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Test Blu-ray 4K Ultra HD : Les Associés – Édition Collector Limitée

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Les Associés

Hong Kong : 1991
Titre original : Chung hang sei hoi
Réalisation : John Woo
Scénario : Janet Chun, John Woo, Patrick Leung
Acteurs : Chow Yun-fat, Leslie Cheung, Cherie Chung
Éditeur : HK Vidéo
Durée : 1h47
Genre : Action, Comédie
Date de sortie cinéma : 22 juillet 1999
Date de sortie DVD/BR/4K : 7 août 2026

Joe, Jim et Cherie, trois as de la cambriole élevés ensemble à Hong Kong par un père adoptif cruel, sont victimes lors d’un séjour en France d’un coup monté ou Joe périt. Inconsolables, Jim et Cherie retournent à Hong-Kong où ils deviennent amants. Il se heurtent alors une nouvelle fois à leur père adoptif, plus méchant que jamais…

Le film

[3,5/5]

Les grands cinéastes possèdent parfois une étrange manière de rebondir. Certains répondent à un échec en s’enfermant dans leurs certitudes, d’autres prennent le contrepied absolu de ce qu’ils viennent d’accomplir. Les Associés, réalisé par John Woo en 1991, appartient clairement à cette seconde catégorie. Après le revers commercial d’Une balle dans la tête, fresque aussi ambitieuse que douloureuse, le cinéaste se retrouve dans une position délicate : sa jeune société Milestone Pictures joue une partie de son avenir, et le public hongkongais attend avant tout un divertissement de Nouvel An. Les Associés répond donc à cette équation avec une désinvolture presque insolente. Le film abandonne momentanément la gravité opératique de The Killer ou du Syndicat du Crime pour enfiler un costume blanc cassé de gentleman-cambrioleur, direction Paris, Nice et la Côte d’Azur. Pourtant, derrière les cartes postales en Cinémascope et les poursuites acrobatiques, Les Associés continue discrètement de raconter ce qui obsède John Woo depuis toujours : des êtres cabossés qui tentent de choisir leur propre famille plutôt que celle que le destin leur a distribuée, comme un jeu de cartes dont certaines figures auraient décidé de changer de couleur en pleine partie.

Car Les Associés cache son véritable cœur sous une montagne de pirouettes. Les cambriolages sophistiqués, les gadgets, les fusillades chorégraphiées et les cascades deviennent presque un rideau de scène derrière lequel se joue une histoire d’amitié, de loyauté et d’identité. John Woo retrouve même l’un de ses motifs favoris : celui des deux figures paternelles opposées, l’une nourrissant les enfants pour mieux les protéger, l’autre les façonnant comme des outils au service du crime. Cette dualité irrigue tout le récit et donne au trio formé par Chow Yun-fat, Leslie Cheung et Cherie Chung une profondeur inattendue, même lorsque le scénario préfère parfois l’esquisse à la démonstration. Certes, le triangle amoureux ne possède jamais l’intensité romantique que son point de départ semblait promettre, mais ce léger déséquilibre raconte finalement quelque chose d’assez beau : chez John Woo, les liens fraternels finissent presque toujours par éclipser les passions amoureuses. Les sentiments avancent alors comme des voleurs en chaussettes sur un parquet ciré : ils font mine de ne rien déranger, alors qu’ils déplacent silencieusement tout le mobilier émotionnel.

Impossible également de réduire Les Associés à un simple exercice alimentaire tant la mise en scène déborde d’idées. Chaque musée, chaque villa méditerranéenne, chaque ruelle française semble transformé en immense terrain de jeu cinématographique. La caméra de John Woo danse davantage qu’elle ne filme, transformant les poursuites en véritables ballets mécaniques où les corps répondent aux architectures avec une élégance presque musicale. Les ralentis, les glissades improbables, les objets détournés en armes improvisées et les échanges de coups de feu composent une sorte de bande dessinée vivante qui regarde autant vers Alfred Hitchcock que vers les futurs films d’espionnage modernes. Difficile de ne pas apercevoir, au détour d’un cambriolage suspendu au-dessus d’un système de sécurité ou d’une infiltration millimétrée, quelques graines qui germeront plus tard dans Mission : Impossible 2. Même lorsque l’humour prend une place déraisonnable et que certaines plaisanteries tombent avec la délicatesse d’un piano lancé du quatrième étage, Les Associés conserve cette énergie enfantine qui refuse obstinément le cynisme. Le film saute d’un registre à l’autre comme un acrobate persuadé que le vide est simplement une autre façon de marcher.

Cette liberté de ton constitue d’ailleurs la véritable singularité des Associés. Beaucoup y verront une œuvre inégale ; il serait pourtant plus juste d’y voir un film qui refuse obstinément de rester dans sa case. Polar, comédie burlesque, romance, aventure internationale ou hommage affectueux aux grandes heures du cinéma populaire, John Woo mélange les couleurs avec une gourmandise qui rappelle le cinéma hongkongais de cette époque (notamment celui de Wong Jing), où les frontières entre les genres étaient souvent aussi poreuses qu’une porte de saloon après une fusillade. Cette fantaisie ne fonctionnerait sans doute pas aussi bien sans un casting visiblement ravi de jouer les équilibristes. Leslie Cheung apporte son élégance mélancolique habituelle, Cherie Chung illumine l’écran d’une présence naturelle qui dépasse largement son rôle de simple enjeu sentimental, tandis que Chow Yun-fat s’autorise un cabotinage totalement assumé. Le trait est parfois épais, les grimaces nombreuses, mais cette exubérance participe finalement au charme d’un film qui préfère trébucher avec panache plutôt que marcher bien droit. Entre deux monuments tragiques de sa carrière, Les Associés ressemble ainsi à une parenthèse ensoleillée, un sourire légèrement de travers qui annonce déjà l’horizon américain tout en rappelant qu’avant d’être un chorégraphe de balles, John Woo fut aussi un formidable amuseur. Un détour ? Peut-être. Mais un détour sacrément attachant, assurément.

Le coffret Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

Le travail éditorial accompli par HK Vidéo autour des grands classiques de John Woo commence décidément à prendre des allures de déclaration d’amour. Cette Édition Collector limitée des Associés ne se contente pas d’empiler les goodies : elle donne véritablement l’impression de tenir entre les mains un morceau de cinéma hongkongais. Présenté dans un élégant boîtier Digipack deux volets glissé dans un étui rigide, l’ensemble renferme le Blu-ray 4K Ultra HD, le Blu-ray HD, un livret de vingt pages, la reproduction de l’affiche d’époque ainsi que cinq photos d’exploitation. Une présentation particulièrement soignée qui replace immédiatement le film dans cette époque bénie où une simple photo promotionnelle pouvait raconter toute une aventure. Voilà un écrin à la hauteur d’un film longtemps resté dans l’ombre de The Killer ou À toute épreuve.

Le Blu-ray 4K Ultra HD permet surtout de redécouvrir Les Associés dans des conditions particulièrement flatteuses. La restauration 4K met admirablement en valeur la photographie de Poon Hang-Sang, qui profite pleinement des encodages HDR10 et Dolby Vision. Les paysages de la Côte d’Azur retrouvent une profondeur lumineuse superbe, les façades parisiennes gagnent en relief, tandis que les intérieurs des musées révèlent une foule de détails jusqu’alors noyés dans des masters plus anciens. Les couleurs affichent une richesse très naturelle, sans jamais tomber dans la saturation artificielle, et la gestion des hautes lumières offre une belle respiration aux nombreuses scènes tournées en extérieur. La définition progresse sensiblement, les textures des costumes, les visages et les éléments de décor gagnant une précision bienvenue tout en respectant le grain argentique d’origine. Quelques plans demeurent naturellement un peu moins définis, mais l’ensemble respire enfin avec une stabilité et une finesse qui rendent pleinement justice au travail de John Woo. Côté son, HK Vidéo fait le choix du respect patrimonial avec les pistes VF et VO proposées en DTS-HD Master Audio 2.0. Bien sûr, il ne faut pas attendre une démonstration multicanale spectaculaire : Les Associés demeure une production de 1991, dont le mixage privilégie avant tout les dialogues, la musique et une spatialisation mesurée. En revanche, les deux versions se montrent particulièrement agréables à l’écoute. La VO conserve ce charme propre au doublage postsynchronisé du cinéma hongkongais, avec une bande-son vivante et une musique qui accompagne efficacement les changements constants de registre. La VF, de son côté, se révèle tout aussi convaincante grâce à une restitution claire des dialogues et un équilibre très satisfaisant entre les voix, les effets et la partition musicale. Les coups de feu conservent suffisamment d’impact, les poursuites automobiles bénéficient d’une dynamique très honorable et les nombreuses scènes d’action demeurent parfaitement lisibles. Sans révolutionner les standards techniques de l’époque, cette édition restitue le film avec beaucoup de fidélité et de naturel, ce qui constitue finalement le plus beau compliment que l’on puisse adresser à ce type de restauration.

