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Test Blu-ray 4K Ultra HD : The Eye

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The Eye

Hong Kong, Singapour, Thaïlande : 2002
Titre original : Gin gwai
Réalisation : Danny Pang, Oxide Pang
Scénario : Yuet-Jan Hui, Danny Pang, Oxide Pang
Acteurs : Angelica Lee, Lawrence Chou, So Yut Lai
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h39
Genre : Horreur
Date de sortie cinéma : 27 août 2003
Date de sortie DVD/BR/4K : 11 septembre 2026

Aveugle depuis l’âge de deux ans, Mun va enfin recouvrer la vue grâce à une transplantation de la cornée. L’opération est un succès et la jeune femme pense pouvoir reprendre une vie normale. Sauf que Mun est désormais en proie à d’étranges visions : elle perçoit des présences invisibles aux yeux des autres, abolissant bientôt la frontière entre les vivants et les morts…

Le film

[3/5]

Présentés par Carlotta Films comme les « Prodiges du cinéma asiatique des années 2000 », les frères Pang, c’est un peu moins de 30 ans de carrière, mais plus d’une cinquantaine de longs-métrages, réalisés soit ensemble, soit en solo, chacun de leur côté. Les frères Pang, c’est aussi et surtout l’exploit, en tournant à la fois en Thaïlande, à Hong Kong et aux États-Unis, de ne pas avoir réussi à signer un seul « vrai » bon film de toute leur carrière. Tout au plus dénotera-t-on quelques bonnes idées, une poignée d’intentions louables et même quelquefois les prémisses de belles choses, mais jamais un seul film qui ne frustre pas le spectateur ou se révèle bon de A à Z. C’est très surprenant, surtout à Hong Kong, archipel où même un réalisateur aussi inégal qu’un Dante Lam, qui possède à peu de choses près la même frénésie boulimique de tournages que les frangins Pang, arrive quand même à nous placer, occasionnellement, quelques perles entre les nanars.

La notoriété des frères Pang leur est venue presque par surprise avec leur second film, The Eye, qui remporterait un grand succès dans le monde entier en 2002. Les deux frères en réaliseraient trois suites entre 2004 et 2010, et le film eut même droit à son remake américain en 2008, avec Jessica Alba dans le rôle principal. Mais alors, qu’est-ce qui a bien pu faire de The Eye un tel phénomène ? D’abord, il faut reconnaître que les frères Pang arrivent à emballer leur histoire dans une atmosphère qui, par moments, fonctionne plutôt bien. L’idée de cette jeune femme aveugle depuis l’enfance qui retrouve brutalement la vue grâce à une transplantation de cornée avant de découvrir qu’elle est désormais capable de voir les morts n’est évidemment pas mauvaise : elle est même plutôt séduisante sur le papier. Le problème, c’est que The Eye semble constamment hésiter entre plusieurs films sans jamais choisir véritablement lequel il veut être. Film de fantômes ? Drame psychologique ? Mélodrame sur le handicap et la reconstruction ? Thriller fantastique ? Histoire d’amour ? Les frères Pang picorent un peu partout, avec l’impression assez tenace qu’ils ont surtout voulu mettre le plus de choses possible dans leur marmite. Et lorsque tout fonctionne, le mélange possède effectivement un certain charme. Mais dès que l’on gratte un peu le vernis, les coutures apparaissent assez vite.

Par ailleurs, avec le recul, on ne peut s’empêcher de penser que le succès du film des frères Pang est en partie du à l’engouement du public occidental pour la J-Horror, qui frappa beaucoup les esprits cinéphiles du début des années 2000 avec des films tels que Ring, Ju-on – The Grudge, Kairo ou le formidable Dark Water d’Hideo Nakata, sorti la même année que The Eye. Le rapprochement avec le cinéma d’horreur japonais de la même période est inévitable : les silhouettes fantomatiques, les cheveux qui tombent devant les visages, les apparitions silencieuses, les couloirs d’hôpital et cette manière de faire surgir les revenants au détour d’un cadre n’ont rien de franchement inédit. Là où Ring, Dark Water ou Kairo parvenaient à installer une véritable sensation de malaise à partir d’éléments parfois très simples, The Eye donne surtout l’impression de cocher les cases du petit manuel du fantôme asiatique du début des années 2000. Même son fameux ascenseur, sans doute la séquence la plus mémorable du film, fonctionne davantage comme un joli numéro de mise en scène horrifique que comme une véritable montée d’angoisse.

Et c’est probablement là que le bât blesse le plus : The Eye n’est pas spécialement mauvais, il est surtout rarement passionnant. On sent constamment que les frères Pang aimeraient nous faire peur, nous émouvoir ou nous surprendre, mais ces trois ambitions ne se conjuguent pas toujours très harmonieusement. Certaines scènes sont franchement réussies, d’autres possèdent une jolie idée visuelle, quelques apparitions font leur petit effet et Angelica Lee tient parfaitement la baraque. Seulement voilà : entre deux bonnes séquences, il faut parfois se coltiner de longues plages beaucoup plus molles, une réalisation qui abuse gentiment des effets de manche les plus grotesques et un scénario qui finit par empiler les explications plutôt que de laisser planer le mystère. Il y avait pourtant matière à faire quelque chose de beaucoup plus fort. Le thème de la vision est évidemment riche : voir davantage ne signifie pas nécessairement comprendre davantage, et les frères Pang auraient pu construire tout le film autour de cette idée. Ils préfèrent malheureusement multiplier les détours narratifs et les passages obligés du cinéma fantastique de l’époque. Même la dimension émotionnelle, qui aurait pu donner au film une véritable personnalité, finit par être un peu noyée dans les conventions du genre.

Reste donc un film qui se regarde sans déplaisir, qui possède suffisamment de qualités pour expliquer son succès et qui constitue certainement un témoignage intéressant de cette période où le cinéma fantastique asiatique faisait frissonner les spectateurs occidentaux. Mais il faut bien reconnaître que face aux mastodontes de la J-Horror, The Eye fait davantage figure de suiveur sympathique que de révolutionnaire. Alors oui, The Eye a ses qualités. Oui, Angelica Lee est formidable. Oui, certaines apparitions ont encore de beaux restes et l’ensemble bénéficie d’une ambiance parfois joliment poisseuse. Mais de là à parler de « prodiges du cinéma asiatique des années 2000 », il y a tout de même un sacré pas que l’on ne franchira pas. Les frères Pang avaient manifestement quelques bonnes cartes en main. Ils ont simplement eu beaucoup de mal à les jouer correctement. Et The Eye, malgré son statut de petit classique du fantastique asiatique, en est finalement une assez bonne illustration : plein de promesses, quelques belles réussites, mais aussi cette désagréable sensation qu’il aurait pu être nettement meilleur.

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[4/5]

Pour accompagner son édition de The Eye, Carlotta Films ne fait pas les choses à moitié et propose le film dans un coffret particulièrement soigné, composé d’un étui rigide et d’un digipack, avec une nouvelle restauration 4K. L’objet est plutôt élégant et donne immédiatement envie de ressortir ce petit morceau de patrimoine horrifique asiatique du début des années 2000. La restauration était évidemment attendue au tournant, le film ayant longtemps circulé dans des conditions techniques pas franchement extraordinaires. Et si cette nouvelle copie permet de retrouver The Eye dans une définition nettement plus confortable, elle ne transforme évidemment pas le film en démonstration technique. L’image bénéficie ici d’un master HDR10 et Dolby Vision, dans le respect du format original 1.85. Le gain de définition est indéniable. Les détails des visages, des décors hospitaliers, des vêtements et des différentes textures ressortent avec une précision appréciable, tandis que le grain argentique conserve une présence naturelle qui évite à l’ensemble de paraître artificiellement lissé. La palette chromatique, assez froide et désaturée, profite également du HDR, notamment dans les scènes plus sombres où les écarts de luminosité gagnent en subtilité. Les noirs sont plus profonds, les contrastes mieux étagés et certaines sources lumineuses ressortent avec davantage de vigueur. Pour autant, il ne faut pas s’attendre à une claque visuelle permanente. The Eye reste un film tourné il y a près d’un quart de siècle, avec une photographie et des effets numériques typiques de son époque. Certaines séquences demeurent assez douces, voire légèrement cotonneuses, et le rendu peut manquer ponctuellement de précision dans les scènes les plus complexes. Les effets spéciaux numériques, eux, supportent parfois assez mal le passage en très haute définition : la restauration ne les dégrade évidemment pas, mais elle permet de constater plus franchement leur âge. Ce n’est donc pas une image spectaculaire à tous les coups, mais une présentation sérieuse, propre et surtout respectueuse du matériau d’origine.

