Critique : We Need to Talk About Kevin

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We Need to Talk About Kevin

We Need to Talk About Kevin afficheWe Need to Talk About Kevin

USA, Angleterre : 2011
Titre original : We Need to Talk About Kevin
Réalisateur :
Scénario :
Acteurs : , ,
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 1h50
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 28 septembre 2011

3/5

sort avec We need to talk about Kevin un film choc, salué au dernier festival de Cannes. Adapté du roman de Lionel Shriver qui avait déjà fait beaucoup parlé de lui, la réalisatrice à fait le choix de porter à l’écran cette histoire déroutante d’une mère élevant un monstre et devant vivre avec ça…

Synopsis : Eva a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin. La communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire.

We Need to Talk About Kevin

Un film à contre-courant basé sur l’interprétation

Des films coups de poing sur des adolescents détraqués il y en a déjà eu quelques uns de plutôt réussis. Mais ce film là a le mérite de ne pas se placer du côté des victimes, ni même du côté de l’adolescent, mais du côté des parents. Pour une fois, on voit le calvaire d’une mère devant assumer devant tout le monde le geste détraqué de son fils plein de haine, et se retrouver face à son sentiment de culpabilité en tant que modèle de cet enfant incompris.

Des films sur la maternité et l’éducation il y en a des tonnes aussi, surtout en ce moment (Un heureux événement, …). Celui ci traite pourtant d’un tabou sans happy ending : celui d’une mère qui ne parvient jamais à aimer son enfant, et ce depuis la première minute de sa grossesse.

Le but de l’histoire étant évidemment de savoir si c’est oui ou non l’éducation de la mère qui a fait de ce fils un monstre, la réalisatrice s’amuse volontairement à ne pas nous donner les clés de cette relation complexe et choquante.

Heureusement, tout ce qui n’est pas dit passe par l’interprétation de ses acteurs, tous plus doués les uns que les autres. Le père n’est autre que , efficace dans sa sobriété. Le fiston perturbé est présent à différents âge, mais toujours aussi glaçant. Les trois enfants se ressemblent étrangement (bravo pour le casting), et ressemblent surtout ironiquement de plus en plus à cette mère qui le rejette. C’est à (vu dans Californication) que revient la dures tâche d’incarner un détraqué bloqué dans son complexe œdipien à la limite de l’autisme, le poussant à commettre l’irréparable pour comprendre finalement s’il aime ou déteste cette mère avec qui il n’a jamais créé de lien.

La mère, sur qui le film entier est centré, c’est . Repartie sans prix d’interprétation à Cannes, elle mériterait pourtant toutes les récompenses pour sa performance. Avec son physique si particulier qui la rendait déjà si charismatique en sorcière blanche dans Le monde de Narnia, Tilda traverse les époques et les états d’esprits avec brio dans We need to talk about Kevin. Toute en simplicité, avec peu ou pas de dialogue, elle transmet son désarroi, ses questionnements, et son amour de mère au spectateur. On n’aurait pas pu choisir mieux pour traiter d’une histoire pareille.

Une réalisation maitrisée et glaçante…

En plus d’être une histoire difficile à traiter de base, se décarcasse pour faire tout sauf un film conventionnel tombant dans le pathos. Elle sait où elle veut aller et elle nous y emmène habilement. En nous guidant durant tout le film via les souvenirs du personnage d’Eva, elle réussit l’exercice difficile de donner les clés du puzzle de cette histoire petit à petit, en montrant les bonnes scènes au bon moment dans l’ordre qu’elle juge bon. Plus le film avance, plus on comprend la mère et le fils, leur relation atroce et plus on a froid dans le dos. Ainsi, on sait dès le début ou presque ce qui s’est passé, ce qui rend la scène du massacre beaucoup moins terrible que prévue, contrairement à un film comme Elephant.

Il faut attendre la dernière scène du film pour remettre tout dans l’ordre, ce qui nous tient en haleine durant toute la pellicule. De plus, la musique entrainante complètement à contrepied du film ponctue le long métrage d’humour noir, histoire de faire avaler la pilule plus facilement.

We Need to Talk About Kevin

…mais trop insistante

Toutefois, cette réalisation glaçante peut finir par lasser. En jouant sur les répétitions et les symboles utilisés à outrance, elle devient trop insistante sur bien des points. Que ce soit par la couleur rouge récurrente pour illustrer le massacre à venir (peinture, confiture, sang, robe…), la même musique folk revenant constamment, les abus des (très) gros plans et des flous, par l’insistance sur la séparation physique et mentale entre la mère et le fils par tous les moyens… on se demande si la réalisatrice n’a pas un peu sous estimée les capacités intellectuelles de ses spectateurs en offrant une sorte de volume 1 de « La réalisation pour les nuls ».

Dommage, ça finit par enlever selon moi ce qui ferait que ce film marquerait le subconscient de tout le monde pendant très longtemps. En excluant les autres personnages pour insister sur cette relation unique (John c Reilly a la tête coupée la plupart du film ou n’est qu’une voix lointaine) Ramsay finit par créer un film peu réaliste, qui par conséquent nous touche beaucoup moins qu’ Elephant de Van Sant. Néanmoins, l’expérience risque d’être dérangeante pour de nombreuses personnes, mères ou non, et on n’a pas fini de parler de Kevin…

Résumé

Un film dérangeant filmé du point de vue d’une mère perdue entre le sentiment de culpabilité de n’avoir pas aimé son fils et le sentiment de peur que cet enfant lui procure. Une relation troublante et encore tabou, portée par des acteurs ultra performants, mais un film déservit par une réalisation trop lourde rendant l’histoire peu réaliste.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Kb1SyQ4Cido[/youtube]

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