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Brides-les-Bains 2026 : Ni vue ni connue

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Ni vue ni connue

France, 2026
Titre original : –
Réalisateur : Marc Fitoussi
Scénario : Marc Fitoussi
Actrices : Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain, Anne Marivin et Emmanuelle Bercot
Distributeur : Memento Distribution
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h55
Date de sortie : 7 octobre 2026

2,5/5

Demander à l’une des actrices les plus célèbres du cinéma français d’interpréter une éternelle frustrée de sa profession, cela relève d’une ironie potentiellement enjouée. Et en effet, Isabelle Huppert est plutôt convaincante dans le rôle d’une figurante aux ambitions démesurées, la seule à être convaincue de son talent de comédienne à part entière, alors que tout le monde dans son entourage la trouve juste pénible. Dans Ni vue ni connue, sur lequel se termine malheureusement déjà notre séjour éclair au Festival de Brides-les-Bains, elle donne une voix à celles et ceux qui sont condamnés à rester dans l’ombre d’un métier défini par la gloire, de préférence sous la lumière éclatante des projecteurs.

Une voix qui – contrairement à la plupart des personnages récents de Huppert – sait faire fi de l’hystérie agaçante qui se soldera tôt ou tard par un acte aussi extrême que lourd de conséquences. Non, sa Corinne Maclou, qui s’obstine à distribuer son CV à tout-va sans avoir le moindre retour par la suite, manifeste une vision presque lucide sur sa situation, sans pour autant s’en satisfaire.

Le hic avec le huitième long-métrage du réalisateur Marc Fitoussi, c’est qu’il ne sait pas vraiment quoi faire de son personnage central, campé malgré tout avec une certaine candeur. Pendant près de deux heures, Corinne reste en quelque sorte fidèle à elle-même, c’est-à-dire excessivement obstinée, en traversant le côté terne du microcosme du cinéma français. Certes, on ressent un certain désenchantement avec ce milieu clos sur lui-même, cet entre-soi basé sur un mélange malsain d’hypocrisie et d’arrogance. Mais ce regard sans doute pas si loin de la réalité pour la plupart des professionnels du monde du spectacle, obligés de faire les heures leur permettant de préserver le Graal du statut d’intermittent, manque cruellement de saveur. À aucun moment, le constat social désolant ne s’y élève au niveau infiniment plus amusant de la satire au ton mordant.

Dès lors, il appartient à la musique du compositeur Bertrand Burgalat, qui avait déjà collaboré avec Fitoussi sur son avant-dernier film Les Apparences, d’insuffler un peu de gaieté factice à cette morosité ambiante.

© 2026 Jérôme Prébois / Avenue B Productions / Beside Productions / Proximus / Égérie Productions / Les Films du Camélia /
France 3 Cinéma / Memento Distribution Tous droits réservés

Synopsis : Normalement, à son âge, la figurante Corinne Maclou aurait déjà dû percer en tant que comédienne. Ou bien se résigner au fait que son rêve professionnel ne se réalisera jamais. Pourtant, elle ne lâche pas l’affaire, imprimant par dizaines son CV qu’elle donne à quiconque elle croise sur les plateaux d’insignifiants téléfilms et autres séries. Un jour, elle y partage une brève scène avec la célèbre actrice Sandrine Kiberlain, très imbue d’elle-même. Alors que cette première rencontre se solde par un renvoi pur et simple de Corinne parce qu’elle a osé insulter Vincent Dedienne, le partenaire de Kiberlain à l’écran, les chemins des deux femmes se recroiseront quelques mois plus tard. Cette fois, Sandrine s’aventure à déceler des qualités de coach et de comédienne en Corinne, que cette dernière était jusque là la seule à reconnaître.

© 2026 Jérôme Prébois / Avenue B Productions / Beside Productions / Proximus / Égérie Productions / Les Films du Camélia /
France 3 Cinéma / Memento Distribution Tous droits réservés

Il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves. Ce message édifiant aurait pu être la force vitale de Ni vue ni connue, qui aurait été alors un énième conte de fées sur le monde du spectacle. Le plus regrettable, c’est que Marc Fitoussi dispose d’assez de recul par rapport au milieu qu’il fréquente depuis près de vingt ans et son premier film La Vie d’artiste pour en avoir une opinion des plus pragmatiques. Le plus souvent, tourner un film signifie d’attendre de longues heures que tout soit prêt, pour ensuite répéter à l’infini les prises des séquences à cause d’acteurs rarement à la hauteur de leur réputation. Fitoussi a l’air de le savoir très bien. Tout comme son personnage principal, qui ne manque pas une occasion pour s’insurger d’une manière tout à fait stérile contre cette routine de travail frustrante.

Toutefois, la finesse du jeu de Isabelle Huppert permet à cette femme rejetée en permanence d’être plus qu’une simple caricature de la parvenue en herbe fanée dont personne ne veut. Il aurait été très facile de la prendre en pitié au fil de ses mésaventures. Elle est la cible par excellence du dédain de classe de ses collègues, les assistants de mise en scène en première ligne, qui n’en peuvent plus de ses prétentions de star, alors qu’elle se trouve, comme eux, tout en bas de l’échelle hiérarchique.

Qu’elle ne se cache pas de l’absurdité de son combat, qu’elle persévère dans son amitié avec Sandrine Kiberlain – ou plus précisément avec son double fictif pas sans charme – bien qu’elle sache que la complicité avec sa nouvelle copine ne tient qu’à un fil, enfin qu’elle reste dubitative face à une chance qui se met très, très lentement à tourner en sa faveur : tout cela participe à la richesse d’un personnage qui aurait pu déboucher sur quelque chose de cinématographiquement stimulant.

© 2026 Rémy Grandroques / Avenue B Productions / Beside Productions / Proximus / Égérie Productions / Les Films du Camélia /
France 3 Cinéma / Memento Distribution Tous droits réservés

Hélas, les tentatives pathétiques de Corinne de se faire tardivement sa place dans le milieu du cinéma ne rencontrent aucune résonance intéressante au cours de l’intrigue de plus en plus fade de Ni vue ni connue. Le jeu en apparence habile entre la perception des comédiens de la part du public et les rôles majoritairement ingrats qu’ils jouent ici finit rapidement par tourner en rond. Après tout, il doit bien y avoir une part de vérité dans Vincent Dedienne qui se prend pour irrésistible, Anne Marivin qui galère dans des séries de seconde zone, Diane Kruger qui n’y connaît rien au carrelage et Emmanuelle Bercot, la plus intuitive et donc géniale des réalisatrices, n’est-ce pas ? Sauf que le trait parodique n’y est pas suffisamment soutenu pour nous laisser supposer que ces célébrités du cinéma français sont réellement obnubilés à ce point par ce qu’ils font, ainsi que par le regard des autres sur leur piètre existence d’artiste.

Par conséquent, le rythme du film est aussi peu défini que la carrière sans verve de Corinne. Jamais la maîtresse de son destin – et c’est peut-être là la morale un brin pesante qu’on est censé retenir du film –, elle flotte au gré de ses petits jobs à l’anonymat assuré. Dans une œuvre encore plus consensuelle, elle aurait sans doute sauté sur l’occasion de l’offre de rôle que Ana Girardot lui transmet au moins opportun des moments. Ou bien, dans la version fantasmée de cette histoire à la prémisse fort prometteuse, elle aurait réussi à se définir en tant que femme de tête, sans avoir besoin de courir après l’approbation illusoire d’une clique de privilégiés nullement plus épanouis qu’elle.

Au final, on se retrouve avec un traité filmique globalement mou du genou sur les vertus de la persévérance, où la méchanceté mi-ironique, mi-mesquine envers Thomas Jolly et Hugo Becker ne produit pas plus d’effet que toutes les citations réunies au cours de l’intrigue de films sans envergure. Et si un jour, Ni vue ni connue sera mentionné avec le même manque de révérence par une autre satire partiellement ratée sur le monde du cinéma ? Encore faudrait-il qu’on s’en souvienne d’ici là …

© 2026 Jérôme Prébois / Avenue B Productions / Beside Productions / Proximus / Égérie Productions / Les Films du Camélia /
France 3 Cinéma / Memento Distribution Tous droits réservés

Conclusion

Le casting de ce film est des plus alléchants, Isabelle Huppert en tête dans un rôle auquel elle consacre une subtilité dramatique presque déplacée dans une telle farce inégale. Le problème préjudiciable de Ni vue ni connue, c’est que Marc Fitoussi ne parvient pas à trouver le ton juste pour dresser le portrait au vitriol de son propre environnement professionnel. Ainsi, sa narration se voudrait irrévérencieuse et caustique. Mais elle nous assomme surtout par son indécision constante et les nombreuses occasions ratées pour nous faire rire jaune sur la prétention sans bornes des actrices et des acteurs d’un côté et sur l’envie maladive de tout le petit peuple qui les sert docilement de l’autre.

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