À voir sur Netflix : Tyler Rake – Badass au Bengladesh

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États-Unis : 2020
Titre original :
Réalisation : Sam Hargrave
Scénario :
Acteurs : , ,
Distributeur :
Durée : 1h56
Genre : Action
Date de sortie : 24 avril 2020

Note : 4/5

Tyler Rake est un mercenaire intrépide qui travaille dans l’ombre. Alors qu’il n’a plus rien à perdre, il est chargé par un puissant caïd mafieux, pour l’heure incarcéré, de sauver son fils qui a été enlevé. Mais dans le milieu glauque de la pègre, où se côtoient marchands d’armes et narcotrafiquants, la mission ultra-périlleuse de Rake frôle l’impossible. Et la vie du mercenaire et du jeune garçon risque d’en être bouleversée à jamais…

Tyler Rake est un projet de longue date pour les . Les premiers articles concernant la mise en chantier du film datent en effet de 2008. A la base, les deux frères devaient réaliser eux-mêmes l’adaptation de Ciudad, leur propre graphic novel, signé avec l’aide d’Ande Parks et Fernando León González. Originellement annoncé pour 2009, le roman graphique sortirait finalement cinq ans plus tard, en 2014, le projet d’adaptation passant de main en main tandis que les frères Russo prenaient de plus en plus d’importance au cœur du Cinematic Universe.

Et si Tyler Rake finit par débarquer en 2020 sur , plateforme de SVOD concurrente à celle appartenant à Disney / Marvel, les frères Russo ne sont pour autant pas bien loin derrière la réussite du film. En effet, Tyler Rake est réalisé par Sam Hargrave, coordinateur des cascades sur tous les films réalisés par les Russo pour Marvel, mais également proche du cinéma de David Leitch (Atomic blonde, Deadpool 2), un autre ex-cascadeur passé à la réalisation. Les équipes techniques et le casting de Tyler Rake dressent aussi de nombreuses passerelles avec le MCU, le lien le plus évident étant bien sûr la présence à l’écran de Chris Hemsworth, connu pour son rôle de dans une flopée de films Marvel.

Un film d’action de cascadeurs

Vous l’aurez compris, Tyler Rake appartient à ce nouveau sous-genre dominant depuis quelques années le cinéma d’action : le film de cascadeurs. Devant et derrière la caméra. Le phénomène est apparu au début du vingtième siècle, en Asie d’abord avec des films tels que Ong-bak (2003), Born to fight (2004) ou encore The raid (2011). Il a ensuite contaminé la série B de stomb’, l’exemple le plus flagrant et le plus spectaculaire étant Un seul deviendra invincible 2 : Dernier round (2006), film qui marquerait également le début du règne incontesté de sur la série B d’action. Peu à peu, à travers notamment leur implication dans des films tels que la saga Jason Bourne, les cascadeurs commenceraient à percer. Au fil du temps, on leur a fait de plus en plus confiance, au point de leur laisser le champ libre au niveau artistique. Leur prise de pouvoir sur le genre se verrait encore amplifiée avec le succès – jamais démenti depuis 2014 – de la saga John Wick, le premier blockbuster d’une longue série qui est loin d’être terminée. Et comme on pouvait s’y attendre, certains cascadeurs trop longtemps restés dans l’ombre ont fini par se faire un nom – le plus souvent imprononçable d’ailleurs. On pense à J.J. Perry, Brian Smrz, David Leitch, Chad Stahelski…

Le cinéma d’action contemporain semble donc désormais aux mains des cascadeurs. Hier considérés comme de simples maillons de la chaîne de production au service des « action stars », il bénéficient aujourd’hui d’une véritable considération. Tous comme les chorégraphes de combats, ils sont aujourd’hui crédités d’une véritable « vision » de cinéaste, propres à donner vie à leurs rêves de gros fights sur celluloïd avec le punch et l’énergie dont semblent dépourvus les cinéastes traditionnels. Ainsi, avec Tyler Rake, et après des années au services des autres, Sam Hargrave se retrouve immédiatement dans la cour des grands. Propulsé aux commandes de son gros film de bourrin rien qu’à lui. Et grâce aux frères Russo, à Chris Hemsworth et aux différents liens – plus ou moins cachés – avec l’univers Marvel, Hargrave se retrouve d’entrée de jeu aux commandes d’un énorme blockbuster. D’un gros jeu de massacre doté d’un budget ultra-confortable, et d’une liberté artistique que n’auraient probablement pas pu lui fournir Disney si le film était sorti dans les salles.

Du bon gros Badass au Bengladesh

Qu’on se le dise : Tyler Rake n’est ni plus ni moins que l’équivalent over-pété de thunes et de CGI des trois quarts des films tournés par Scott Adkins ces dix dernières années. Il n’y a rien de péjoratif dans ce constat. Le budget alloué au projet est incontestablement utilisé à bon escient, avec des effets spéciaux remarquables et des séquences vraiment bluffantes, telles que ce plan-séquence ABSOLUMENT DINGUE de 12 minutes en forme de course-poursuite dans les rues de Dacca. Un confort financier qui permet aussi de faire péter le budget figuration, avec le personnage incarné par Hemsworth qui tuera des centaines de mecs, décimant les forces spéciales à la façon du héros de The raid – c’est d’autant plus difficile de ne pas y penser que les tenues d’interventions des flics bengalis ressemblent fort à celles des flics indonésiens. Du Scott Adkins à 65 millions de dollars donc, six fois plus que Triple Threat qui réunissait en 2019 la fine fleur du cinéma d’action, d’Adkins à en passant par Iko Uwais ou Michael Jai White.

