Traqué
États-Unis : 2003
Titre original : The Hunted
Réalisation : William Friedkin
Scénario : David Griffiths, Peter Griffiths, Art Monterastelli
Acteurs : Tommy Lee Jones, Benicio Del Toro, Connie Nielsen
Éditeur : L’Atelier d’Images
Durée : 1h34
Genre : Thriller, Action
Date de sortie cinéma : 26 mars 2003
Date de sortie DVD/BR/4K : 21 avril 2026
L.T Bonham, ancien instructeur des forces spéciales, vit aujourd’hui dans un endroit reculé des forêts de l’Oregon. Lorsque plusieurs meurtres de chasseurs sont commis dans la région, un agent du FBI lui demande conseil et l’invite sur les lieux du crime. Petit à petit, Bonham pense que ces meurtres ont été perpétrés par l’un de ses meilleurs anciens élèves, Aaron Hallam…
Le film
[4/5]
Avec Traqué, on a l’impression que William Friedkin avait décidé de revenir à l’essentiel : deux hommes, une forêt, et un passé qui refuse de mourir. Le film s’inscrit dans cette lignée de polars nerveux et brutaux que le cinéaste avait déjà largement explorée avec des films tels French Connection ou Police fédérale Los Angeles, mais Traqué préfère troquer les grandes conspirations pour une traque intime, presque primitive. Le récit avance comme une cicatrice qui se rouvre, révélant ce que la guerre laisse derrière elle : des fantômes, des réflexes, des hommes qui ne savent plus vivre autrement. Le film devient alors un miroir tendu à une Amérique post-11 septembre obsédée par la sécurité, la surveillance et l’idée d’une violence « légitime ».
La structure de Traqué repose sur un principe simple : un maître doit retrouver son élève, devenu prédateur. Cette dynamique permet au film d’explorer non seulement une relation père / fils un peu dévoyée, mais également la question de la responsabilité morale. Qui est coupable lorsque l’on a fabriqué un soldat parfait ? Qui porte la faute lorsque la machine se retourne contre le monde civil ? William Friedkin filme cette idée avec une sécheresse presque documentaire, refusant les tunnels de dialogues et/ou les explications psychologiques trop confortables. Traqué nous montre surtout un homme brisé, qui ne sait plus distinguer l’ennemi du reste du monde, et un autre qui doit affronter la part de lui-même qu’il pensait avoir laissée derrière lui.
La mise en scène de Traqué s’appuie sur une caméra mobile, nerveuse, qui épouse les mouvements des corps comme si elle cherchait à capter la moindre vibration. William Friedkin retrouve ici l’énergie brute de ses débuts, avec une séquence de poursuite en voiture – la marque de fabrique du cinéaste – qui sera rapidement et malicieusement interrompue pour cause de bouchons et se prolongera à pied dans la jungle urbaine de Portland, puis dans la forêt, là où tout avait commencé. Les combats au couteau, chorégraphiés avec une précision presque rituelle, deviennent des dialogues physiques où chaque geste raconte une histoire. Le montage sec, les focales serrées, les couleurs désaturées composent un univers où la nature semble observer les hommes avec une indifférence glaciale.
Traqué transforme ainsi la forêt en une arène mentale, un espace où les instincts reprennent le dessus. Les thématiques du film s’entremêlent avec une cohérence remarquable : la culpabilité, la transmission, la violence comme héritage, la frontière floue entre protection et destruction. Le film évoque aussi la question du trauma militaire, sans jamais tomber dans le pathos. Ainsi, Aaron Hallam (Benicio Del Toro) ne nous est pas décrit comme un monstre, mais davantage comme un homme qui n’a jamais été autorisé à redevenir civil. Face à lui, L.T. Bonham (Tommy Lee Jones), lui, porte le poids de ses enseignements comme une dette impossible à solder.
William Friedkin filme les trajectoires de ses deux personnages principaux avec une empathie discrète, presque pudique, rappelant que la violence n’est pas un spectacle mais une conséquence. Tommy Lee Jones incarne Bonham avec une lassitude presque minérale, un mélange de sagesse et de fatigue qui rend chaque regard plus éloquent qu’un long discours. Benicio Del Toro, lui, compose un Hallam hanté, félin, imprévisible, dont la douleur affleure sous chaque mouvement. Leur affrontement final, brutal et silencieux, résume tout le film : deux hommes qui se connaissent trop bien pour se haïr vraiment, mais pas assez pour se sauver. Traqué trouve là son équilibre, dans cette humanité cabossée qui persiste malgré la violence.
Le Blu-ray 4K Ultra HD
[4/5]
Le Blu-ray 4K Ultra HD de Traqué, édité par L’Atelier d’Images, s’impose comme une restauration exemplaire, presque miraculeuse pour un film tourné en 2003. Le boîtier avec fourreau, sobre mais élégant, annonce immédiatement la couleur : respect du matériau d’origine, mise en valeur du travail de William Friedkin, et soin éditorial évident. L’image en HDR10 révèle une profondeur nouvelle dans les forêts de l’Oregon : les verts gagnent en densité, les noirs deviennent veloutés sans jamais écraser les détails, et les scènes nocturnes profitent d’une lisibilité impressionnante. Les combats au couteau, souvent filmés en lumière naturelle, bénéficient d’une précision accrue qui renforce leur brutalité. Traqué retrouve ainsi une texture organique, granuleuse, parfaitement cohérente avec l’esthétique nerveuse de Friedkin. Côté son, le Blu-ray 4K Ultra HD nous propose deux pistes Dolby TrueHD 5.1, à la fois en VF et en VO, et les deux mixages se tiennent remarquablement bien. La version originale offre une spatialisation fine, notamment dans les séquences de traque où les bruits de pas, de branches cassées et de respiration deviennent des éléments narratifs à part entière. La version française, loin d’être en retrait, propose un mixage équilibré, clair, avec un doublage soigné qui respecte l’intensité des interprètes. Les deux pistes permettent de profiter pleinement de la musique de Brian Tyler, dont les percussions tendues accompagnent la montée de tension. Traqué gagne ainsi en ampleur sonore, sans jamais sacrifier la sobriété voulue par William Friedkin.
Les suppléments du Blu-ray 4K Ultra HD de Traqué constituent un ensemble dense et passionnant. On commencera avec un commentaire audio de William Friedkin (VOST), qui nous offrira un regard précieux sur la genèse du film : il y évoque sa rencontre avec le véritable pisteur Tom Brown, modèle du personnage de Tommy Lee Jones, et détaille les procédures du FBI lorsqu’un individu dangereux doit être neutralisé. Friedkin, toujours passionnant, laisse transparaître une relation ambivalente avec Traqué, oscillant entre fierté technique et distance critique. On continuera ensuite avec une présentation du film par Philippe Guedj (26 minutes), dans laquelle il reviendra sur l’accueil mitigé du film à l’époque de sa sortie, le rapport avec Rambo, l’échec au box-office, et sa réhabilitation progressive grâce notamment à Nicolas Boukhrief, qui a soufflé à Guedj l’idée selon laquelle Traqué serait un « pur film de mise en scène » : peu de dialogues, caractérisation par l’action, refus du psychologique… On continuera ensuite avec un recyclage en règle des bonus de l’édition DVD Collector de 2004. On commencera avec un making of en quatre parties (30 minutes), dans lesquelles on abordera les compétences réelles de Tom Brown et leur intégration dans le film, la volonté de William Friedkin de tourner vite et de livrer un film court, privilégiant l’énergie brute. On nous démontrera également que les différentes techniques de pistage montrées dans le film ont été reproduites avec authenticité, et on reviendra finalement sur les cascades les plus dangereuses du film. On terminera enfin avec six scènes coupées (9 minutes) ainsi qu’avec la traditionnel bande-annonce.