Côté son, Carlotta Films propose les VF et VO en DTS-HD Master Audio 5.1 ainsi qu’en DTS-HD Master Audio 2.0. La piste multicanale offre une spatialisation suffisamment ample pour installer l’atmosphère inquiétante recherchée par les frères Pang. Les ambiances, les déplacements et les quelques effets destinés à faire sursauter profitent d’une scène sonore bien répartie, tandis que la musique vient régulièrement envelopper l’ensemble sans devenir envahissante. La dynamique est satisfaisante et les dialogues restent parfaitement intelligibles. Les deux pistes se montrent suffisamment propres, équilibrées et détaillées pour que chacun puisse privilégier sa préférence sans avoir l’impression de sacrifier la qualité sonore. La VO conserve évidemment les inflexions et les sonorités originales du film, mais la VF bénéficie elle aussi d’une reproduction très correcte et d’une spatialisation convaincante. Quant aux pistes DTS-HD Master Audio 2.0, elles constituent une alternative plus frontale et forcément moins enveloppante, mais restent parfaitement exploitables. Bref, pas de mauvaise surprise de ce côté-là.

Carlotta Films accompagne son nouveau master d’un ensemble de bonus qui, sans atteindre des proportions délirantes, apporte suffisamment de matière pour justifier quelques heures supplémentaires autour du film. Le principal inédit est un entretien avec le producteur Peter Ho-Sun Chan (22 minutes). Le producteur revient sur sa rencontre avec Danny et Oxide Pang ainsi que sur la conception de cette production panasiatique. C’est probablement le complément le plus intéressant du lot, notamment parce que Chan permet de replacer The Eye dans son contexte de fabrication et de revenir sur les conditions particulières de cette aventure. Son témoignage apporte un éclairage utile sur le projet et sur la manière dont les deux frères ont pu imposer leur vision. On aura ensuite droit à un essai vidéo de Heather Wixson (15 minutes), qui s’intéresse surtout aux thématiques du film, à la question de la vision et à la place du personnage féminin dans le récit fantastique. Un making of d’époque (17 minutes) complète le programme, permettant de revenir sur la fabrication du film, avec un côté forcément plus promotionnel et plus marqué par son époque que les deux suppléments contemporains.

Mais Carlotta a surtout eu la bonne idée de pousser le bouchon un peu plus loin avec la présence, sur un Blu-ray séparé, du film The Eye 2 : Renaissances. Et là, forcément, difficile de ne pas considérer ce disque comme le véritable bonus de luxe de cette édition. Cette seconde aventure, sortie en 2004 et toujours réalisée par Danny et Oxide Pang, bénéficie elle aussi d’une nouvelle restauration 4K dans le coffret complet, même si elle est proposée ici en Blu-ray uniquement. Au final, Carlotta Films nous livre donc une édition techniquement sérieuse, joliment présentée et suffisamment généreuse en suppléments. Le film lui-même ne gagnera probablement pas un nouveau statut grâce à cette restauration, mais il n’a certainement jamais été aussi bien accompagné sur le marché français. Et pour ceux qui, contrairement à certains grincheux, considèrent encore les frères Pang comme des « prodiges du cinéma asiatique des années 2000 », voilà au moins une belle occasion de vérifier si leur réputation est méritée. Pour les autres, ce sera surtout l’occasion de constater que, même en 4K, un film moyen reste un film moyen.

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