À voir sur Netflix : Da 5 bloods – Frères de sang – Les rois du désert font le Vietnam

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– Frères de sang
États-Unis : 2020
Titre original : Da 5 bloods
Réalisation :
Scénario : Danny Bilson, Paul De Meo, Kevin Willmott, Spike Lee
Acteurs : , ,
Distributeur : France
Durée : 2h35
Genre : Guerre, Thriller
Date de sortie : 12 juin 2020

Note : 4/5

Quatre vétérans afro-américains retournent au Vietnam des décennies après la guerre pour retrouver la dépouille de leur chef et une cargaison d’or…

Spike Lee & Netflix, une histoire qui dure

est le 23ème film de fiction de Spike Lee, mais le premier long-métrage à débarquer en exclusivité sur Netflix. Après Martin Scorsese l’année dernière, Spike Lee est en effet le deuxième mythique cinéaste New-Yorkais à céder aux sirènes de la célèbre plateforme de SVOD, qui distribuera le film dans le monde entier. Il ne manque plus que Woody Allen à son tableau de chasse pour que Netflix puisse aligner côte à côte les trois cinéastes les plus importants de la « Grosse Pomme »…

Si rien n’est joué encore pour Woody Allen, en revanche, on se doutait depuis quelques années que Spike Lee finirait par créer l’événement avec un premier long estampillé Netflix. Il fut en effet en 2015 l’un des cinéastes pionniers à tourner pour les plateformes de SVOD avec Chi-Raq, le tout premier film produit par Amazon Studios pour une distribution sur Amazon Prime Video. En 2017, c’est ensuite Netflix qui diffuserait sa série Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, déclinaison télévisuelle de son premier film. Originellement, Da 5 bloods – Frères de sang devait faire l’ouverture de l’édition 2020 du Festival de Cannes, présidé par Spike Lee lui-même. Les événements sanitaires en auront décidé autrement : le film est cependant disponible depuis le 12 juin sur Netflix.

Les rois du désert font le Vietnam

Si Da 5 bloods – Frères de sang et sa tonalité gentiment immorale s’intègrent de façon aussi parfaite au sein de la filmographie de Spike Lee, c’est qu’il permet au cinéaste de rester fidèle à sa réputation de cinéaste engagé tout en renouant, dans le même temps, avec le cinéma de divertissement spectaculaire dans lequel il excelle. Cet exercice du mélange des genres, il l’avait abandonné depuis quelques années, mais on le retrouvait entre autres au cœur de (1995), He got game (1998), (1999), (2002) ou encore Inside man : L’homme de l’intérieur (2006), qui comptent tous parmi ses plus grandes réussites.

Ainsi, ce nouveau film permet à Spike Lee d’aborder un genre qu’il n’avait jamais traité de manière frontale depuis son premier film en 1986 : le film de guerre. Le budget confortable lui étant alloué lui permet cette fois de plonger le spectateur dans l’enfer du Vietnam avec notamment une scène d’action assez musclée. Visuellement, le cinéaste choisit de plus de jouer avec les styles, les formats, la granulation et les couleurs de son image, passant du 16MM bien rugueux au traditionnel 35MM, alternant également les passages au format Scope 2.39:1 et le 1.85:1, mais nous proposant également du 1.33:1 pour des flashbacks à l’aspect documentaire. Humble, Lee rendra également hommage à certains des films de guerre les plus brillants de tous les temps, incorporant à son intrigue des thèmes et des emprunts à une poignée de classiques du genre.

« A Spike Lee joint » avant tout

Pour autant, ne vous attendez pas à retrouver dans Da 5 bloods – Frères de sang l’esprit iconoclaste de films tels que De l’or pour les braves ou Les rois du désert. Si le point de départ est cynique – sous couvert de retrouver le corps de leur frère d’armes disparu, un groupe de vétérans repart au Vietnam afin de retrouver une cargaison d’or abandonnée sur place pendant la guerre – et si la tonalité du film oscille d’une séquence à une autre, Spike Lee restera toujours Spike Lee, et plus que jamais, Da 5 bloods – Frères de sang est un « Spike Lee joint ». Ainsi, le cinéaste s’évertuera non seulement à revenir sur cinquante années de politique sociale américaine n’ayant fait qu’accentuer les différences raciales, mais en profitera pour tacler Donald Trump et son administration de la façon la plus agressive et réjouissante qui soit. A ce titre, la trajectoire de la casquette « Make America great again » (le slogan de campagne de Trump) du personnage de Paul (Delroy Lindo) se révélera particulièrement édifiante, surtout étant donné la coloration qu’elle revêtira dans la dernière bobine.

Cette volonté à garder un pied profondément ancré dans la réalité sociale américaine, notamment à travers l’utilisation constante d’images d’archives bien réelles, ne surprendra pas les spectateurs qui connaissent et apprécient le travail de Spike Lee, et son style unique. Sorti le 12 juin 2020 sur Netflix, le film débarque de plus en plein cœur de la tourmente, l’émotion suscitée par la mort de George Floyd divisant plus que jamais le pays de l’oncle Sam.

Une réflexion sur la mémoire

Assurément, la réussite de Da 5 bloods – Frères de sang est – du moins en partie – portée par la performance absolument brillante de son petit groupe central d’acteurs : Delroy Lindo, Jonathan Majors, Clarke Peters, , et . La prestation de Delroy Lindo en vétéran traumatisé en lutte avec ses démons est même carrément digne d’un Oscar. La particularité du film et de son utilisation des flashbacks réside en l’utilisation des mêmes acteurs dans les scènes se déroulant en 2019 et celles prenant place pendant la guerre, probablement en 1971 d’après ce qu’on en déduit de la narration. Un choix singulier, qui forcera le spectateur à réfléchir sur la façon dont la mémoire peut être altérée, modifiée, en particulier dans un contexte aussi dramatique que la guerre. Sans en dévoiler trop sur l’intrigue et ses rebondissements, c’est d’ailleurs une des thématiques centrales du film.

Par ailleurs, à plusieurs reprises, les dialogues de Da 5 bloods – Frères de sang appuient sur le fait que « la guerre ne se termine jamais », des propos qui reviennent dans la bouche de plusieurs personnages. En faisant revivre à ses personnages principaux leurs souvenirs de guerre sans modifier leur âge, Spike Lee appuie sur cette idée que c’est le présent qui (re)définit le passé, tout en mettant l’accent sur le fait que la guerre est un cycle sans fin, et ce même lorsque les combats ont cessé.

Bien écrit, réalisé avec panache et une véritable « vision », bien plus subtil qu’il n’y paraît à priori, Da 5 bloods – Frères de sang permet à Spike Lee d’opérer, deux ans après le solide BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan, un retour payant sur le devant de la scène. Bien amené, pertinent, le propos du cinéaste, comme d’habitude, atteint son but de manière en amenant au spectateur un flot d’émotions contradictoires, avec un style visuel épatant et une remarquable utilisation de la musique.

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