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À revoir sur HBO Max : Au bout de la nuit

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Au bout de la nuit

États-Unis : 2008
Titre original : Street Kings
Réalisation : David Ayer
Scénario : James Ellroy, Kurt Wimmer, Jamie Moss
Acteurs : Keanu Reeves, Forest Whitaker, Hugh Laurie
Distributeur : Twentieth Century Fox
Durée : 1h44
Genre : Thriller, Action
Date de sortie cinéma : 25 juin 2008
Actuellement disponible sur HBO Max

Note : 3,5/5

Tom Ludlow est le meilleur détective de l’Ad Vice, unité spécialisée de la Police de Los Angeles. Son supérieur, le capitaine Wander, ferme les yeux sur ses procédés souvent « hors normes » et le protège lors de l’enquête interne menée par le capitaine Biggs. Accusé à tort du meurtre d’un collègue, Ludlow doit lutter seul contre le système corrompu pour prouver son innocence…

Le romancier James Ellroy, roi du polar, a été adapté au cinéma à de multiples reprises, mais il ne s’est jamais avéré très content des transpositions de ses livres à l’écran. L’auteur, qui se plaît à se décrire comme un clébard en rut, a bien compris les différences essentielles entre tel ou tel médium culturel. Et comme les adaptations qui ont été faites de ses bouquins, si intéressantes soient-elles, lui laissaient un goût d’inachevé, le bouledogue priapique a décidé de signer lui-même le scénario de Au bout de la nuit.

Et c’est forcément sciemment qu’Ellroy signe un scénario beaucoup moins complexe que ceux de ses romans, car il sait bien que l’implication émotionnelle du spectateur se fait de façon très différente au cinéma ; il abandonne également la résonance politique que pouvaient avoir ses bouquins, mais en présentant le LAPD comme un vaste relais d’alcooliques et de ripoux, il en garde la veine subversive. Ainsi est-il flagrant que James Ellroy ne signe pas là pour autant un scénario impersonnel : Au bout de la nuit est en effet très marqué par les obsessions de l’auteur, notamment pour la violence, l’alcool, le racisme et les rapports de force au sein de la police de Los Angeles. Là où d’autres auraient cherché à bâtir une intrigue labyrinthique, Ellroy préfère ici l’efficacité, privilégiant une progression frontale qui laisse toute la place aux personnages et à leurs affrontements. Ce dépouillement apparent n’est jamais synonyme de facilité : il traduit au contraire une compréhension très fine des codes du cinéma policier, qui exige une lisibilité et un impact immédiat que le roman peut se permettre de différer.

« I’m sick of this shit, man. It’s the same damn song for three years. Crying about your wife. » Comme le montre de façon manifeste cette punchline du film, la volonté de l’auteur (secondé dans sa tâche par l’excellent David Ayer, scénariste de Training Day) est d’aller droit au but, sans fioritures ou états d’âme, en refusant la psychologie de comptoir dont nous abreuve l’immense majorité des films policiers actuels, pour retrouver l’esprit des polars des années 70, dans lesquels les personnages étaient certes également représentés comme des alcooliques notoires que leurs femmes avaient quittés, mais n’en faisaient pas tout un plat pour autant. Chez Ellroy comme chez Ayer, les hommes se définissent moins par ce qu’ils disent que par ce qu’ils encaissent, les dialogues servant davantage à distribuer des coups qu’à livrer des confessions. Le choix de Keanu Reeves – l’acteur le plus inexpressif de sa génération – pour le rôle principal n’est d’ailleurs sans doute pas étranger à cette volonté d’aller à l’essentiel : l’intrigue policière. Cette absence presque totale d’affect devient paradoxalement une qualité, tant elle fait de son personnage une sorte de bloc de granit avançant dans un monde où tout le monde ment, manipule ou trahit.

Cette démarche est très inhabituelle de nos jours, et pourra certes rebuter certains spectateurs, qui trouveront le spectacle vain, gratuit et vaguement démonstratif. La réalisation de David Ayer est par ailleurs à l’image du scénario : sèche, brute de décoffrage, efficace en un mot. Riche d’une scène d’ouverture époustouflante (valant presque l’impact de celle du Narc de Joe Carnahan), Au bout de la nuit laisse du coup forcément une large part à l’action. Mais soyons honnêtes, qui s’en plaindra ? David Ayer filme Los Angeles comme une jungle de béton où les sirènes de police remplacent le chant des oiseaux et où chaque intervention peut dégénérer en exécution sommaire. Son découpage nerveux, son goût pour les affrontements soudains et son refus de toute esthétisation excessive donnent au film une rugosité qui lui va comme un gant. Sans atteindre les sommets des grands classiques du polar américain auxquels il rend volontiers hommage, Au bout de la nuit possède suffisamment de personnalité et de franchise pour s’imposer comme une série B musclée, assumant jusqu’au bout son goût pour les gueules cassées, les flics pourris et les coups de crosse distribués avec la même générosité que les bouteilles de whisky.

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