À voir sur Netflix : Da 5 bloods – Frères de sang – Les rois du désert font le Vietnam

0
1297


États-Unis : 2020
Titre original :
Réalisation :
Scénario : Danny Bilson, Paul De Meo, Kevin Willmott,
Acteurs : , Jonathan Majors,
Distributeur : France
Durée : 2h35
Genre : Guerre, Thriller
Date de sortie : 12 juin 2020

Note : 4/5

Quatre vétérans afro-américains retournent au Vietnam des décennies après la guerre pour retrouver la dépouille de leur chef et une cargaison d’or…

est le 23ème film de fiction de , mais le premier long-métrage à débarquer en exclusivité sur . Après Martin Scorsese l’année dernière, est en effet le deuxième mythique cinéaste New-Yorkais à céder aux sirènes de la célèbre plateforme de SVOD, qui distribuera le film dans le monde entier. Il ne manque plus que Woody Allen à son tableau de chasse pour que puisse aligner côte à côte les trois cinéastes les plus importants de la « Grosse Pomme »…

Si rien n’est joué encore pour Woody Allen, en revanche, on se doutait depuis quelques années que finirait par créer l’événement avec un premier long estampillé . Il fut en effet en 2015 l’un des cinéastes pionniers à tourner pour les plateformes de SVOD avec Chi-Raq, le tout premier film produit par Amazon Studios pour une distribution sur Amazon Prime Video. En 2017, c’est ensuite qui diffuserait sa série Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, déclinaison télévisuelle de son premier film. Originellement, devait faire l’ouverture de l’édition 2020 du Festival de Cannes, présidé par lui-même. Les événements sanitaires en auront décidé autrement : le film est cependant disponible depuis le 12 juin sur .

Les rois du désert font le Vietnam

Si et sa tonalité gentiment immorale s’intègrent de façon aussi parfaite au sein de la filmographie de , c’est qu’il permet au cinéaste de rester fidèle à sa réputation de cinéaste engagé tout en renouant, dans le même temps, avec le cinéma de divertissement spectaculaire dans lequel il excelle. Cet exercice du mélange des genres, il l’avait abandonné depuis quelques années, mais on le retrouvait entre autres au cœur de (1995), He got game (1998), (1999), La 25e heure (2002) ou encore Inside man : L’homme de l’intérieur (2006), qui comptent tous parmi ses plus grandes réussites.

Ainsi, ce nouveau film permet à d’aborder un genre qu’il n’avait jamais traité de manière frontale depuis son premier film en 1986 : le film de guerre. Le budget confortable lui étant alloué lui permet cette fois de plonger le spectateur dans l’enfer du Vietnam avec notamment une scène d’action assez musclée. Visuellement, le cinéaste choisit de plus de jouer avec les styles, les formats, la granulation et les couleurs de son image, passant du 16MM bien rugueux au traditionnel 35MM, alternant également les passages au format Scope 2.39:1 et le 1.85:1, mais nous proposant également du 1.33:1 pour des flashbacks à l’aspect documentaire. Humble, Lee rendra également hommage à certains des films de guerre les plus brillants de tous les temps, incorporant à son intrigue des thèmes et des emprunts à une poignée de classiques du genre.

« A joint » avant tout

Pour autant, ne vous attendez pas à retrouver dans l’esprit iconoclaste de films tels que De l’or pour les braves ou Les rois du désert. Si le point de départ est cynique – sous couvert de retrouver le corps de leur frère d’armes disparu, un groupe de vétérans repart au Vietnam afin de retrouver une cargaison d’or abandonnée sur place pendant la guerre – et si la tonalité du film oscille d’une séquence à une autre, restera toujours , et plus que jamais, est un «  joint ». Ainsi, le cinéaste s’évertuera non seulement à revenir sur cinquante années de politique sociale américaine n’ayant fait qu’accentuer les différences raciales, mais en profitera pour tacler Donald Trump et son administration de la façon la plus agressive et réjouissante qui soit. A ce titre, la trajectoire de la casquette « Make America great again » (le slogan de campagne de Trump) du personnage de Paul () se révélera particulièrement édifiante, surtout étant donné la coloration qu’elle revêtira dans la dernière bobine.

Cette volonté à garder un pied profondément ancré dans la réalité sociale américaine, notamment à travers l’utilisation constante d’images d’archives bien réelles, ne surprendra pas les spectateurs qui connaissent et apprécient le travail de , et son style unique. Sorti le 12 juin 2020 sur , le film débarque de plus en plein cœur de la tourmente, l’émotion suscitée par la mort de George Floyd divisant plus que jamais le pays de l’oncle Sam.

Une réflexion sur la mémoire

Assurément, la réussite de est – du moins en partie – portée par la performance absolument brillante de son petit groupe central d’acteurs : , Jonathan Majors, , , et . La prestation de en vétéran traumatisé en lutte avec ses démons est même carrément digne d’un Oscar. La particularité du film et de son utilisation des flashbacks réside en l’utilisation des mêmes acteurs dans les scènes se déroulant en 2019 et celles prenant place pendant la guerre, probablement en 1971 d’après ce qu’on en déduit de la narration. Un choix singulier, qui forcera le spectateur à réfléchir sur la façon dont la mémoire peut être altérée, modifiée, en particulier dans un contexte aussi dramatique que la guerre. Sans en dévoiler trop sur l’intrigue et ses rebondissements, c’est d’ailleurs une des thématiques centrales du film.

Par ailleurs, à plusieurs reprises, les dialogues de appuient sur le fait que « la guerre ne se termine jamais », des propos qui reviennent dans la bouche de plusieurs personnages. En faisant revivre à ses personnages principaux leurs souvenirs de guerre sans modifier leur âge, appuie sur cette idée que c’est le présent qui (re)définit le passé, tout en mettant l’accent sur le fait que la guerre est un cycle sans fin, et ce même lorsque les combats ont cessé.

Bien écrit, réalisé avec panache et une véritable « vision », bien plus subtil qu’il n’y paraît à priori, permet à d’opérer, deux ans après le solide BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan, un retour payant sur le devant de la scène. Bien amené, pertinent, le propos du cinéaste, comme d’habitude, atteint son but de manière en amenant au spectateur un flot d’émotions contradictoires, avec un style visuel épatant et une remarquable utilisation de la musique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici