Dossiers News — 30 septembre 2016
Back To The Past #14

Amis cinéphiles, bienvenue ! Ton site préféré te propose les Madeleines de Proust de David : par moult souvenirs et autres petites anecdotes, notre rédacteur te racontera comment s’est forgée sa cinéphilie durant sa prime jeunesse, laquelle a considérablement évolué durant son adolescence et son entrée dans l’âge adulte.

Cela s’appelle «  », et vous retrouverez un nouvel article tous les vendredis. Au programme cette semaine, une nuit de Noël, une mitraillette, et un immeuble !

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– Bon, mon chéri, ton père s’est couché tôt parce qu’il travaille de très bonne heure demain matin, et tu n’as pas école demain ; rien ne m’intéresse à la télé, alors, tu peux choisir le programme de ce soir ! »

– Bin… Je sais pas… Il y a un film d’action, ça a l’air bien… Mais je connais pas bien l’acteur, , il s’appelle…

-Vas-y, alors, mon chéri, mets ça ? Moi, je vais lire mon livre…

Deux heures plus tard… Le palpitomètre en cadence infernale, les yeux écarquillés, le cerveau en bouillie, je sors de deux heures de suspense pure, de scènes d’action spectaculaires, de rythme incroyablement trépidant, avec l’impression d’avoir découvert le film d’action ou « actioner » (copyright Yannick Dahan) des années 1980, de l’histoire du cinéma,, voire de ma (jeune pour l’instant) de ma vie de cinéphile !

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Véritable pièce maîtresse du genre, le troisième long-métrage de John McTiernan, après le méconnu et le blockbuster devenu un petit miracle de qualité après une production assez houleuse, est certainement l’une des œuvres les plus pillées du cinéma de série B, des films à petit budget et autres DTV des années 1990, décennie où ce genre de films explosera en quantité et deviendra populaire dans les vidéo-clubs.

En effet, la pièce maîtresse du metteur en scène américain repose sur un postulat simple : un lieu (un immeuble de plusieurs dizaines d’étages, et brièvement un aéroport au début du métrage), un temps réduit (l’action se déroule durant moins de 24 heures, soit la nuit de Noël), et un postulat simple, soit une équipe de terroristes prenant en otage la tour Nakatomi Plaza et les invités d’une réception d’affaires, afin de kidnapper le PDG de l’entreprise et lui soutirer le code d’un coffre-fort contenant 640 millions de dollars ; le plan, parfaitement huilé par le chef Hans Gruber va être fortement perturbé par la présence d’un flic new-yorkais venu rendre visite à son ex-femme et témoin de la prise d’otages.

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John McTiernan, ayant gagné la confiance des producteurs hollywoodiens avec le succès important de Predator, dispose d’un budget confortable et d’imposants moyens de production pour cette adaptation du roman « Nothing Lasts Forever » de Roderick Thorp. Plusieurs acteurs côtés de l’époque sont sollicités, tels la star actuelle du film d’action Sylvester Stallone, , ou même et…  ! Finalement, le studio se tourne vers un acteur de télévision en plein succès sur le petit écran dans la série comique  : Bruce Willis…

La suite, vous la connaissez : le film devient un triomphe mondial et propulse d’un coup d’un seul Willis en star mondiale… Sauf en France, patrie du Cinéma avec un grand C et de la Nouvelle Vague avec un grand N et un grand V, pays où le film est quasiment ignoré par la presse généraliste, ne comprenant pas à l’époque l’apport essentiel du film dans le domaine du blockbuster et du film d’action, et faisant même de sa sortie en salles un non-événement, alors que le métrage est le succès surprise du box office de l’été US !

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Comme pas mal de films des années 1980 devenus aujourd’hui populaires et se transmettant de génération en génération, le chef-d’oeuvre de McTiernan réalisera un chiffre moyen au box-office français mais sera surtout (re)découvert par tout un public populaire fréquentant les vidéo-clubs d’alors, féru de films d’action snobés par l’intelligentsia parisienne tels les frasques de Stallone, Schwarzenegger et autres Van Damme et comme moi, comme plein de jeunes spectateurs autour d’une dizaine d’années trépignant à l’idée du moindre actioner, par un dimanche soir de vacances scolaires sur Antenne 2 (aujourd’hui France 2), les aventures de Bruce Willis sans chaussures ni chaussettes, tentant de contrecarrer le plan de Gruber & Cie., sous la caméra virtuose de McT, la superbe photographie du hollandais (chef-opérateur chez Paul Verhoeven) et la musique lyrique de , vont imprimer la rétine et le cortex de nombre de téléspectateurs lors de ses multiples rediffusions TV.

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Aujourd’hui, comme nombre de films populaires portés aux nues par la classe populaire férue de films loués en VHS au vidéo-club, la critique bien-pensante a retourné sa veste : la critique loue les qualités de l’oeuvre de McTiernan après avoir royalement ignoré son œuvre dans les années 1980 et 1990, et le réalisateur est même institutionnalisé après une rétrospective intégrale à la en septembre 2014… Situation similaire chez pas mal de réalisateurs de cinéma de genre (cf. Verhoeven, Cronenberg avant de sombrer dans un cinéma auteuriste…) alors qu’une majorité de spectateurs, lui, avait compris dès Predator, que l’on avait affaire à un grand maître de la mise en scène, du rythme, de la caractérisation et l’iconisation de ses personnages !

Un auteur, donc, responsable de ce que l’on pourrait appeler le « Citizen Kane » du film d’action, puisque producteurs et distributeurs, eux, avaient compris le potentiel commercial de la recette du film phare de Bruce Willis, tellement sa structure scénaristique sera littéralement pillée dans des dizaines de direct-to-vidéo dans les années 1990, allant même jusqu’à plagier son titre français ( avec , par exemple).

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Un soir de mai 2014, à l’occasion d’une soirée organisée par le collectif « Free John McTiernan » pour soutenir l’homme lors de ses déboires avec la justice américaine l’empêchant de ne plus réaliser de films depuis une dizaine d’années, j’ai eu l’occasion de voir réellement mon film d’action préféré, dans une grande salle, dans une version restaurée, en version originale sous-titrée en français, profitant pleinement de l’incroyable expérience proposée par McT ; une projection aujourd’hui inoubliable, une occasion, de part les sensations procurées par la vision du métrage, de me rappeler pourquoi j’aime et j’aimerai toujours passionnément le cinéma…

Sensations qui seront retrouvées un peu plus tard… Un soir de mai 2015. Par un autre réalisateur, australien cette fois. Mais ceci est une autre histoire !…

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David Huriot

Cet article a été rédigé par David Huriot, rédacteur de Critique-film.fr

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