Pour autant, et au moins durant sa première heure, Tyler Rake en donnera vraiment au spectateur pour son argent (l’abonnement à Netflix, c’est le prix d’une place de cinéma par mois, non ?). Le film ne perd pas son temps en atermoiements inutiles, dans les dix premières minutes on est déjà dans le vif du sujet, et au bout de quinze à tout casser ça défouraille dans tous les sens, le bodycount augmentant à une vitesse folle au fil des affrontements. Pieds, poings, couteaux, flingues, ça va vite, très vite, certaines scènes sont de cette brutalité bien bourrine qui fait grincer des dents en riant. « Oh putain, ça doit faire mal » sera donc le leitmotiv de vos pensées jubilatoires, même si le film n’évite jamais réellement le côté un peu « fake » des films d’action de cascadeurs, avec les ennemis qui s’enchaînent trop vite, comme avec leur ticket de passage, au point que l’on pourrait se prendre à penser qu’ils sont présents juste pour passer à travers une vitre ou au dessus d’une balustrade. Que l’on pourrait seulement, parce qu’honnêtement, durant sa première heure, il est littéralement impossible de s’ennuyer devant le spectacle de ce « one man army » en mode Badass au Bengladesh. Et puisque de toutes façons on est bien conscients qu’une suite verra inévitablement le jour, le film aurait d’ailleurs pu s’appeler comme ça : Tyler Rake, vol. 1 : Badass au Bengladesh. Hey, c’est pas une adaptation de comic book pour rien.

Mais un ventre mou quand même

Après un plan-séquence mené sur les chapeaux de roues et un fight mettant en scène le père Hemsworth aux prises avec une bande d’enfants soldats, le film s’organise en revanche une petite pause dans la narration, histoire de laisser aux personnages – comme au spectateur – le temps de souffler. Sam Hargrave et les frères Russo au scénario décident donc de profiter de ce petit hiatus pour approfondir la psychologie et le background de son mercenaire de héros. C’est l’occasion également d’introduire un nouveau personnage, dont le rôle dans le film s’avérera un cliché absolu. Mais un cliché, genre… Énorme, inratable, quoi. Un perso en mode tellement cliché que dès que l’on voit apparaître la tronche de David Harbour (moi l’cul), cela devient une évidence pour le spectateur, qui comptera les minutes jusqu’à l’inévitable révélation éventée de sa véritable nature. On admettra que cette pause dans la narration de Tyler Rake, qui débarque plus ou moins au milieu du film, n’est pas longue, et ne représente que peu par rapport au métrage dans sa globalité, et au déchaînement d’action qu’il propose avant et après. Mais il faut parfois peu de temps pour qu’un soufflé retombe, et c’est ce qui se produit également avec le film de Sam Hargrave, qui ne parviendra jamais à retrouver le punch et l’énergie de sa première partie.

Les explosions, les hélicos et les lance-roquettes de la dernière partie du film n’y feront rien. Si le spectacle n’est pas pour autant déplaisant (au contraire), le sentiment d’urgence et l’implication émotionnelle n’y sont plus pour le spectateur, d’autant qu’à l’occasion de leur moment de calme dans le récit, les scénaristes n’ont rien trouvé de mieux que de faire des alliés des deux antagonistes principaux. Pour provoquer l’électrochoc qu’aurait nécessité le dernier acte, il semble que la meilleure option aurait été de [Attention SPOILERS] faire mourir le personnage d’Ovi (Rudhraksh Jaiswal) lors de la visite chez Gaspar, ce qui aurait réellement remis le spectateur en selle pour une ultime demi-heure qui pour le coup aurait joué à plein régime du côté de l’émotion. Alors que là, même la mort du personnage de Tyler fait plouf – c’est le cas de le dire – on n’en a un peu rien à battre. Et puis franchement, tout le monde sait qu’il ressuscitera par on ne sait quel moyen, puisque Netflix et les frères Russo ont déjà confirmé qu’une suite était en préparation. [Fin des SPOILERS] La baisse de régime est d’autant plus flagrante que l’on excepte la prémisse d’un duel de snipers à la Stalingrad, la grosse scène d’action composant la dernière demi-heure de Tyler Rake s’avère beaucoup plus classique et conventionnelle, allant d’avantage chercher du côté d’un Man on fire par exemple, d’autant que le sujet du film s’en rapproche.

Généreux en termes d’action bourrine, de chorégraphies étonnantes et de bonne grosse brutalité qui fera plaisir aux amateurs de cinéma d’action à l’ancienne, Tyler Rake ne fait au final qu’une erreur : celle de mal négocier son moment d’accalmie central, qui mettra un peu trop en évidence un dernier acte nettement plus classique et balisé. Il n’en demeure pas moins l’une des grosses claques de l’année 2020 en termes de cinéma d’action !

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