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Cannes 2017 : Napalm

Napalm

France, 2017
Titre original : –
Réalisateur : 
Scénario :  Claude Lanzmann
Acteurs : –
Distribution : –
Durée : 1h40
Genre : 
Date de sortie : inconnue

1.5/5

Sélection officielle – Séance spéciale

« Mes films ne sont ni documentaires ni fictions, mais des entre-deux » explique Lanzmann avant la séance. En tout cas, Napalm n’est ni un bon documentaire, ni un bon long-métrage de fiction comme nous allons le voir, même s’il n’est pas totalement inintéressant.

Synopsis officiel : « Napalm » est le récit de la bouleversante « brève rencontre », en 1958, entre un membre français de la première délégation d’Europe de l’Ouest invitée en après la dévastatrice guerre de Corée et une infirmière de l’hôpital de la Croix Rouge coréenne, à Pyongyang, capitale de la République Démocratique Populaire de Corée. L’infirmière Kim Kun Sun et le délégué français n’avaient qu’un seul mot en commun, que chacun d’eux comprenait : « Napalm », qui a donné son titre au film. Claude Lanzmann est retourné en Corée sans autorisation de filmer et chaque plan représente une extraordinaire victoire sur le contrôle permanent de la police politique du régime, qui découvrait les vraies raisons de son retour, soixante ans plus tard, dans la péninsule de ce nord extrême.

Voyage au pays du grand mensonge

Tourner un film en Corée du nord est en soi un exploit. Un des (le ?) pays les plus fermés de la planète, dernière dictature stalinienne encore debout, le pays des Kim depuis trois générations contrôle au maximum son image. Si quelques films ont pu y être tournés, et qu’on a des témoignages sur la situation du pays, il était pourtant surprenant d’apprendre que Claude Lanzmann avait pu faire un documentaire tourné sur place. Toujours accompagné d’un garde, ses images sont contrôlés par le régime, et il tourne officiellement un film sur le Tae Kwon Do. Son but est tout autre : raconter la brève aventure qu’il a eu en 1958, lors d’une visite diplomatique, avec une infirmière nord-coréenne. Si l’intention est louable, le résultat est je trouve assez problématique. Sur la forme, on a le droit à un mélange d’images contemporaines (vidéos et photos) et d’images d’archives, le tout narré par la voix caverneuse de Lanzmann. On est au final assez déçu par les images tournées par Caroline Champetier (à qui l’on doit, entres autres, la photo d’Holy motors) : seulement quelques lieux, filmés sans grand panache caméra à l’épaule. Surtout, toute la partie de « rencontre amoureuse », censée être le cœur du film, est racontée face caméra par l’intéressé, sans autre artifice. C’est ainsi un tiers, voire la moitié du film qui est juste Claude Lanzmann racontant son histoire. Une histoire certes touchante, que l’on met soi-même en images dans sa tête, mais qui n’a rien de très cinématographique.

The propaganda game

Surtout, là où le bat blesse, c’est que le film ressemble, volontairement ou non, à une œuvre de propagande. Qu’il dénonce la guerre de Corée, et les nombreuses victimes que les américains ont causées, soit, c’est même légitime. Mais Claude Lanzmann est-il vraiment admiratif du régime de Kim Jong-un ? En tout cas il semble l’être. Appelant le dictateur « Magistral commandant Kim jong un », il évoque d’autre éléments avec des mots semblant tout droit sortir d’un manuel nord-coréen. Il salue ainsi « le Juché », idéologie officielle et obligatoire instaurée par Kim Il-sung. Cette pseudo-philosophie n’a pourtant rien de louuable, puisque non seulement y déroger est très dangereux pour les habitants du pays, mais surtout elle est incompréhensible, et ne tient pas debout. Pour plus de détails, je vous conseille le très bon livre Voyage au pays du grand mensonge, écrit par le journaliste Philippe Grangereau après un voyage en Corée du nord, en 2000. Autre exemple : Lanzmann déplore la famine qui a causée des millions de morts dans le pays (et qui en cause peut-être encore, difficile de savoir vu la fermeture du pays …), et salue l’initiative du régime d’avoir fait appel à une aide internationale. Dans les faits, les responsables de cette famine sont les membres du gouvernement eux-même, et une partie de l’aide internationale est détournée au profit de ce gouvernement. Une aide qui au début des années 2000 était la plus importante attribuée à un pays, qui a été rapidement abandonnée et qui faisait face à un chantage permanent de Kim Jong-il qui s’appuyait sur sa puissance nucléaire. Là encore, vous pouvez vous reporter au livre de Philippe Grangereau. On peut se dire que Lanzmann ne pense pas ce qu’il raconte, qu’il le fait sous pression du régime pour pouvoir tourner son film, pour pouvoir raconter son histoire d’amour passée. Pourtant, rien ne l’obligeait à garder ces images (toute l’histoire en elle-même étant racontée face caméra), pas plus que rien ne l’empêcher à critiquer ces images « officielles », comme le fait le documentariste Alvaro Longonria dans The propaganda game (disponible sur Netflix). La situation en Corée du nord n’est pas la même que dans les années 50 ; d’ailleurs, concernant cette période, il n’hésite pas à critiquer le pays, qu’il explique ne pas vraiment être une république, et encore moins une « République populaire démocratique ».

Conclusion

 Lanzmann, qui s’est tant battu contre le révisionnisme, devrait garder à l’esprit que des camps de concentration existent encore dans le monde. Actuellement en Tchétchénie, mais aussi depuis des années en Corée du nord, où des familles entières sont enfermées dans des camps lorsqu’un de leur membre est suspecté de trahison. Si on peut émettre un doute quand à son véritable avis sur le pays, le résultat est un film au message beaucoup trop ambigu …

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Auteur

Nicolas Santal

Cet article a été rédigé par Nicolas Santal, rédacteur de Critique-film.fr