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Critique : La Cigale le corbeau et les poulets


France, 2016
Titre original : –
Réalisateur :
Intervenants : Pierre Blondeau, Jean Oréglia, Jean-Michel Villeroux, Alain Baret
Distribution : Les Mutins de Pangée
Durée : 1h36
Genre : Documentaire
Date de sortie : 18 janvier 2017

Note : 3/5

Pour le grand public, la production des documentaires en France doit sans doute se résumer à quelques contes animaliers mignons, concoctés par Luc Jacquet ou Jacques Perrin dans un effort désespéré de sauver la planète. Dans le même ordre d’idées, les seuls autres documentaires français à attirer un public relativement nombreux sont ceux consacrés aux enfants en général, et au monde scolaire en particulier. Or, du point de vue de la quantité, c’est un genre de documentaire tout à fait différent qui s’affirme déjà depuis quelques années et qui peut donc se réjouir d’une vigueur impressionnante sur la durée : celui des pamphlets engagés dans des causes sociales et économiques peut-être perdues d’avance, mais néanmoins amplement documentées par des cinéastes œuvrant inlassablement dans la marge du marché filmique. La Cigale le corbeau et les poulets est de ceux-là, ce qui lui vaudra hélas une stratégie de distribution et d’exploitation confidentielles. Rien de mal pourtant à ce que le plus grand nombre voie le documentaire de Olivier Azam, joyeusement lucide sur les enjeux pour lesquels se battent sans relâche d’irréductibles militants dans une province profonde, observée sans trop de préjugés.

Synopsis : Fin février 2009, de nombreux politiciens haut placés, dont le président Nicolas Sarkozy, reçoivent des lettres anonymes avec une balle de 9 mm et des menaces de mort. La section anti-terroriste enquête fiévreusement sur cette affaire et finit par mener une opération de police d’envergure au mois de septembre à Saint-Pons-de-Thomières dans l’Hérault. Sont alors placés en garde à vue une dizaine d’hommes, qui font partie d’un groupe d’activistes autour du buraliste Pierre Blondeau. Même si aucune charge n’est finalement retenue contre eux, ces opposants féroces au maire du village sortent comme galvanisés de l’épreuve. Au fil des ans, ils vont mener des opérations coup de poing pour veiller à la culture civique de leur région, quitte à s’opposer à un parc industriel d’éoliennes bien dans l’air du temps.

Don Quichotte et les éoliennes

Le cycle cynique du terrorisme s’est tellement emballé ces derniers mois que la torpeur ambiante nous ferait presque oublier l’attentat le plus récent, jusqu’au prochain qui viendra certainement. Dans ce contexte d’un état d’alerte maximal, qui parmi nous se souvient encore des faits divers, à classer sommairement sous l’appellation de terrorisme, qui ont eu lieu il y a sept ou huit ans ? Pourtant, ni la menace, ni la paranoïa qu’elle provoque automatiquement ne sont des phénomènes nouveaux, comme le montre avec adresse et sans se faire trop d’illusions sur le fonctionnement des institutions françaises ce documentaire doucement engagé. Il n’y est qu’initialement question de cette étrange affaire du corbeau – comme souvent l’œuvre d’un déséquilibré – pour mieux rebondir ensuite sur des rapports de défiance du pouvoir sensiblement plus complexes au fin fond de la France rurale, peuplée majoritairement de retraités dont certains n’ont toujours pas démordu de leurs idéals ‘68ards. Toutefois, le regard du réalisateur est suffisamment nuancé et distancié pour ne pas considérer ces bénévoles attachés dur comme fer à l’utopie socialiste comme des héros sans faille. Il sait au contraire déceler dans leur engagement quelques dérives presque absurdes ou en tout cas une bonne dose d’entêtement pas toujours justifiée.

La lutte continue

A sa façon assez discrète, La Cigale le corbeau et les poulets est cependant un documentaire engagé. Il milite en faveur d’une désobéissance civique et à petite échelle, à laquelle il manque certes la grande victoire en guise de récompense pour tant d’efforts et de privations consentis au fil du temps, mais qui se complaît avec un charme irrésistible dans sa marginalité sociale. Pierre Blondeau et ses comparses représentent ainsi cette fameuse France d’en bas comme on voudrait en voir plus souvent : d’incorrigibles trublions, à première vue un peu ridicules et maladroits dans leur démarche, qui ont su se faire une petite place dans le paysage militant de leur bourgade. Si ça se trouve, il ne restera rien de concret de leurs actions bruyantes, de leurs appels à la grève générale qui surgissent comme des drôles de vestiges d’une époque révolue ou de leur torchon qu’ils distribuent à tour de bras et avec un dévouement archaïque surtout quant à ses supports de diffusion. Mais au moins, ces hommes auront fait preuve d’une vigilance exemplaire, un réflexe citoyen qui se perd hélas de plus en plus dans notre ère dangereusement nombriliste.

Conclusion

Permettez-nous de vous lancer un petit défi, comme premier gage de votre engagement potentiel à venir : essayez de voir ce documentaire, en dépit du nombre de salles probablement réduit où il sera projeté et de sa facture trop subtile et intelligente pour déchaîner les foules dans un sursaut de conscience salutaire ! Allez-y ne serait-ce que pour mieux vous rendre compte que, oui, beaucoup de choses craignent dans la société française et sa classe politique trop à l’écoute des intérêts économiques, mais qu’un petit grain de sable constructif peut à force faire la différence à son niveau, aussi modeste soit-il !

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles