La femme de
France, Belgique : 2025
Titre original : –
Réalisation : David Roux
Scénario : David Roux, Gaëlle Macé, d’après le roman « Son nom d’avant » de Hélène Lenoir
Interprètes : Mélanie Thierry, Eric Caravaca, Jérémie Renier, Arnaud Valois
Distribution : Jour2fête
Durée : 1h33
Genre : Drame
Date de sortie : 8 avril 2026
3.5/5
Synopsis : Voilà Marianne aujourd’hui : femme d’un riche industriel, enviée et admirée, épouse modèle et mère de famille dévouée. Elle va avoir 40 ans et le confort de la vaste demeure familiale a lentement refermé sur elle son piège impitoyable. Prisonnière d’un inextricable réseau d’obligations sociales, familiales et conjugales, complice de son propre effacement, elle a, sans même s’en apercevoir, renoncé à elle-même. Alors, quand resurgit l’ombre de son passé, une brèche s’ouvre. Une autre vie serait-elle possible ? Et à quel prix ?

Bien trop souvent, lorsqu’une femme est évoquée dans une conversation, on entend dire qu’il s’agit de « la femme de », la suite étant bien sûr le nom d’un homme, comme si elle n’avait pas d’existence propre, comme si il fallait la rattacher à un homme pour lui donner droit de cité. Le choix de La femme de, comme titre pour l’adaptation cinématographique de Son nom d’avant, un roman de Hélène Lenoir paru en 1998, n’a donc rien de surprenant, le personnage principal, celui de Marianne, une femme de 40 ans, étant présenté comme entièrement soumise à Antoine, son mari, un industriel de province, qui l’a en quelque sorte emprisonnée dans la demeure familiale. Oh certes, il ne l’a pas fait par méchanceté, non ! C’est juste que, dans son milieu de la bourgeoisie catholique de province, il s’agit d’un comportement normal. Et puis, André, le père d’Antoine, ayant besoin d’une femme à ses côtés faisant office d’aide-soignante, n’est-il pas normal que ce soit sa bru qui remplisse ce rôle ? Alors qu’elle s’était mariée à Antoine par amour, Marianne s’était sentie comme morte à la naissance de son premier enfant, Laure. Au point que, dans le pensionnat où elle poursuit ses études, cette même Laure n’a de cesse de répéter que sa mère était morte à sa naissance. Il n’est pas interdit de voir dans une scène du passé, une scène qui voit Marianne subir une agression, l’explication de ce rôle de victime que Marianne semble avoir accepté pour le reste de sa vie. Sauf que, lors de cette agression, un homme était intervenu pour la secourir, Johann, un photographe, et sa réapparition va venir bousculer son existence en lui faisant prendre conscience de sa condition. Elle qui n’était qu’obéissance aux ordres de son mari, de son beau-père et même de Tim, son fils, va oser se vêtir d’un manteau blanc lors de la confirmation de Laure, un manteau très voyant alors que tout le monde autour d’elle est habillée de gris ou de noir. Il est important de noter qu’un personnage n’existant pas dans le roman de Hélène Lenoir a été ajouté dans le film. Il s’agit de Lili, une sœur d’Antoine, une avocate aux idées progressistes qui ne craint pas de s’opposer à son frère, une femme qui hante tout le film et qui va devenir un modèle pour Marianne sans même qu’elle en prenne conscience.
Pour tourner ce film « chabrolien », David Roux, dont c’est le deuxième long métrage, 7 ans après L’ordre des médecins, avait besoin d’une maison bien en phase avec la famille d’André, d’Antoine et de Marianne, une maison incarnant « une richesse sûre d’elle, discrètement arrogante ». Il l’a trouvée dans le Maine-et-Loire, le Manoir du Verger à Chambellay, à une trentaine de kilomètres au nord d’Angers, une grande bâtisse à l’aspect britannique, avec un bow-window dans le salon qui sert de refuge à Marianne. Le réalisateur avait également besoin d’une grande comédienne pour interpréter le rôle de Marianne. Il l’a trouvée avec Mélanie Thierry qui prouve une fois de plus, dans ce rôle particulièrement complexe, qu’elle est une des meilleures comédiennes de sa génération. A ses côtés, Eric Caravaca (Antoine), Arnaud Valois (Bob, un frère d’Antoine, avec qui Marianne a une liaison, preuve, après tout, qu’ « elle n’est pas qu’une petite chose fragile et pure »), Jérémie Renier (Johann) et Jérôme Deschamps (le beau-père), incarnent des hommes différents dans leurs valeurs et dans leurs comportements. Quant à Lili, cette femme qui, contrairement à Marianne, jouit d’une indépendance financière qui lui permet de dire son fait à Antoine, elle est parfaitement interprétée par Sarah Le Picard, une comédienne qu’on aimerait bien voir un jour dans un premier rôle. La musique de Quentin Sirjacq se rapproche des compositions d’Arvo Pärt et la fin du film propose « Ain’t got no, I got life », l’assemblage féministe effectué par Nina Simone de deux airs tirés de la comédie musicale « Hair » et interprété ici par Rosemary Standley.
















