Critique : United States of Love

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United States of Love

Pologne, 2016
Titre original : Zjednoczone stany milosci
Réalisateur : Tomasz Wasilewski
Scénario : Tomasz Wasilewski
Acteurs : Julia Kijowska, Magdalena Cielecka, Dorota Kolak
Distribution : Sophie Dulac Distribution
Durée : 1h46
Genre : Drame
Date de sortie : 5 avril 2017

Note : 3/5

Loin des regards du grand public, le cinéma polonais se porte plutôt bien ces derniers temps. Avant le film testament de Andrzej Wajda, passé au Festival de Toronto et distribué en France il y a un mois, et la nouvelle œuvre de Agnieszka Holland, qui a été récompensée en février dernier au Festival de Berlin par un prix assez étonnant pour son innovation formelle, United States of Love avait déjà conquis le jury de la Berlinale en 2016, ayant remporté alors le prix du Meilleur scénario. Au niveau de son propos, il se classe quelque part entre la conscience historique des Fleurs bleues et la tension dramatique de Pokot, puisqu’il évoque le sort d’un groupe de femmes à l’époque charnière de la fin de l’emprise communiste sur la Pologne. Grâce à la mise en scène d’une froideur clinique de Tomasz Wasilewski, aucun enthousiasme ne vient pourtant soulager la torpeur des personnages, tous pris dans le piège de frustrations affectives difficiles à concilier avec des influences externes, encore dépourvues d’emprise sur le vague à l’âme polonais. Triste et éprouvant, le troisième long-métrage du réalisateur se distingue par une intensité lugubre, à laquelle il n’est nullement aisé de se soustraire.

Synopsis : Dans une ville moyenne en Pologne en 1990, Agata n’en peut plus de son mariage étouffant et tombe amoureuse du prêtre de sa paroisse, qui ne se montre pourtant guère réceptif à ses avances. Iza, la directrice de l’école où va la fille d’Agata, est, quant à elle, célibataire mais entretient une liaison avec un médecin veuf. L’une de ses subordonnées, la professeur Renata, cherche la proximité de Marzena, la sœur d’Iza, qui souffre de l’absence de son mari, parti travailler en Allemagne.

L’amour est plus froid que la mort

L’un des effets secondaires pervers de l’invasion culturelle, à laquelle s’adonnent les Etats-Unis depuis longtemps, est l’adhésion forcée à un idéal romantique sans commune mesure avec la réalité sentimentale des pays, qui ont basculé progressivement dans le camp occidental suite à l’effondrement du rideau de fer. L’amour tel qu’on le conçoit dans un conte de fées à l’eau de rose et aux enjeux soigneusement aseptisés n’a ainsi rien à voir avec le quotidien d’une population avant tout déboussolée par la perte de ses repères sociaux et moraux. Dans United States of Love, le décalage entre l’aspiration à l’épanouissement dans une relation et la dure réalité des faits est exceptionnellement pénible pour les femmes au cœur de l’intrigue. Elles ont ainsi beau adopter quelques attributs de ce nouveau monde aux promesses factices, comme les séances d’aérobic sur les rythmes nostalgiques d’une chanson de Whitney Houston, les signes de leur malaise sexuel et sentimental profond ne manquent pas. En premier lieu, leur rapport au corps – le leur tout autant que celui de leurs partenaires fantasmés ou acceptés avec une résignation pleine d’amertume – se distingue par une absence d’érotisme notable. Celle-ci nous semble conforme à la logique implacable du scénario, selon laquelle tout un chacun y devient un objet malléable, quoique plus du tout désirable, voire aimable.

Une femme épatante cavale après son homme

Cette sensation d’abattement est encore accrue par le cercle vicieux qui se trame sous nos yeux impuissants. Le récit est découpé en trois chapitres distincts, qui s’intéressent respectivement aux troubles intimes de Agata, Iza et Renata. Sur une durée dramatique plus ramassée que dans le cadre du triptyque de Lucas Belvaux sorti en janvier 2003, il y est néanmoins question d’un éternel retour de la solitude et de l’écroulement du château de cartes bâti sur la chimère romantique, le tout réglé sur la cadence de personnages qui s’invitent dans des rôles secondaires chez leur pendant féminin guère plus heureux en amour. Les moments de croisement des différents fils de l’intrigue n’opèrent alors pas en tant que prétextes à un sursaut de solidarité fédératrice. Ils soulignent au contraire l’isolement de ces femmes, qui restent autant prisonnières de l’architecture fonctionnelle et anonyme des logements sociaux polonais que de leur propre désenchantement face à l’euphorie tant attendue et qui ne se matérialise hélas jamais pour elles. Une telle mise en avant de l’austérité du désespoir aurait pu avoir de quoi nous rebuter durablement, si ce n’était pour l’intensité en filigrane de la narration, certes nihiliste, quoique indubitablement attachée à préserver au moins un iota de dignité à ces femmes laissées-pour-compte.

Conclusion

Le cinéma polonais a exercé sur nous ces derniers mois un pouvoir de séduction des plus astucieux. Parmi les trois films de sa production récente que nous avons vus au fil de ces quelques semaines passées, il n’y en a pas un qui nous inciterait à des débordements immodérés de joie cinéphile. Et pourtant, feu Andrzej Wajda, Agnieszka Holland et dans le cas présent Tomasz Wasilewski ont tous su nous fasciner par des histoires intrinsèquement polonaises et en même temps investies d’une qualité universelle – majoritairement pessimiste, soit – qui les rend tous indispensables à la survie d’une cinématographie nationale, plus que jamais assaillie du côté commercial et idéologique.

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