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Test Blu-ray 4K Ultra HD : Entre le ciel et l’enfer – Édition Prestige limitée

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Entre le ciel et l’enfer

Japon : 1963
Titre original : Tengoku to jigoku
Réalisateur : Akira Kurosawa
Scénario : Akira Kurosawa, Hideo Oguni, Ryuzo Kikushima
Acteurs : Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Kyoko Kagawa
Éditeur : Wild Side Vidéo
Durée : 2h31
Genre : Policier, Drame
Date de sortie cinéma : 9 juin 1976
Date de sortie DVD/BR4K : 5 mai 2026

Un homme d’affaires apprend que son fils a été enlevé et doit réunir l’argent de la rançon. Un choix terrible s’offre à lui lorsqu’il apprend que ce n’est pas son fils qui a été kidnappé, mais de son chauffeur…

Le film

[4/5]

« Un des aspects les plus bluffants du génie de Akira Kurosawa réside dans sa capacité de changer assez régulièrement de genre au cours d’une filmographie très fournie, tout en y affichant chaque fois une maîtrise, voire un pouvoir de création incroyables. Ainsi, alors qu’on a plutôt tendance de nos jours à se souvenir de ce réalisateur majeur du siècle dernier pour ses épopées de samouraïs, il a su œuvrer avec la même maestria dans un large éventail de genres, à l’exception notable de la comédie. Son incursion dans le domaine du policier s’est soldée par Entre le ciel et l’enfer, un magnifique thriller qui s’écarte avec panache des règles établies par exemple grâce au maître du suspense Alfred Hitchcock. L’enjeu principal du récit ne s’y résume en effet guère au dénouement d’une affaire d’enlèvement et pas davantage à la recherche fiévreuse du méchant kidnappeur. C’est le travail méticuleux de la police qui y est mis à l’honneur, dans une formidable anticipation des enquêtes scientifiques de lieux de crime qui pullulent depuis des années à la télévision et surtout grâce à une forme de narration extrêmement maîtrisée. Les états d’âme de cette dernière transmettent à leur façon détachée un sens de l’humanité hautement impressionnant. (…)

Quel plaisir de découvrir enfin ce petit chef-d’œuvre plutôt discret de la part d’un réalisateur, qui nous inspire généralement comme seules et uniques réserves sa prédilection pour un rythme pesant et un discours humaniste un peu trop appuyé ! Dans le cas de Entre le ciel et l’enfer, ces deux écueils potentiels font au contraire la force redoutable d’un récit qui prend son temps sans jamais perdre de vue l’objectif final : suggérer avec adresse que toute la bonne volonté et les méthodes sophistiquées de la police ne servent en fin de compte pas à grand-chose face à la folie de quelques esprits mal intentionnés. »

Extrait de la critique de notre chroniqueur Tobias Dunschen. Retrouvez-en l’intégralité en cliquant sur ce lien.

Le Coffret Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

Disponible ces jours-ci sous les couleurs de Carlotta Films, le coffret Entre le ciel et l’enfer – Édition Prestige Limitée donne l’impression de manipuler un objet conçu pour être admiré autant que consulté. Comme toujours avec sa série des « EPL » (dont le film de Kurosawa constitue le n°37), Carlotta a sorti l’artillerie lourde : un coffret boîte cloche solide, élégant, presque cérémoniel, qui rappelle ces éditions japonaises où chaque élément semble avoir été pensé pour faire bander le collectionneur. À l’intérieur, un Digipack exclusif accueille le Blu-ray 4K Ultra HD (Dolby Vision + HDR10) et le Blu-ray classique, accompagnés d’un ensemble de goodies qui sentent bon la passion éditoriale : 12 photos de tournage, une carte postale de l’avant-première japonaise, un marque-page, un sticker, et même une affiche de la ressortie. Entre le ciel et l’enfer n’a jamais semblé aussi honoré, et l’objet en lui-même pourrait presque trôner dans un musée dédié à Kurosawa.

Côté galette, l’image du Blu-ray 4K Ultra HD d’Entre le ciel et l’enfer a bénéficié d’une nouvelle restauration 4K qui redonne au noir et blanc de Kurosawa une profondeur presque hypnotique. Le Dolby Vision apporte une densité remarquable aux contrastes : les noirs sont abyssaux sans jamais écraser les détails, les blancs gagnent en éclat, et les nuances intermédiaires retrouvent une finesse qui rappelle les projections argentiques. Les scènes du huis-clos, avec leurs lignes horizontales et leurs compositions millimétrées, profitent d’une précision chirurgicale. Les textures des costumes, les reflets sur les vitres, les ombres portées sur les murs : tout semble avoir été poli avec une minutie presque maniaque. Entre le ciel et l’enfer retrouve ainsi une lisibilité exceptionnelle, notamment dans la seconde partie, plus nerveuse, où la caméra suit les policiers dans les rues de Yokohama. Quelques plans issus de sources plus anciennes restent légèrement plus doux, mais rien qui ne vienne troubler l’ensemble. Côté son, Entre le ciel et l’enfer propose une VO DTS-HD Master Audio 4.0 qui surprend par sa clarté et sa spatialisation. Les dialogues sont nets, les ambiances urbaines bien réparties, et la partition musicale bénéficie d’une ampleur inattendue pour un mixage d’époque. La piste conserve une certaine sécheresse typique des productions Toho, mais cette sobriété sert parfaitement le réalisme du film. Les scènes du train, captées à huit caméras à l’époque, gagnent ici une présence sonore saisissante : vibrations métalliques, roulements, échos étouffés… Entre le ciel et l’enfer retrouve une dimension immersive qui renforce encore la tension de cette séquence mythique. Aucun souffle parasite notable, aucune saturation : un travail sonore exemplaire.

Mais le deuxième effet Kiss Kool de cette Édition Prestige Limitée d’Entre le ciel et l’enfer réside dans ses suppléments, particulièrement riches et d’une cohérence rare. Même si on le connaissait déjà, le making of rétrospectif (37 minutes) constitue probablement le cœur de cette section. On y découvre un Kurosawa perfectionniste jusqu’à l’obsession, dirigeant non seulement ses acteurs mais aussi les voitures équipées de projecteurs situées à plusieurs kilomètres du plateau, uniquement pour ajuster un arrière‑plan. Les techniciens et comédiens évoquent le tournage du huis‑clos de 55 minutes, filmé avec plusieurs caméras montées sur grue, la construction minutieuse de la « découverte » derrière la baie vitrée, et la scène finale où les visages du ravisseur et de Mifune devaient se superposer.

On continuera ensuite avec une présentation du film par Jean Douchet (15 minutes), qui apporte une lecture analytique passionnante. Le critique replace Entre le ciel et l’enfer dans la filmographie de Kurosawa, évoque son utilisation du Cinémascope pour enfermer les personnages dans un cadre horizontal oppressant, et souligne la dimension sociale du récit : l’opposition entre le riche industriel et le jeune interne en médecine, dont les visages fusionnent symboliquement dans la scène finale. Douchet parle de « plaisir de l’œil », et l’expression n’a rien d’exagéré tant il met en lumière la virtuosité du cinéaste. Du côté des suppléments inédits, on trouvera une analyse du film par Nicolas Saada (10 minutes), qui complète parfaitement l’ensemble. Le réalisateur et journaliste replace Entre le ciel et l’enfer dans le contexte du cinéma japonais des années 60, analyse la structure du film, sa transition du huis‑clos au polar urbain, et souligne l’influence de Kurosawa sur les thrillers modernes. Son intervention, concise mais dense, éclaire plusieurs choix de mise en scène souvent commentés mais rarement expliqués avec autant de clarté. On terminera enfin avec les traditionnelles bandes‑annonces.

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