassé par une suite de situations compromettantes ? Il y a en effet quelque chose de profondément déconcertant dans le scénario signé Mark Andrus : un empressement quasiment maladif à provoquer des coups d’éclat artificiels, au lieu de donner aux personnages le temps de dépasser le stade du stéréotype mal délimité pour devenir des figures d’identification en chair et en os. De cette nervosité inutile, le ton du film ne se remettra jamais, placardant ainsi sans finesse son message convenu du bonheur à la portée de tous, à condition de faire un effort afin d’écouter les autres.

Question délire, on est loin d’avoir fait le plein !

Le fil narratif du film s’apparente ennuyeusement à celui de Pour le pire et pour le meilleur de James L. Brooks, pour lequel le scénariste avait jadis été nommé aux Oscars. Les rôles sont essentiellement repartis de la même façon, avec ce solitaire misanthrope qui est bien obligé de changer de point de vue sur l’humanité, grâce à l’intervention d’une femme qui, au début, n’avait prévu aucune place dans sa vie pour un homme si peu galant. Hélas, la recette s’est considérablement affadie en près de vingt ans et la mise en scène de Rob Reiner se montre moins élégante et plus poussive que celle de James L. Brooks. Tandis que Michael Douglas manœuvre à vue à travers les hauts et les bas de son personnage globalement inconsistant, à des années-lumière du fou furieux joué avec panache par Jack Nicholson à la fin des années ’90, Diane Keaton s’en sort un peu mieux. Elle a l’occasion de briller au moins sporadiquement en tant que chanteuse de salon-bar, un métier artistique pour lequel elle ne dispose peut-être pas d’une voix assez forte, mais qu’elle remplit aisément avec son charme. Dommage seulement que cette opération de séduction n’ait pas trouvé un écho plus substantiel au sein d’un film qui passe constamment du coq à l’âne, sans ligne directive autre que la volonté rapiécée du scénario largement perfectible !

Conclusion

Ainsi va la vie aurait pu être une comédie plaisante, sans rien d’universel à dire sur le sens de la vie, certes, mais avec suffisamment d’adresse formelle pour rendre attrayant son message consensuel. Les failles béantes du scénario et la mise en scène léthargique de Rob Reiner en ont décidé autrement. Au moins, les interprétations sont relativement solides, surtout celle de Diane Keaton qui nous a conquis avec sa tendresse de chanteuse improvisée !

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