Cannes à Paris : Le Trésor, Le Tout nouveau testament, Cinéfondation

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Deuxième journée de reprises ce jeudi 28 mai avec Le Trésor, l’un des meilleurs films de Un Certain Regard 2015, la comédie Le Tout Nouveau Testament avec un Dieu très (o)dieu(x) et des courts-métrages d’écoles présentés au sein de la Cinéfondation…


Le Trésor afficheLe Trésor (Comoara) de  (Un Certain Regard)

Synopsis : A Bucarest, Costi est un jeune père de famille accompli. Le soir, il aime lire les aventures de Robin des Bois à son fils de 6 ans pour l’aider à s’endormir. Un jour, son voisin lui confie qu’il est certain qu’un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents ! Et si Costi accepte de louer un détecteur de métaux et de l’accompagner pendant une journée, il serait prêt à partager le butin avec lui. D’abord sceptique, et en dépit de tous les obstacles, Costi se laisse finalement entraîner dans l’aventure…

Notre critique 4/5 :

Après L’étage du dessous, nouvel exemple de la vitalité du cinéma roumain en général et de celui de Corneliu Porumboiu en particulier qui a déjà signé 12h08 à l’est de Bucarest (Caméra d’or en 2006) et Policier, Adjectif (Prix du Jury, Un Certain regard en 2009) qui évoquaient déjà avec originalité l’absurdité de la société roumaine et sa corruption tranquille. Lauréat du Prix Un Certain Talent pour ce nouveau film (étrange dénomination), le réalisateur suit deux pieds nickelés qui n’auraient jamais du se rencontrer et dont la maladresse et la fragilité dans un monde brutal les rend particulièrement attachants. Un conte drôle qui vire à la comédie italienne avec ces deux hommes unis par le hasard par un rêve enfantin, celui d’être des Jim Hawkins à la Stevenson sauvés de leur petite misère par un cadeau venu du ciel, ou plutôt du sol. Le récit est porté par un suspense dont le spectateur est complice, réjoui de ces aventures légères mais potentiellement dramatiques qui s’achèvent sur une fin charmante et délicieuse qui joue avec les codes de l’enfance dans le rapport à cette chasse au trésor qui aurait pu être pathétique et déjoue les attentes autant positives que négatives. Un joli petit bonheur de cinéma discrètement complexe où se mêlent la fantaisie et la charge sociale, nouvelle preuve de l’ambition artistique des productrices Sylvie Pialat (Les Films du Worso) et & Nadia Turincev (Rouge International).


Le Tout Nouveau Testament de Le tout nouveau testamentJaco van Dormael (Quinzaine des Réalisateurs)

Synopsis : Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille. Sa fille c’est moi. Je m’appelle Ea et j’ai dix ans. Pour me venger j’ai balancé par SMS les dates de décès de tout le monde…

Notre critique 2,5/5 :

Après Le Père Noël est une ordure, voici donc Dieu est une ordure, mais là c’est pour « de vrai ». 25 ans déjà séparent le conte poétique empreint de tragédie Toto le Héros, premier film de Jaco Van Dormael et ce conte bien plus fantaisiste. Après son premier long-métrage, Caméra d’or puis César du film étranger, sa carrière s’est réduite à deux autres films, Le Huitième Jour (double prix d’interprétation pour Daniel Auteuil et Pascal Duquenne) et Mr Nobody. Retour plus rapide que d’habitude avec cette comédie déjantée où une petite fille (celle de Dieu, sœur de Jesus donc) va tenter de réunir six nouveaux apôtres pour écrire une nouvelle version de l’Évangile, dont en tueur amoureux et dont le partenaire principal est bien surprenant. Le portrait du démiurge est gratiné, rien pour épargner ce monstre qui terrorise sa famille et le genre humain qu’il se plaît à maltraiter. Benoit Poelvoorde est évident en dieu pantouflard, détestable et détesté. Trop longue, cette comédie se perd parfois en route dans ses multiples détours mais se rattrape avec quelques moments d’éclats de rire bien plaisants dans une ambiance poétique comme les affectionne le réalisateur belge.

 


ten buildings away AFFICHELes courts-métrages de la Cinéfondation, première partie

Créée en 1998 par Gilles Jacob, la Cinéfondation se veut une lance de rampement pour les futurs cinéastes du monde entier via les écoles de cinéma. Laszlo Nemes a par exemple profité de la Résidence de la Cinéfondation à Paris pour écrire Le Fils de Saul, Grand Prix du jury cette année. La Cinémathèque Française reprend les quatre programmes présentés à Cannes, devant un public étrangement clairsemé, peu de curieux pour découvrir les nouveaux talents de demain. Avec (Rhi Guang Zhi Xia), le chinois observe deux familles frappées par un accident banal qui a de graves conséquences. Une femme tombe dans la rue, l’adolescent qui l’a accompagnée aux urgences est menacé d’un procès par la famille de la dame âgée. Il l’aurait poussée violemment mais il nie les faits, seul un chauffeur de bus aurait été témoin de la scène. A-t-il réellement été payé par la famille du «coupable» ou n’a-t-il réellement rien vu ? Un bus cachait la vision de l’incident aux spectateurs et c’est donc parole contre parole à la manière d’un récit d’Asghar Farhadi. Mais la résolution est différente, tout ne sera pas explicité et le petit drame vire à la tragédie complète lorsque l’on réalise la situation privée de la fille de la victime, maltraitée par son frère et menacée de se retrouvée à la rue. Un sens du récit et de la mise en scène, du cadre, notamment dans les scènes de tension familiale au sein de chacune des familles impliquées et une histoire à la juste durée.

 

Très prometteur, tout comme le cinéma de la russe Maria Guskova et même sans partager l’enthousiasme pourtant communicatif de l’acteur polonais Daniel Olbrychski («je suis tombé amoureux de votre film»), il apparaît à la vision de , difficile réinsertion d’un homme qui a passé plusieurs années en prison pour homicide involontaire, qu’elle a un potentiel, grâce à sa direction d’acteurs et sa gestion sobre d’un drame intime malgré le côté elliptique de la narration, une tare de nombre des films présentés. En effet la majorité d’entre eux partage ce refus du scénario clair avec des fins trop ouvertes et qui ne se livrent que trop partiellement. Un manque de variété un peu regrettable, mais c’est une question de goût. Il ne s’agit pas d’être clairement explicite à chaque fois mais de se méfier de la facilité d’aller vers le non-dit qui est aussi convenu, à sa façon, que le scénario trop mâché.

Avec (Asara Rehovot Mea Etsim) l’israëlien Miki Polonski se plonge lui aussi dans une famille dysfonctionnelle où deux frères prennent des risques près d’une autoroute alors que leurs parents vivent une période compliquée de leur vie de couple, en impliquant leurs enfants sans trop de précaution. C’est touchant et bien réalisé, notamment dans la façon d’utiliser à plusieurs reprises le même cadre d’une scène à l’autre, notamment ceux où l’on retrouve la sortie d’un tunnel qui unit ou sépare les frères complices. Les projets narratifs de Anfibio de Hector Silva Nunez (Cuba) et Share de Pippa Bianco (Etats-Unis), le premier prix de la Cinéfondation avec en adolescente meurtrie par la révélation publique d’une vidéo trop intime se seraient certainement mieux développées sur une durée plus longue mais cela reste à prouver.

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La menace de violences du finlandais Ainahaan Ne Pala de Salla Sorri, le cri primal de l’animé anglais de Simon Cartwright, Absent (Abwesend) de Elisa Petkova avec un enfant choqué d’avoir surpris sa mère avec un homme ou le comique français de laissent plus de marbre. En résumé, aucun film honteux tout de même mais peu d’enthousiasme sur les neuf films entrevus parmi les 18 présentés. Manqués lors de ces séances de rattrapage, de Ignacio Juricic Merillan et Victor XX de Ian Garrido Lopez, bien reçus lors de leur présentation à Cannes ont des chances de se retrouver dans la programmation du Festival qui bénéficie en général, aux côtés du Festival de Films de Femmes de Créteil, de la meilleure programmation de courts-métrages en dehors de ceux réservés à ce format.

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Pascal Le Duff
Pascal Le Duff

Cet article a été écrit par Pascal Le Duff, rédacteur en chef cinéma sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles

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