DVD — 18 mai 2017
Test Blu-ray : Le cerveau d’acier

Le cerveau d’acier

 
États-Unis : 1970
Titre original : Colossus – The Forbin project
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h40
Genre : Science-Fiction
Date de sortie cinéma : 11 juin 1971
Date de sortie DVD/BR : 9 mai 2017

 

 

Scientifique de renom, Charles A. Forbin met au point un super-ordinateur baptisé Colossus, et chargé de contrôler l’arsenal nucléaire des États-Unis ainsi que celui de ses alliés, afin d’éviter toute erreur humaine. Alimenté par son propre réacteur nucléaire et installé au cœur d’une montagne, Colossus, une fois activé, détecte un autre super-ordinateur. On apprend bientôt qu’il s’agit de l’homologue soviétique de Colossus, baptisé Guardian. C’est là que les ennuis commencent…

 

 

Le film

[4/5]

Plus encore que l’idée d’un ordinateur qui « pète les plombs » et devient subitement hostile à l’être humain, une thématique revient souvent dans la science-fiction de la deuxième moitié du vingtième siècle : celle d’une intelligence artificielle tellement évoluée qu’elle ne parvient plus à voir dans les hommes que des êtres inférieurs, devant au pire être exterminés, soit au mieux être sévèrement « encadrés » dans le but, pragmatique mais puissamment répressif, d’empêcher la race humaine de se laisser aller à son penchant naturel pour la guerre et la destruction.

Ce point de départ pessimiste, né du triste constat d’un siècle ravagé par la guerre, on le retrouve dans un nombre incalculable de romans et films de science-fiction (pour vous en convaincre, on vous invite à survoler la page Wikipédia consacrée aux ordinateurs de fiction), et trouve encore son prolongement de nos jours dans des sagas contemporaines dont la popularité n’est plus à prouver : Skynet dans Terminator, la Matrice de Matrix, Alice dans Resident Evil ou encore Jarvis dans l’univers Marvel sont autant d’exemples de super-ordinateurs plutôt prompts à déconner et à se retourner contre leurs créateurs, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Production modeste tournée dans le giron d’Universal en 1970, soit deux ans après 2001 odyssée de l’espace et son ordinateur de bord défaillant, Le cerveau d’acier bénéficie de la réalisation carrée, classique et fonctionnelle de Joseph Sargent, réalisateur rôdé aux séries TV, qui signerait par la suite Les pirates du métro. Le film met en scène Colossus, une intelligence artificielle créée par la fusion des données de deux super-ordinateurs dédiés à la défense militaire, l’un américain et l’autre soviétique. Dans le contexte de guerre froide de l’époque, et après analyse d’informations supposées contradictoires, la conclusion de Colossus est somme toute logique : pour abolir guerre, famine, maladie et surpopulation, il faut que l’ordinateur se proclame « maitre du monde » et dirige la race humaine d’une poigne de fer : il s’oppose donc dès lors à son créateur, le Dr Forbin.

Insufflant un dynamisme certain à une intrigue se résumant, pour l’essentiel, à des scènes de dialogues avec la machine, Joseph Sargent alterne les points de vue, les cadrages et s’amuse de la multiplicité des écrans, en s’inspirant, toutes proportions gardées bien sûr, de la duplicité formelle que l’on retrouve au cœur du cinéma de Brian De Palma. Et le pari du cinéaste fonctionne au final plutôt bien : Le cerveau d’acier monte crescendo en tension de façon assez remarquable, jusqu’à un final sans concession, étant à la base censé appeler une suite, puisque le roman de D.F. Jones adapté par le scénariste James Bridges comportait à l’origine deux suites – l’échec du film au box-office a malheureusement empêché Le cerveau d’acier de devenir une franchise SF dans la lignée de La planète des singes. Encore assez méconnu de nos jours, le film aurait pourtant mérité de rencontrer son public, ne serait-ce que pour son discours quasi-prophétique en ce qui concerne l’omniprésence de l’informatique dans la société contemporaine, où chaque citoyen naviguant entre les écrans se place, de son plein gré, sous la surveillance constante de Big Brother, pour utiliser une image propre à la science-fiction depuis largement passée dans le langage courant.

Dans la peau du Dr Forbin, on retrouvera Eric Braeden ; si ce nom ne vous dit probablement rien, quiconque s’est déjà endormi après le Journal de 13h de TF1 entre 1989 et 2016 connaît forcément son visage : l’acteur est en effet surtout connu pour incarner depuis 37 ans le rôle de Victor Newman dans Les feux de l’amour. Jouant sur la duplicité qui anime le Dr Forbin, partagé entre la crainte et la fascination pour la machine de mort qu’il a engendré, Braeden s’avère tout à fait convaincant. A ses côtés, on retrouvera également quelques têtes connues des cinéphiles, même si l’on n’arrive pas toujours systématiquement à remettre un nom sur leurs visages : Susan Clark (Un shérif à New-York, Le flic se rebiffe), Gordon Pinsent (L’affaire Thomas Crown, Blacula) ou encore le récemment disparu William Schallert (Tuez Charley Varrick).

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

Éditeur relativement récent sur le front de la vidéo en France, Movinside a frappé très très fort dans le cœur des amateurs de cinéma de genre en février dernier, avec la première vague d’une collection appelée « Les trésors du Fantastique », qui contenait quatre films cultes très attendus des connaisseurs : Corridors of blood (Robert Day, 1958), Soudain les monstres (Bert I. Gordon, 1976), La nuit des vers géants (Jeff Lieberman, 1976) et Nuits de cauchemar (Kevin Connor, 1980). Malheureusement, nous n’avons pas été assez rapides à l’époque pour pouvoir chroniquer ces quatre petits chefs d’œuvres dans les temps. Aussi nous rattraperons-nous avec la deuxième vague des « Trésors du Fantastique », qui vient de débarquer dans les bacs de vos revendeurs, et comportant quatre nouvelles perles orientées fantastique / SF : Monstres invisibles (Arthur Crabtree, 1958), Le cerveau d’acier (Joseph Sargent, 1970), Doomwatch (Peter Sasdy, 1972) et Ssssnake (Bernard L. Kowalski, 1973).

Un grand merci donc à Movinside qui nous permet aujourd’hui de (re)découvrir Le cerveau d’acier, petit classique oublié de la science-fiction, et côté master, l’éditeur a fait du très beau boulot : le film est proposé au format Cinemascope 2.35 respecté, l’encodage est proposé en 1080p, et le master affiche une belle pêche, avec un grain cinéma conservé, doublé d’une définition et un piqué d’une très belle précision, fluctuant cela dit très légèrement, époque oblige, d’une séquence à une autre. Les plans nocturnes ou en basse lumière sont admirablement gérés, on applaudit des deux mains, c’est du très beau travail éditorial. Côté son, la version française d’origine côtoie donc la V.O, toutes deux en Dolby Digital 2.0 mono d’origine : les deux mixages nous proposent des dialogues clairs et on ne dénotera aucun souffle parasite disgracieux ; on préférera néanmoins la version originale, qui fait preuve de plus de pep’s et remplit mieux le spectre sonore.

Du côté de la section suppléments, l’éditeur a fait l’impasse sur le commentaire audio de Joseph Sargent disponible sur le Blu-ray britannique du film, mais nous propose en contrepartie une passionnante présentation du film par Marc Toullec, spécialiste du fantastique et rescapé de la « bonne période » du magazine Mad Movies.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles