Camembert

France, 2026
Titre original : –
Réalisateurs : Nicolas Slomka et Matthieu Rumani
Scénario : Nicolas Slomka, Matthieu Rumani et Marina Rollman
Acteurs : Kristin Scott Thomas, Alex Lutz, Pascale Arbillot et Bernard Le Coq
Distributeur : Studio TF1 Cinéma
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h32
Date de sortie : 18 novembre 2026
3/5
Malgré tout le respect que l’on doit aux produits laitiers français, le camembert n’est quand même pas le plus sophistiqué des fromages. Par conséquent, il n’est pas trop étonnant qu’aucun film n’ait jusqu’à présent souhaité réclamer son nom en tant que titre. Jusqu’à cet automne … Bien sûr, dans le premier long-métrage des réalisateurs Nicolas Slomka et Matthieu Rumani, découvert en avant-première dans le cadre du Festival de Brides-les-Bains, il n’est question ni d’affinage, ni d’appellation d’origine normande.
Son titre, Camembert donc, fait davantage référence à l’univers du jeu de société Trivial Pursuit et à sa finalité de venir le premier à bout d’une série de questions de culture générale. Jusqu’ici, tout va bien. Et même par la suite, cette comédie dramatique de haut vol représente un divertissement des plus plaisants, riche en rebondissements qui n’ont rien de surprenant et de franchise cynique au sein d’une famille ayant des comptes à régler le soir de l’anniversaire du plus brillant de ses membres.
En effet, la vitesse est reine pendant l’heure et demie que dure le film, grâce à ses répliques assassines qui fusent de toutes parts, à la complicité manifeste entre ce que l’on appelait autrefois une belle brochette d’acteurs, ainsi qu’à la capacité plutôt assurée des réalisateurs de jongler entre les deux extrémités en termes de ton, l’esbroufe et le coup bas. Après, est-ce qu’on est en droit de s’attendre à autre chose de la part d’un tel film, docilement rangé dans la lignée de films semblables comme Le Prénom de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière et Le Jeu de Fred Cavayé ? Pas nécessairement.
Nous préférons donc ne pas bouder notre plaisir face à un rôle en or pour Kristin Scott Thomas – depuis toujours très à l’aise dans le registre des garces sophistiquées aux pieds d’argile – et des contre-emplois plus ou moins savoureux pour des comédiens éprouvés, tels que Pascale Arbillot, Bernard Le Coq et Alex Lutz, ou encore plus proches des débuts de leurs carrières respectives comme Panayotis Pascot au personnage aussi mignon que pédant et Guillermo Guiz, sur les épaules duquel repose cette farce passablement théâtrale.
Synopsis : Cléo a attendu jusqu’à la dernière minute pour présenter son nouveau petit ami Stan à sa famille. Elle se résout à le faire lors de la fête d’anniversaire de sa mère France, une véritable institution dans le monde artistique mondial. Dans ce cadre très bourgeois et prétentieux, Stan, un simple barman, ne se sent décidément pas à sa place. Les choses empirent quand le traditionnel jeu de Trivial Pursuit familial succède au dîner. Chacune des quatre équipes tente alors de sortir victorieux de ce jeu de société, puisque France et sa progéniture vaguement révoltée se sont mis d’accord sur le prix à gagner : un tableau précieux dont les termes d’héritage étaient restés flous jusque là.

Les masques tombent
L’enjeu principal de films tels que Camembert est invariablement d’atteindre le dosage adéquat entre son volet grand-guignolesque et la vérité plus terre-à-terre de ses personnages, pris dans le tourbillon périlleux de la surenchère constante. Pour un premier film, son duo de réalisateurs y parvient assez admirablement, puisque la montée en crescendo des tensions ne souffre essentiellement d’aucun temps mort. C’est plutôt l’état de surchauffe qui guette parfois la narration, tellement préoccupée d’accorder à chaque personnage – aussi secondaire soit-il – ses deux, trois minutes de gloire que la vision globale du récit risque de se perdre de temps en temps. À quoi est censé rimer en fait cette soirée démarrée sur les chapeaux de roue et selon les règles de l’art du huis-clos doucement hystérique ?
D’abord à opérer au forceps l’intégration du vilain petit canard dans le cercle au snobisme si méticuleusement huilé de la famille de Cléo. Quelle meilleure épreuve de compatibilité sociale et culturelle que ce jeu à la popularité indécrottable, qui demande beaucoup de connaissance superficielle mais peu de réflexion réelle ? Il ne faudra pas attendre longtemps, avant que les règles n’y soient enfreintes avec plus ou moindre d’adresse et de malice. Ceci soit pour ne pas passer pour le crétin de service réfléchissant plus en termes de vin que d’eau minérale, soit pour asseoir sa domination illusoire dans un groupe sans importance en dehors de ce contexte étouffant. C’est à ce niveau là que la densité dramatique de Camembert commence paradoxalement à s’amoindrir, au fur et à mesure que l’étau aurait dû se resserrer autour de ce microcosme en chute libre.
Tel est pris qui croyait prendre
Au cours de la deuxième moitié du film, quand le fait de dévoiler des vérités déplaisantes sur le passé familial importe désormais plus que de savoir qui a gagné telle ou telle bataille, la balance dramatique a tendance à alterner avec un peu moins de fluidité entre la comédie et la tragédie. Ce qui n’empêche pas du tout quelques morceaux de bravoure de survenir. À l’image du monologue du personnage de Alex Lutz, apte à remettre en perspective de façon salutaire toute la petite cruauté mesquine qui avait jusque là ponctué la soirée. Pareil sursaut de pragmatisme et d’altruisme ne peut certes pas durer dans un tel univers nombriliste et avare. Mais il permet de remettre les pendules à l’heure ne serait-ce que pour un bref instant, histoire d’appuyer sur le caractère intrinsèquement théâtral de l’action.
Non, vraiment, le seul et unique véritable talon d’Achille de ce long-métrage globalement prometteur, c’est son penchant fâcheux de mettre en place des blagues futures, à l’impact du coup sensiblement diminué. Cette manière de téléphoner en avance les rebondissements à venir peut être tolérable à petites doses, sans qu’elle ne devienne l’une des caractéristiques dominantes du scénario et de la mise en scène. Ici, l’art pointu de la mise en place du suspense passe malheureusement au-dessus de la tête des réalisateurs. Naturellement, ce n’est pas notre rôle de vous dévoiler en détail toutes ces blagounettes à rallonge. Néanmoins, soyez assurés que, chaque fois que vous vous attendez à ce qu’une catastrophe plus ou moins substantielle s’abatte sur la ronde de joueurs à partir de la mèche anodine qui vient d’être allumée, il en sera effectivement ainsi, sans exception.
Conclusion
Heureusement, les aléas de la programmation du Festival de Brides-les-Bains nous ont fait passer quasiment sans transition d’un drame conjugal à l’atmosphère terriblement glauque à cette petite farce plaisante, sans trop de prétention mais lancée sur une vitesse de croisière très solide. En fait, cela nous fait penser à l’alternance apparemment très bonne pour la santé entre le chaud du sauna et le froid de la douche glacée, vécue de première main lors de notre passage aux thermes de ce village pittoresque ce matin. Bref, très, très loin de nous l’idée de nous plaindre de cette belle parenthèse festivalière dans les Alpes, ni, dans une moindre mesure, de ce film dont la vocation principale est de divertir. Une tâche qu’il accomplit généralement sans encombre.














