DVD — 16 août 2018
Test Blu-ray : Apocalypse child

 
Philippines : 2015
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Mario Cornejo,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h35
Genre : Drame
Date de sortie DVD/BR : 13 février 2018

 

 

Baler est une station balnéaire des Philippines où Francis Ford Coppola a tourné ses fameuses scènes de surf de Apocalypse Now. Ford est prof de surf et il a entendu dire toute sa jeunesse qu’il était le fils illégitime de Coppola. L’arrivée de Rich, son ami d’enfance devenu sénateur, va obliger Ford à confronter ses actions passées, ses inactions et les histoires de sa vie…

 

 

Le film

[5/5]

Si on connaît généralement assez mal le cinéma philippin (en dehors des films de Lino Brocka et Brillante Mendoza), la découverte en France d’un film tel qu’Apocalypse child ne pourra logiquement que donner aux spectateurs l’envie irrépressible de se pencher de façon plus approfondie sur les films en provenance des Philippines. On salue donc bien bas l’initiative de Spectrum Films qui, en nous proposant aujourd’hui de découvrir ce superbe long-métrage sur support Blu-ray et DVD, risque fort de créer une véritable curiosité à l’égard d’un cinéma aujourd’hui encore trop méconnu.

Apocalypse child suit la trajectoire de Ford, prof de surf ayant la particularité d’être convaincu d’être le fils de Francis Ford Coppola, qui aurait couché avec sa mère sur le tournage d’Apocalypse now. Le retour de son meilleur ami d’enfance, aujourd’hui membre du Congrès local, va cependant contraindre Ford, jusqu’ici plutôt à l’aise avec son style de vie, à faire face à la réalité de son présent, mais également de son passé… Si Apocalypse child reprend certains codes et certaines thématiques relativement récurrents dans le cinéma indépendant ou le cinéma d’auteur en général (le drame familial dont l’origine remonte à un événement tragique du passé, le questionnement sur l’identité, la quête de soi…), le film de Mario Cornejo les adapte avec talent à la sensibilité locale et parvient, au final, à s’imposer comme une véritable petite merveille d’émotion, mais également de beauté picturale.

En effet, aussi étonnant que cela puisse paraître, Apocalypse child jongle avec des thèmes particulièrement difficiles tout en mettant en scène des personnages vivant et évoluant sur une île paradisiaque. La photo du film (tourné à Baler), est baignée dans le soleil, véritable incitation à l’évasion pour le spectateur, qui sera pourtant bel et bien confronté à la dure réalité d’un drame familial aux enjeux forts et intenses. Les panoramas à couper le souffle se heurtent donc à des gros plans habilement pensés afin d’encadrer et mettre en valeur des personnages criants de vérité, incarnés par une poignée d’acteurs au diapason.

Car que l’on évolue dans le registre de la comédie ou de la tragédie la plus pure, un des aspects les plus remarquables du film écrit par Mario Cornejo et Monster Jimenez est son authenticité. Chaque interaction semble naturelle, et les dialogues imaginés par les deux scénaristes du film ont le mérite de ne pas prendre le spectateur par la main afin de le guider vers une meilleure compréhension : si les personnages sont sur la même longueur d’ondes en évoquant un événement de leur passé commun, il est possible que certains aspects de la conversation échappent au spectateur, que l’on ne la comprenne pas tout à fait ; mais au-delà des mots, on comprend leur douleur, tout simplement parce qu’on la ressent également. Mais au milieu des émotions fortes du film, la nature tend à tout équilibrer. Les vagues passent sur les actions de chacun, même si l’on sait que le passé à tout moment peut ressurgir, à la façon d’un tsunami emportant tout sur son passage. Apocalypse child s’impose donc au final comme une expérience aussi profonde qu’authentiquement belle et émouvante : un film important, de ceux qui vous accompagnent longtemps après la fin du générique.

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

Autant être clair d’entrée de jeu : le Blu-ray d’Apocalypse child édité par Spectrum Films nous propose une expérience home cinéma tout simplement remarquable. L’image est superbe, même dans ses passages les plus sombres, et rend parfaitement hommage à la sublime photo du film signée Ike Avellana. La définition est précise, les couleurs bien saturées, le master Haute Définition tient la route et nous ravit pleinement les mirettes. Côté son, la VO nous est proposée en DTS-HD Master Audio 5.1 ; le mixage s’avère parfaitement immersif et dynamique, avec une bonne utilisation de la scène arrière. Le rendu acoustique est solide, même si la spatialisation ne fait certainement pas dans le spectacle intensif. Un superbe boulot technique.

Dans la section suppléments, l’éditeur nous propose un intéressant entretien avec l’équipe du film, qui nous donnera l’occasion d’entendre les deux coscénaristes Mario Cornejo et Monster Jimenez parler de leur film, et de nous rendre compte que Monster Jimenez est une femme – ce qui, sur le papier, n’était pas automatiquement évident. Bien entendu, « Monster » est un pseudonyme, son vrai nom étant Maria Coreen T. Jimenez. On continuera ensuite avec une intéressante critique du film, signée par « Les cousins font leur cinéma », qui sont visiblement tous deux tombés sous le charme de l’actrice Annicka Dolonnius. Outre la traditionnelle bande-annonce du film au montage très singulier, Spectrum Films nous propose également de découvrir deux courts-métrages philippins, toujours en HD et VOST : on commencera avec le très iconoclaste Manila Death Squad (Dean Colin Marcial, 2017), qui met en scène Sid Lucero et Annicka Dolonius, deux des acteurs principaux d’Apocalypse child. On poursuivra ensuite avec Jodilerks Dela Cruz, employee of the month (Carlo Francisco Manatad, 2017), dont la portée sociale et l’humour très noir font presque froid dans le dos.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles