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Test Blu-ray : House

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House

États-Unis : 1986
Titre original : –
Réalisation : Steve Miner
Scénario : Ethan Wiley, Fred Dekker
Acteurs : William Katt, George Wendt, Richard Moll
Éditeur : ESC Films
Durée : 1h32
Genre : Horreur, Comédie
Date de sortie cinéma : 4 juin 1986
Date de sortie DVD/BR : 8 juillet 2026

Auteur de romans d’horreur et vétéran de la Guerre du Vietnam, Roger Cobb s’installe dans un vieille demeure léguée par sa tante. Mais il est très vite poursuivi par une armée de fantômes dirigée par Ben, un ancien du Vietnam abandonné par Roger…

Le film

[4/5]

Les murs des maisons hantées ont souvent la réputation de conserver les secrets. House, lui, semble avoir préféré avaler directement ceux qui les portent. Derrière son titre d’une simplicité presque insolente, le film de Steve Miner cache un drôle d’animal, impossible à enfermer dans une seule cage. Comédie horrifique, film de fantômes, aventure fantastique, cauchemar psychologique, récit de guerre, drame familial… tout cela cohabite dans un joyeux désordre qui ne donne pourtant jamais l’impression de partir en vrille. C’est même tout le contraire : House avance comme un rêve fiévreux qui change de décor avant que le cerveau n’ait eu le temps de protester. Le scénario imaginé par Fred Dekker, puis remanié par Ethan Wiley, possède cette qualité assez rare consistant à toujours ouvrir une nouvelle porte au moment où l’on croit avoir compris le plan de la maison. Une porte débouche sur un grenier, la suivante sur le Viêt Nam, celle d’après sur un placard rempli de démons goguenards… et la dernière, mine de rien, conduit surtout vers les remords d’un homme qui a cessé de dormir les yeux fermés depuis bien longtemps. House appartient à cette génération bénie de films des années 80 où le fantastique n’était pas un décor mais une manière de rendre visibles les blessures invisibles.

Le parcours de Steve Miner explique sans doute en partie cette étonnante maîtrise de l’équilibre. Après avoir participé à l’aventure Vendredi 13 en réalisant les deuxième et troisième épisodes, le cinéaste connaissait déjà parfaitement les mécanismes du cinéma d’horreur populaire. Avec House, il choisit pourtant de déplacer les meubles, au sens propre comme au figuré. L’horreur cesse d’être un simple terrain de chasse pour devenir un terrain de jeu, sans jamais oublier que le rire et la peur aiment parfois partager le même canapé. Le travail de Fred Dekker, futur réalisateur de Night of the Creeps et de The Monster Squad, se reconnaît immédiatement dans cette façon d’entremêler les genres avec un naturel presque insolent, tandis que Ethan Wiley apporte au récit une cohérence émotionnelle qui évite au film de ressembler à une succession de numéros. House ne cherche jamais à être seulement drôle ou seulement inquiétant : il préfère danser sur la rambarde entre les deux, avec la désinvolture d’un somnambule qui aurait pris des cours d’acrobatie. Cette liberté, mêlée à une poignée de démons à la voix suraiguë semblant tout connaître du héros, rappelle évidemment l’énergie débridée de Evil Dead, dont l’influence se fait sentir à plusieurs reprises. Pourtant, difficile de ne pas sourire en constatant qu’un an plus tard, Evil Dead II semblera presque rendre la politesse à Steve Miner, notamment lorsque les trophées de chasse se mettront eux aussi à retrouver une inquiétante vitalité. Les cinéphiles adorent dessiner des lignes entre les films ; celles-ci ressemblent davantage à des fils électriques qui crépitent encore aujourd’hui.

Impossible également d’évoquer House sans parler de cette formidable époque où les monstres existaient vraiment devant la caméra. Les créatures conçues par John Carl Buechler, épaulées par des artisans comme Steve Johnson, Mark Sjostrom ou encore les équipes supervisées par Richard Edlund, possèdent cette présence physique devenue presque exotique à l’heure des armées de pixels et de CGI. Chaque masque, chaque animatronique, chaque prothèse semble transporter avec lui une petite odeur de latex, de caoutchouc, de peinture fraîche et de nuits passées à bricoler des miracles dans un atelier improvisé. Les effets spéciaux de House ne cherchent jamais à singer le réel ; ils fabriquent un univers où l’artifice devient paradoxalement plus crédible que certaines images numériques contemporaines. Cette matérialité nourrit directement le récit. Lorsque les murs se déforment ou qu’une créature surgit d’un placard, le spectateur ne contemple pas seulement un effet spectaculaire : il assiste à la matérialisation des traumatismes du héros. Le fantastique cesse alors d’être une parenthèse pour devenir le langage même de la culpabilité. Des décennies plus tard, James Wan développera dans la saga Insidious cette idée d’un espace parallèle où les peurs prennent littéralement corps. Difficile de ne pas voir dans House une esquisse réjouissante de ce « Lointain » avant la lettre, où franchir une porte revient surtout à pénétrer dans les recoins les moins fréquentables de sa propre mémoire.

Cette richesse expliquerait presque pourquoi House résiste aussi bien au temps. Le film refuse obstinément la ligne droite, préférant multiplier les bifurcations narratives comme un architecte qui construirait ses plans après avoir rencontré les fantômes. Cette imprévisibilité permanente constitue probablement son arme secrète. À aucun moment le récit ne donne réellement l’impression de suivre une recette connue, ce qui reste assez remarquable pour une production de studio des années 80. Même lorsque l’humour surgit, il ne désamorce pas systématiquement la tension : il agit davantage comme un faux plancher sous lequel attend une nouvelle inquiétude. Au milieu de cette maison qui semble avoir signé un pacte avec les cauchemars, William Katt trouve d’ailleurs le ton idéal. Son Roger Cobb demeure profondément humain, oscillant sans cesse entre le sarcasme, la fragilité et une douleur qu’il tente maladroitement de dissimuler sous des plaisanteries. George Wendt, Richard Moll et Kay Lenz complètent admirablement cette galerie de personnages dont personne ne paraît tout à fait appartenir au même film… jusqu’à ce que House démontre, avec un naturel désarmant, que c’était précisément le projet depuis le début. Sous ses dehors de train fantôme exubérant, le film parle finalement d’un homme obligé d’affronter les pièces condamnées de son existence avant d’espérer retrouver la sortie. Une belle idée, qui continue aujourd’hui encore d’ouvrir bien plus de portes qu’elle n’en referme.

Le Blu-ray

[4/5]

Chez ESC Films, certaines sorties donnent immédiatement l’impression que l’éditeur connaît parfaitement son public. C’est exactement le cas de ce superbe coffret collector réunissant House et House II : La deuxième histoire, deux films qui, pour le moment, ne sont disponibles en Blu-ray en France qu’au sein de cette édition. Difficile de ne pas se laisser séduire par la présentation : un solide étui rigide et numéroté renfermant les deux Blu-ray, un livret exclusif de 52 pages ainsi que deux affiches collector. Voilà le genre d’objet que les amateurs de cinéma fantastique des années 80 prennent autant de plaisir à feuilleter qu’à exposer dans leur vidéothèque. Le soin apporté au packaging accompagne heureusement une prestation technique tout aussi convaincante.

Le film de Steve Miner a bénéficié d’une restauration 2K qui permet enfin d’apprécier pleinement le travail photographique du film. Les couleurs retrouvent leur éclat sans tomber dans l’excès, les contrastes affichent une belle profondeur et le piqué révèle quantité de détails invisibles sur les anciennes éditions vidéo. Le grain argentique est respecté, la compression demeure discrète et les effets spéciaux artisanaux gagnent paradoxalement en crédibilité grâce à cette définition accrue : les maquillages, les animatroniques et les créatures conservent toute leur matérialité sans que la haute définition ne vienne trahir leurs petits secrets de fabrication. Les quelques limites inhérentes aux effets optiques de l’époque ou à certains plans composites restent bien entendu visibles, mais elles participent aussi au charme profondément analogique de House. Côté audio, ESC Films propose une VF en DTS-HD Master Audio 2.0, ainsi qu’une VO en DTS-HD Master Audio 2.0 et DTS-HD Master Audio 5.1. La version française, que beaucoup de spectateurs connaissent presque par cœur, demeure tout à fait agréable, avec des dialogues clairs et une restitution chaleureuse qui accompagne parfaitement l’esprit du film. La version originale profite naturellement d’une ouverture légèrement supérieure dans son mixage multicanal, notamment lors des apparitions des créatures ou des nombreux effets d’ambiance qui envahissent progressivement la maison. Pour autant, l’écart reste raisonnable et la piste DTS-HD Master Audio 2.0 anglaise conserve tout son intérêt, reproduisant fidèlement l’expérience sonore d’origine. Dans les trois cas, le spectacle demeure vivant, parfaitement équilibré et suffisamment dynamique pour accompagner les changements permanents de ton qui font tout le charme de House.

Si c’est un véritable plaisir de revoir House dans de telles conditions, les suppléments constituent la deuxième raison incontournable pour se procurer cette édition, qui mérite une place de choix dans toute collection consacrée au cinéma fantastique. La vedette revient sans discussion au formidable making of rétrospectif (1h06), produit plusieurs décennies après le tournage. Voilà exactement le genre de making of dont raffolent les amoureux du cinéma de genre : généreux, passionné et suffisamment riche pour donner l’impression d’assister à une grande réunion de famille. William Katt, George Wendt, Steve Miner, Ethan Wiley et Sean S. Cunningham prennent un plaisir communicatif à revenir sur la naissance de House, depuis les premières idées du scénario jusqu’aux souvenirs de plateau. L’ensemble ne se contente jamais d’aligner les anecdotes amusantes, même si elles sont nombreuses. Les intervenants racontent avec beaucoup de franchise les contraintes budgétaires, les astuces employées pour fabriquer les effets spéciaux, l’ambiance particulièrement chaleureuse qui régnait sur le tournage ou encore les multiples défis techniques rencontrés tout au long de la production.

Certaines anecdotes de ce riche making of donneront le sourire, tant elles incarnent une autre époque du cinéma fantastique : une partie des effets spéciaux fut ainsi développée dans un local installé au sein d’un centre commercial avant que l’équipe ne poursuive son travail… dans le jardin de particuliers après avoir été priée de quitter les lieux. Impossible de ne pas éprouver une certaine tendresse devant cette inventivité artisanale, où quelques passionnés armés de mousse, de latex, d’animatroniques et d’une bonne dose d’imagination parvenaient à donner vie à des créatures qui continuent aujourd’hui encore à marquer les spectateurs. Le documentaire verse parfois dans une affection assumée envers le film, mais difficile de lui en vouloir tant cet enthousiasme demeure communicatif. Bien au contraire, cette sincérité rappelle que House appartient à cette catégorie d’œuvres qui ont grandi discrètement avec leur public, au fil des diffusions télévisées et des vidéoclubs, jusqu’à devenir un véritable film refuge pour toute une génération de cinéphiles (un peu à la façon, quelques années plus tard, de L’Armée des Ténèbres de Sam Raimi).

Le reste des bonus complète admirablement cette plongée dans les coulisses. Le making of d’époque (24 minutes) possède évidemment un charme tout particulier. Témoignage capté au moment même de la production, il permet d’observer les plateaux en pleine activité, de découvrir les effets spéciaux en cours de fabrication et de retrouver les principaux artisans du film avec un regard encore tourné vers l’avenir plutôt que vers la nostalgie. Les images respirent les années 80 jusque dans leur texture vidéo, ce qui renforce encore leur intérêt documentaire. Les bandes-annonces viennent compléter l’ensemble, tandis que le commentaire audio réunissant Steve Miner, Ethan Wiley, William Katt et Sean S. Cunningham (VOST) représentera un bonus de choix pour les spectateurs désireux de pousser l’expérience encore plus loin. Les quatre intervenants échangent dans une ambiance particulièrement détendue, multipliant souvenirs de tournage, précisions techniques et anecdotes sur la fabrication du film, tout en revenant régulièrement sur les choix de mise en scène, les difficultés rencontrées ou les nombreuses idées qui ont évolué au fil de la production. Le commentaire ressemble davantage à une conversation entre vieux complices qu’à une leçon de cinéma, ce qui le rend particulièrement agréable à suivre.

Au final, ESC Films ne se contente pas de proposer un simple Blu-ray de House : l’éditeur offre un véritable écrin à une œuvre culte, accompagné de suppléments aussi généreux que passionnants. À une époque où certains classiques se contentent d’une restauration et d’une bande-annonce recyclée, voir un film de cette trempe bénéficier d’autant d’attention procure un plaisir presque enfantin. Comme quoi, certaines maisons hantées méritaient décidément d’être rouvertes dans les meilleures conditions possibles. Et si vous avez aimé House, vous aimerez sans doute également House II : La deuxième histoire, sur lequel on reviendra demain. Rendez-vous est pris !

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