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Test Blu-ray : Yoroï

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Yoroï

France : 2025
Titre original : –
Réalisation : David Tomaszewski
Scénario : David Tomaszewski, Orelsan
Acteurs : Orelsan, Clara Choï, Alice Yanagida
Éditeur : Sony Pictures
Durée : 1h56
Genre : Fantastique, Comédie
Date de sortie cinéma : 29 octobre 2025
Date de sortie DVD/BR : 4 mars 2026

Après une dernière tournée éprouvante, Aurélien décide de s’installer au Japon avec sa femme Nanako, enceinte de leur premier enfant. Alors que le jeune couple emménage dans une maison traditionnelle dans la campagne japonaise, Aurélien découvre dans un puits une armure ancestrale qui va réveiller d’étranges créatures, les Yokaïs…

Le film

[4/5]

Que l’on soit fan de rap français ou totalement étranger à ce style musical, personne ne s’attendait vraiment à ce que Yoroï prenne cette forme-là. Après la série Montre jamais ça à personne diffusée sur Amazon Prime au cœur de laquelle Orelsan et son entourage se racontaient comme une bande de potes coincée entre nostalgie, galères et fulgurances créatives, Yoroï aurait pu n’être qu’un prolongement filmé de cette dynamique. Pourtant, le film surprend immédiatement : Yoroï reprend bien les visages familiers – Ablaye, Skread, les copains de toujours – mais les embarque dans un récit de fantômes, de yokaïs et de bastons surnaturelles qui n’a plus grand-chose à voir avec la success-story du rappeur. Le film joue avec cette continuité sans jamais s’y enfermer, comme si Orelsan et son équipe avaient décidé de se glisser dans un manga vivant, un conte nippon remixé à la sauce normande, avec un sérieux tout relatif et une envie manifeste de s’amuser.

La première partie de Yoroï expédie rapidement la prémisse : une vieille armure trouvée dans un puits, une malédiction, un esprit vengeur, et hop, le décor est planté. Le film ne s’attarde pas, ne s’excuse pas, ne cherche pas à intellectualiser son point de départ. Très vite, Yoroï bifurque vers la comédie pure, enchaînant les rencontres avec des créatures de plus en plus étranges. Même si le film navigue parfois sur les codes de l’horreur, les yokaïs surgissent comme des erreurs de casting volontairement assumées : un démon qui ressemble à un amas de glaise, un autre qui ressemble à un petit enfant calciné, un Yokaï aux allures de pénis tout frippé… Le film aurait pu sombrer dans l’enfilade de sketches, mais Yoroï évite ce piège en glissant progressivement vers autre chose : une comédie fantastique, certes, mais avec des enjeux, des trajectoires, et même une petite mélancolie qui se faufile entre deux gags.

Ce mélange des tons fait la force de Yoroï. Le film assume son côté potache, mais il le relie constamment à une réflexion plus large sur l’image publique, la peur de décevoir, la difficulté d’exister quand tout le monde croit déjà savoir qui vous êtes, ainsi que bien sûr sur la paternité à venir du héros – comment devenir père quand on refuse soi-même de grandir ? Yoroï prolonge ainsi les thématiques de la série documentaire Amazon Prime, mais en les déplaçant dans un univers fantastique où les monstres deviennent des métaphores ambulantes. Les Yokaï reflètent la pression médiatique, les interviews promotionnelles, les réseaux sociaux… Mais le cœur de Yoroï réside aussi dans sa manière de traiter l’amitié (le trio Orelsan–Ablaye–Skread fonctionne comme un moteur narratif, un groupe soudé qui affronte l’inconnu avec l’énergie du désespoir), et surtout l’amour (la relation Orelsan/Nanako s’avère réellement touchante).

Visuellement, Yoroï se permet des audaces réjouissantes. Les décors oscillent entre réalisme urbain et onirisme bricolé. Les couleurs saturées, les mouvements de caméra légèrement décalés, les effets spéciaux volontairement imparfaits donnent au film une identité singulière, presque artisanale. Cette esthétique accompagne parfaitement le récit : les yokaïs ne sont pas là pour faire peur, mais pour troubler, décaler, rappeler que le monde n’est jamais aussi stable qu’on le croit. Le film joue avec la peur et avec les codes de l’horreur, mais pour mieux les désamorcer. Et au final, que vous aimiez ou non la musique d’Orelsan, Yoroï mérite clairement le coup d’œil – parce que c’est un film de potes, un film de fantômes, une comédie qui ose mélanger les genres sans jamais perdre son âme. Une œuvre qui s’amuse, qui surprend, qui respire. Et qui prouve qu’Orelsan et son équipe peuvent raconter autre chose que leur propre vie – même si, quelque part, ils continuent de le faire.

Le Blu-ray

[4/5]

Après un courte carrière en salles ayant attiré un peu plus de 278.000 curieux, Yoroï débarque en vidéo au format Blu-ray, et on se réjouit de pouvoir revoir le film en Haute-Définition, surtout quand on pense que le film des Casseurs Flowteurs Comment c’est loin n’avait quant à lui bénéficié que d’une sortie au format DVD début 2016, en dépit de ses 245.000 entrées en France. Le Blu-ray de Yoroï édité par Sony Pictures arrive dans un boîtier simple serti d’un fourreau qui met immédiatement dans l’ambiance, même si l’objet aurait pu pousser un peu plus loin le délire visuel du film.

Côté technique, l’image du Blu-ray de Yoroï est une belle réussite. Les couleurs saturées, essentielles à l’identité du film, ressortent avec une précision remarquable. Les scènes nocturnes, nombreuses, conservent une lisibilité appréciable, sans noirs bouchés ni artefacts gênants. Les effets spéciaux, parfois volontairement artisanaux, gagnent en charme grâce à cette définition propre et stable. Sony nous propose par ailleurs un master solide, qui respecte parfaitement les intentions visuelles du film.

Côté son, le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 offre une spatialisation généreuse. Les bruits de yokaïs, les ambiances urbaines, les petites touches musicales disséminées ici et là : tout circule avec fluidité. Les dialogues restent clairs, même dans les scènes les plus agitées. Le second mixage DTS-HD Master Audio 2.0 propose une alternative plus frontale, utile pour les installations plus modestes. Les deux pistes fonctionnent bien, chacune avec sa personnalité, et permettent de profiter pleinement de Yoroï.

Côté suppléments en revanche… rien du tout. Pas un making of, pas une interview, pas un module sur les yokaïs. Le disque se contente du film, dans ses deux versions audio, et c’est tout. Dommage, car Yoroï aurait mérité un petit détour par ses coulisses, ne serait-ce que pour comprendre comment Orelsan et son équipe ont imaginé ce mélange de comédie, de fantastique et d’action. Mais même si l’absence totale de bonus laisse un petit goût d’inachevé, Sony Pictures nous livre malgré tout un Blu-ray techniquement solide, qui permettra aux fans du rappeur (et aux autres) de se plonger au cœur du film.

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