L’autre immense force de cette Édition Collector limitée proposée par HK Vidéo réside dans la section suppléments, particulièrement copieuse, et pensée comme un véritable documentaire éclaté sur la carrière de John Woo. Plus qu’une simple succession d’entretiens promotionnels, ces bonus se répondent, se complètent et finissent par dresser le portrait d’un cinéaste à un moment charnière de son parcours. On commencera par entretien avec John Woo (24 minutes), qui constitue naturellement la pièce maîtresse de l’ensemble. Le réalisateur revient avec beaucoup de franchise sur l’échec commercial d’Une balle dans la tête, explique les circonstances ayant conduit à la naissance des Associés, évoque le choix des décors français, les réactions du public hongkongais ainsi que sa manière très personnelle de diriger les comédiens. Quelques anecdotes consacrées à Volte/Face ou à la série télévisée dérivée du film viennent prolonger la discussion sans jamais donner l’impression de s’éloigner du sujet principal. Cette parole, aujourd’hui empreinte d’un recul particulièrement précieux, éclaire admirablement cette période de transition. On enchaînera avec un entretien avec le directeur de la photographie Poon Hang-Sang (27 minutes). Véritable mémoire vivante du cinéma hongkongais, il retrace sa rencontre avec John Woo, revient sur ses collaborations avec Chang Cheh, Tsui Hark ou encore Cherie Chung, avant de détailler longuement le tournage du film, notamment en France. Les difficultés logistiques rencontrées entre Hong Kong, Paris, Nice et Cannes deviennent presque un récit d’aventure à elles seules. Plus fascinant encore, Poon Hang-Sang explique avec une remarquable précision sa façon d’aborder la lumière, les scènes d’action, les poursuites automobiles ou encore la photographie des musées et des monuments français. Ce type d’intervention technique possède parfois la réputation d’être réservé aux passionnés de photographie ; celle-ci se révèle pourtant étonnamment accessible et illustre parfaitement la manière dont la mise en scène de John Woo naît toujours d’un dialogue permanent entre les idées visuelles et les contraintes très concrètes du tournage.

On embrayera ensuite avec un entretien avec le scénariste Clifton Ko (21 minutes), qui apporte un éclairage complémentaire particulièrement stimulant sur la genèse du projet. Appelé pour écrire un film de Nouvel An destiné à un large public, il raconte avec beaucoup d’humour les échanges créatifs entretenus avec John Woo, tout en revenant sur la carrière du cinéaste avant Le Syndicat du Crime, lorsque celui-ci réalisait principalement des comédies. Les souvenirs liés à Leslie Cheung, les anecdotes de plateau et les confidences concernant l’état d’esprit de John Woo après plusieurs revers professionnels permettent surtout de comprendre combien Les Associés représente un tournant humain autant qu’artistique. Plus bref, mais tout aussi intéressant, l’entretien avec le monteur David Wu (10 minutes) revient sur les différences fondamentales entre Une balle dans la tête et Les Associés, détaille son étonnant cumul de fonctions sur le tournage — monteur, responsable musical, réalisateur de seconde équipe et même acteur — et offre plusieurs remarques pertinentes sur la fabrication des scènes d’action. Un entretien avec le producteur Terence Chang (8 minutes) complète idéalement ce tableau en évoquant la création de Milestone Pictures, les premiers contacts avec Hollywood, les rencontres chez Universal et 20th Century Fox, ainsi que les prémices de la future carrière américaine de John Woo.

Le coffret se conclut avec plusieurs modules plus ciblés mais loin d’être anecdotiques. On aura droit à un module au cœur duquel l’historien Frank Djeng rend hommage à Leslie Cheung (17 minutes), retraçant aussi bien son parcours musical que son immense carrière d’acteur, tout en rappelant l’importance qu’il occupait dans la culture populaire hongkongaise des années 80 et 90. On continuera ensuite avec le traditionnel module Hong Kong Confidential avec Grady Hendrix (8 minutes), qui replace Les Associés dans le contexte des productions du Nouvel An chinois, explique l’évolution du scénario initial imaginé par John Woo et présente avec beaucoup de pédagogie les principaux protagonistes du film. L’ensemble s’achève sur la bande-annonce originale restaurée, ultime clin d’œil patrimonial venant compléter un programme déjà particulièrement généreux. Au final, HK Vidéo signe sans doute l’une des éditions les plus complètes consacrées aux Associés. Rarement un film considéré comme « mineur » dans la filmographie d’un cinéaste aura bénéficié d’un appareil éditorial aussi riche, capable de transformer un excellent divertissement en véritable objet d’étude. Pour les admirateurs de John Woo, mais aussi pour tous les curieux désireux de comprendre comment se fabrique un grand film populaire hongkongais, cette Édition Collector limitée Blu-ray 4K Ultra HD fait figure d’achat quasiment incontournable.

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