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Bergamo Film Meeting 2018 : La Loi du marché (Troisième avis)


France, 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Stéphane Brizé et Olivier Gorce
Acteurs : , Karine De Mirbeck, Matthieu Schaller
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h32
Genre : Drame social
Date de sortie : 19 mai 2015

Note : 3/5

Le cinéma français contemporain n’a pas vraiment de porte-parole national de la conscience sociale, comme peut l’être Ken Loach du côté du cinéma britannique. Ce qui ne veut pas dire que des thématiques à forte valeur d’engagement soient totalement absentes des écrans, bien au contraire. Un exemple récent particulièrement saisissant est La Loi du marché, qui avait valu il y a trois ans à Vincent Lindon le prix de l’interprétation masculine au Festival de Cannes et que nous avons enfin pu rattraper, grâce au coup de projecteur sur la filmographie de Stéphane Brizé dans le cadre de la sélection « Europe now » du . Dans toute sa sobriété, il s’agit d’un film très dur qui jette un regard dépourvu de complaisance sur le climat social dans le monde du travail en France. La sacro-sainte finalité d’avoir un boulot – un mantra par ailleurs guère interrogé dans notre modèle de société foncièrement capitaliste – y apparaît d’abord comme la lumière idéalisée au bout du tunnel de plusieurs mois de chômage. Puis, il s’avère que la routine inhumaine du nouvel emploi peine à changer la donne, à redonner goût à la vie d’un homme qui subit stoïquement toutes les humiliations jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. La mise en scène agence ce calvaire aux visages multiples sans état d’âme particulier, quoique avec une précision dans la représentation d’une banalité étouffante, qui ne peut que nous affecter profondément.

Synopsis : Après avoir perdu son travail suite à un plan social, Thierry galère pour se faire à nouveau embaucher. En effet, personne n’attend un quinquagénaire à l’expérience trop pointue sur un marché du travail en constante évolution. Il n’y a rien à faire et ses différents projets pour remettre à flot les finances familiales tombent à l’eau l’un après l’autre. Il finit par trouver un boulot comme vigile dans un hypermarché, une occupation tout ce qu’il y a de plus sinistre, puisque la direction ne demande pas seulement à Thierry et ses collègues d’appréhender les voleurs, mais d’espionner de même les caissières.

Goutte d’eau dans un verre vide

Quel parcours du combattant que de chercher du travail en France ! Le protagoniste de La Loi du marché a beau tenter de garder sa dignité et surtout son calme en toute circonstance, il reste inconcevable de ne pas perdre une part considérable de son intégrité au fil des innombrables démarches éreintantes, qui, de surcroît, n’aboutissent pour la plupart à rien. Cela commence de façon hautement révélatrice au cœur même de tout chemin de croix dû au désœuvrement involontaire, chez Pôle emploi. Mais étrangement, la sensation d’abattement moral et de combat inutile contre des moulins à vent, que cette première séquence suscite avec une amertume sophistiquée, se trame comme un terrible fil rouge même à travers les moments en famille, qui devraient au moins permettre à Thierry de respirer un peu. Or, le pessimisme, voire la tristesse prévalent au sein d’un récit pas entièrement exempt de relents nihilistes. Car quoique le personnage principal fasse afin de subvenir un minimum aux besoins des siens, il n’y a jamais de récompense durable au bout du chemin. Tout ce qui l’y attend, c’est un énième rendez-vous avec sa conseillère bancaire dans l’optique de réorganiser sa dette, sans doute pas sans raison l’un des rares motifs récurrents au cours d’une intrigue, qui fait sinon preuve d’une ingéniosité désabusée pour varier les prétextes d’avilissement. Où qu’il aille, cet homme au bout du rouleau, qui n’a pourtant pas (encore) abandonné le combat, devient ainsi le complice d’un système qui exploite sans vergogne la masse salariale.

Dissection d’une conscience professionnelle

Néanmoins, le sixième long-métrage de Stéphane Brizé ne fait pas spécialement dans le misérabilisme social. Pour cela, l’interprétation magistrale de Vincent Lindon est beaucoup trop complexe. Contrairement à l’aura de chien battu que ce comédien d’exception peut parfois dégager en fonction de ses rôles, celui-ci sait préserver une incroyable résistance dans la résilience que lui demande la dégradation quasiment irréversible de son environnement professionnel. C’est comme si une indicible énergie le faisait briller de l’intérieur, peu importe les obstacles qui lui barrent la route à intervalles réguliers. Au détail près que Thierry n’a strictement rien d’un héros, d’un redresseur de torts qui s’engagerait corps et âme dans le combat visiblement perdu d’avance en faveur d’un peu plus de justice sociale. Ainsi, chaque nouvelle séquence équivaut à un nouveau défi. Mais la réaction du personnage, soulignée par le jeu tout en finesse de Lindon, contourne carrément la confrontation, lui préférant une passivité de connivence pour laquelle il finira par payer le prix fort. En effet, si on devait résumer le positionnement moral du personnage, on pourrait presque affirmer qu’il n’en a pas, qu’il se soumet sans broncher à ce qu’on lui demande de faire ou bien qu’il se met en retrait jusqu’à ce que la nuisance soit passée. Au moins, le propos du film se montre plus vigoureux, même s’il est amplement conscient du danger que court chaque individu d’être broyé par un code professionnel, qui fait primer la rentabilité, au détriment du bien-être au travail.

Conclusion

Vincent Lindon n’a pas du tout volé ni son prix cannois, ni son César du Meilleur acteur ! Dans La Loi du marché, il représente avec une noblesse authentique tous ceux et toutes celles qui cherchent à se conformer aux exigences d’un système inhumain, alors qu’ils savent pertinemment que cette soumission sourde fait d’eux les esclaves de l’injustice. Grâce à la mise en scène factuelle de Stéphane Brizé, ce pamphlet social ne s’adonne jamais à de la polémique vaine, mais sait au contraire ramener ce destin nullement exceptionnel à son essence universelle.

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles