Critique : Comment c’est loin

2
850

comment c'est loin afficheComment c’est loin

France, 2015
Titre original : –
Réalisateur : Orelsan et Christophe Offenstein
Scénario : Orelsan, Christophe Offenstein, Stéphanie Murat
Acteurs : Orelsan, Gringe, Seydou Doucouré
Distribution : Gaumont
Durée : 1h30
Genre : Comédie
Date de sortie : 9 décembre 2015

Note : 3,5/5

Vous les connaissez sous leurs pseudonymes Orelsan et Gringe. De leur vrai nom Aurélien Cotentin et Guillaume Tranchant, ils sont les héros de leur premier long métrage, Comment c’est loin. Connecté à leur dernier album et à leur mini série Bloqué, Comment c’est loin est co-réalisé par Orelsan et Christophe Offenstein, metteur en scène de En solitaire. Le parcours de ces deux rappeurs cherchant à sortir leur premier album malgré une longue non productivité pesante.

Comment c’est loin Gringe Orelsan 2

Synopsis : Après une dizaine d’années de non-productivité, Orel et Gringe, la trentaine, galèrent à écrire leur premier album de rap. Leurs textes, truffés de blagues de mauvais goût et de références alambiquées, évoquent leur quotidien dans une ville moyenne de province. Le problème : impossible de terminer une chanson. À l’issue d’une séance houleuse avec leurs producteurs, ils sont au pied du mur : ils ont 24h pour sortir une chanson digne de ce nom. Leurs vieux démons, la peur de l’échec, la procrastination, les potes envahissants, les problèmes de couple, etc. viendront se mettre en travers de leur chemin.

Comment c’est loin Orelsan Gringe

 

Orelsan et Gringe rappeurs et acteurs convaincants

Comment c’est loin se concentre exclusivement sur le duo de musiciens Orelsan et Gringe qui met en scène des personnages proches des deux énergumènes dans Bloqués : des flemmards sans permis, sans travail, en couple avec des copines qu’ils ne tiennent pas forcément en grande estime, cherchant à retrouver leur talent de rappeur perdu après quelques années de non productivité. Orelsan et Gringe, allias les Casseurs Flowters, offrent des interprétations largement convaincantes, notamment Gringe, très concerné, qui dégage suffisamment de charisme et de pertinence pour voler régulièrement la vedette à Orelsan. Touchant, prenant, subtile et critique le duo fonctionne parfaitement, et dresse le portrait autobiographique de personnages dans lesquels le spectateur se reconnaît sans aucun mal : des protagonistes attachants, des losers mémorables et sympathiques, des caricatures réalistes qui auraient leur place dans un film des frères Coen, connus pour mettre en scène des losers profonds et inventifs. Orelsan met en scène tout un art de vivre, toute une philosophie, fait l’apologie de la flemme tout en avertissant ceux qui la pratique du danger qu’elle peut occasionner. Gringe et Orelsan apparaissent amorphes et se complaisent dans un mode de vie nihiliste parfois salvateur, parfois fatal.

Comment c’est loin Gringe Orelsan

Un film mélancolique

Bancal et authentique, spontané et généreux, Comment c’est loin est surtout un film mélancolique très en phase avec leur rap. Orelsan décide de reproduire sur grand écran les messages qu’il fait passer dans ses musiques et signe un long métrage mélancolique sur le passé perdu, la vie redondante et morose, sur l’art et la condition humaine. Plein de questionnements, ce nouvel exercice des Casseurs Flowters dresse le portrait d’une jeunesse blasée et fatiguée, déconcertée, indécise et inquiète de son avenir, une jeunesse qui gâche son talent et son potentiel sous la pression familiale, sociale et économique. Politique et social, le film prend la tournure d’une satire sur la condition de la jeunesse, du mode de vie capitaliste et fonctionnaliste français en filmant l’ennui au ralenti dans une ville moyenne, véritable essai sociologique de la France périphérique. Orelsan ne présente pas de grands élans délirants et drôles, il se contente de livrer un film scénique, ironique et cocasse, tout en gardant constamment la tête sur les épaules, se refusant à se lancer dans l’humour pur ou l’absurde, pour ainsi garder la force et la portée de son propos.

Comment c’est loin Gringe

Conclusion

La conclusion est touchante, généreuse et offre un dernier rap prenant, véridique et extrêmement bien écrit. Une conclusion évidente mais pertinente qui finalise un film personnel, insufflant le monde des Casseurs Flowters avec pragmatisme, réalisme et légèreté. Un nouvel exercice de style réussi pour un rappeur parfois controversé qui signe un film touchant, modeste et sincère.

2 Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici