Les silences de Riyad
Arabie Saoudite : 2026
Titre original : Unidentified
Réalisation : Haifaa Al Mansour
Scénario : Haifaa Al Mansour, Brad Niemann
Interprètes : Mila Al Zahrani, Aziz Gharbawi, Shafi Al Harthy
Distribution : KMBO
Durée : 1h40
Genre : Thriller
Date de sortie : 5 août 2026
3.5/5
Synopsis : Dans le désert saoudien, le corps d’une adolescente est retrouvé, sans qu’elle puisse être identifiée. Personne ne signale sa disparition et l’affaire est rapidement classée. Mais à Riyad, Nawal, une jeune employée du commissariat, refuse de lâcher ce dossier. En enquêtant sur la victime, elle met au jour des éléments qu’elle n’aurait jamais dû découvrir et se retrouve bientôt entraînée dans une affaire qui la dépasse.

Le 31 août 2012 a eu lieu à Venise une page importante de l’histoire du cinéma : la première projection publique, dans le cadre de la Mostra de Venise, de Wadjda, le premier long métrage officiel produit en Arabie Saoudite. Un film, qui plus est, réalisé par une femme dans un pays dans lequel la condition féminine n’est pas des plus enviables et qui, à l’époque, n’était doté d’aucune salle de cinéma. Depuis, sa réalisatrice, Haifaa Al Mansour, dorénavant installé à Los Angeles, n’a vraiment pas chômé, travaillant en particulier sur de nombreuses séries. Toutefois, ce sont avant tout ses films de cinéma qui nous intéressent, 5 films dont le personnage principal est systématiquement de sexe féminin. Parmi ces 5 films, Wadjda, The Perfect Candidate et Les silences de Riyad forment une trilogie dans laquelle chaque film met en scène une adolescente ou une femme saoudienne qui se bat comme elle peut contre les normes rigoureuses imposées à la gent féminine dans leur pays. Certes, on enregistre depuis quelques années une évolution positive du droit des femmes en Arabie Saoudite mais le pays part de tellement loin qu’une réalisatrice comme Haifaa Al Mansour doit quand même prendre un certain nombre de précautions lorsqu’elle souhaite dénoncer quelque injustice que ce soit. C’est ainsi qu’elle a fait de Les silences de Riyad un film qui reprend les codes du thriller et d’une enquête policière, mais une enquête menée d’un point de vue féminin et dans lequel la réalisatrice a habilement glissé un certain nombre de messages, certains d’entre eux ayant d’ailleurs, pour nos yeux d’occidentaux humanistes, un caractère discutable.
Nous voici donc auprès de Nawal, une jeune femme récemment divorcée et qui a perdu un enfant 2 jours après sa naissance, Dima, une petite fille. Dans le commissariat de police dans lequel elle travaille, Nawal est chargée de numériser les vieux dossiers mais l’emplacement de son lieu de travail lui permet d’entendre à peu près tout ce qui se dit dans le bureau du Colonel Majid, le chef du commissariat. Se disant favorable à la peine de mort et passionnée par les faits divers au point de passer beaucoup de temps à visionner sur son Smartphone des podcasts où se rencontrent des conseils de maquillage et la présentation d’affaires non résolues, Nawal va prêter une oreille attentive à ce qui se dit dans la pièce d’à côté à propos d’une jeune fille dont le corps a été découvert dans le désert, une jeune fille non identifiée et dont personne ne réclame me corps. Est-ce ce goût prononcé pour les enquêtes policières ? Est-ce un sentiment de solidarité féminine envers cette inconnue ? Est-ce en rapport avec la perte de sa propre petite fille ? Est-ce un autre motif, qu’on est bien loin de soupçonner ? Toujours est-il que Nawal va tout faire pour mener sa propre enquête, en parallèle de l’enquête officielle. Grâce aux messages laissés de-ci de-là par Haifaa Al Mansour, nous allons apprendre entre autre que les cheffes d’établissement des lycées de filles de Riyad ne s’inquiètent guère lorsqu’une élève manque à l’appel, habituées qu’elles sont à ce que certaines de leurs élèves disparaissent des radars sans crier gare, que ce soit suite à leur mariage ou du fait d’un banal décrochage ; que des jeunes filles sur le point d’être mariées de force vont chercher à « s’amuser tant qu’elles le peuvent » dans les jours précédant la cérémonie, et ce, tout particulièrement si le futur mari est beaucoup plus âgé qu’elles ; que Dieu est omniprésent dans la société saoudienne et ce, tout particulièrement, chez un peintre qui passe le plus clair de son temps à peindre des affiches à la gloire de Dieu. Une société dont l’opulence est affichée à de nombreuses reprises dans le film, ne serait-ce que par l’affichage des modèles de voiture qu’on y voit ou par celui des boutiques de luxe. Une société qui apparait comme étant à 2 vitesses, d’un grand modernisme dans de nombreux domaines et très rétrograde en ce qui concerne les mœurs et la place des femmes. Même si l’intérêt de Les silences de Riyad se situe un cran en dessous de celui de Wadjda ou de celui de The Perfect Candidate, ce film dont Haifaa Al Mansour a écrit le scénario en collaboration avec son mari, l’américain Brad Niemann, a le mérite de nous informer sur l’évolution de l’Arabie Saoudite tout en nous intéressant à une enquête policière. Le mérite aussi de nous présenter à nouveau le jeu tout en finesse de Mila Al Zahrani, l’interprète de Nawal, déjà présente dans The Perfect Candidate.
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