Critique : Olli Mäki

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Olli Mäki

Finlande, 2016
Titre original : Hymyilevä mies
Réalisateur : Juho Kuosmanen
Scénario : Mikko Myllylathi & Juho Kuosmanen
Acteurs : Jarkko Lahti, Oona Airola, Eero Milonoff
Distribution : Les Films du Losange
Durée : 1h33
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 19 octobre 2016

Note : 3/5

Fans de Rocky et d’autres boxeurs à la philosophie de combat invincible, passez votre chemin, il n’y a rien à voir ici ! Pour tous les autres, ce film finlandais, lauréat du prix Un certain regard au dernier Festival de Cannes, contient son lot d’enseignements précieux sur la motivation, la vraie. Inspirée de faits réels, l’histoire d’un sportif prometteur, qui se met en quelque sorte lui-même des bâtons dans les roues à force de perdre de vue ce qui paraît être la priorité absolue pour un champion débutant, n’emprunte point les voies habituelles vers l’affrontement décisif. Plutôt que d’orchestrer son film selon un rythme allant crescendo, le réalisateur Juho Kuosmanen affectionne les séquences brèves, voire en apparence incomplètes, comme de petites piqûres d’abeille qui sèment la zizanie et déplacent l’attention du spectateur loin des enjeux bêtement sportifs ou commerciaux, au profit d’un récit à l’antipathie étrangement séduisante. Car à l’image de son protagoniste, un boulanger propulsé sur le devant de la scène nationale grâce à l’organisation opportuniste d’un duel prestigieux dans le ring, Olli Mäki n’est guère un film facile à aimer. Ce qui ne veut pas dire que l’exigence avec laquelle il nous oblige à changer notre perspective de consommateur d’un héroïsme prêt à l’emploi ne s’avère pas bénéfique en fin de compte !

Synopsis : En 1962, Olli Mäki est principalement connu pour ses exploits en tant que boxeur amateur. Son entraîneur Elis Ask le désigne en vue d’affronter le champion du monde en titre, l’Américain Davey Moore, lors d’un match qui fera toute la fierté de la Finlande. Pour ce faire, Olli devra perdre quelques kilos afin de pouvoir concourir dans la catégorie des poids plumes. Et pour financer cet événement hors du commun, il devra se plier à toute une série de rendez-vous à vocation publicitaire avec des sponsors. Mais le sportif n’arrive pas à se concentrer, à cause de la présence de sa copine Raija, dont il pense tomber amoureux.

Bête de foire

Le sport, c’est du bizness. Les manifestations mercantiles du besoin de se faire coûte que coûte de l’argent sur le dos des athlètes prennent encore un air gentiment vieillot dans le cadre historique de la Finlande, un pays pas vraiment à la pointe du progrès, il y a un demi-siècle. Mais l’essence de cette équation diabolique – réussite physique = succès économique – y est déjà présente. La médiatisation de la montée en puissance du challenger n’y est certes qu’à ses balbutiements, symbolisée avec une certaine ironie par l’arrivée de l’équipe de télévision pendant que Olli et ses confrères, sur un pied d’égalité par leur nudité, s’adonnent à des jeux d’eau tout à fait innocents. Mais le poids écrasant de la responsabilité d’une campagne de promotion assez sophistiquée ne tarde pas à se faire sentir chez le personnage principal. L’astuce du film consiste alors à cultiver une forme de résistance atypique, un refus d’obtempérer à l’impératif de la consécration avec une fourberie et une mauvaise foi indiscutables, quoique au service de la plus belle des vocations.

Cœur d’artichaut

Car Olli, interprété par Jarkko Lahti avec une désinvolture touchante, est amoureux. L’attachement à sa copine n’est pas du genre à faire démarrer au quart de tour les mélodies sirupeuses au violon. Leur relation est beaucoup plus profonde, ce que la mise en scène évoque admirablement en laissant aux personnages leur intimité presque pudique. En fait, la rivalité entre le sport et l’amour ne se manifeste de façon concrète que par le malaise que le calvaire de l’entraînement intéressé provoque chez la célébrité récalcitrante. Ainsi, le ton de Olli Mäki n’arrive à s’affranchir du doute pesant qu’à la fin, lorsque le sort aura décidé de l’avenir du boxeur pour permettre enfin l’espoir d’une existence plus sereine. Même en l’absence volontaire d’un suspense classique, ce climat d’incertitude risque parfois de freiner notre volonté d’identification avec un personnage, qui a l’air de jouer la montre parce qu’il ignore à quel saint se vouer. Ce trouble a un peu trop tendance à se transmettre au spectateur, sans doute admiratif face à ce beau premier film nuancé, mais simultanément déconcerté par autant de réticence et de modestie, dans un contexte qui fait en général plus souvent appel aux poings qu’aux états d’âme.

Conclusion

Le réalisateur Juho Kuosmanen ne nous mâche pas le travail pour comprendre en quoi cette journée ambiguë était la plus heureuse de son héros, un homme souriant selon le titre original en finnois. Or, la qualité principale de Olli Mäki réside précisément dans sa capacité à traduire le goût doux-amer de la vie en un film difficile d’un point de vue affectif, soit, mais investi d’une sagesse intérieure qui force le respect !

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