Vu sur OCS : Churchill

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© 2016 Graeme Hunter / Salon Limited / Silver Reel / Tempo Productions / Embankment Films / UGC Distribution
Tous droits réservés

Le plus illustre des hommes politiques britanniques, Winston Churchill a été doublement honoré sur grand écran en 2017. Dans les salles à peine quelques mois avant Les Heures sombres de Joe Wright, Churchill s’intéresse à la fin du règne de ce chef d’état hors pair. En juin 1944, ce dernier était tiraillé par le doute quant au débarquement imminent des forces alliées sur les plages de Normandie. Moins une ample biographie filmique que le récit d’un événement historique en particulier, le film de s’efforce d’illustrer le combat solitaire du premier ministre contre une vaste opération militaire, d’ores et déjà actée par les états-majors américain et anglais. Une tâche qui ne réussit que partiellement au cinquième long-métrage du réalisateur, en raison d’une mise en scène constamment distraite par des pirouettes visuelles sans lien probant avec le dilemme du personnage principal.

Une fois de plus, c’est donc la qualité de l’interprétation de ce monstre sacré de la Seconde guerre mondiale qui devra faire la différence. Après Albert Finney et Brendan Gleeson, entre autres, et quasiment en parallèle de Gary Oldman, se conforme avec vigueur à l’image que l’on se fait de ce fumeur de cigares invétéré. Coléreux et borné, son Winston Churchill a dépassé depuis longtemps le sommet de sa gloire politique. Désormais, il s’accroche presque désespérément à son image publique : celle du héros du bombardement de Londres au début de la guerre, à laquelle il correspond de moins en moins. En effet, le crépuscule de son règne lui rappelle de mauvais souvenirs de sa carrière militaire trente ans plus tôt.

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Au moins, la narration se garde de convoquer excessivement à l’image le traumatisme du massacre de Gallipoli. Elle reste de même conforme à son cadre plutôt intimiste, en faisant l’impasse sur quelque manœuvre militaire que ce soit. Hélas, au lieu de se concentrer dès lors sur les tourments existentiels de son protagoniste, lâché par les commandants militaires et en quête d’un second souffle qui justifierait l’attachement du peuple britannique à son égard, Jonathan Teplitzky affiche une tendance tout à fait désagréable à l’esthétique alambiquée. Pratiquement un plan sur deux se fourvoie ainsi dans des perspectives ou des jeux de trompe-l’œil, détournant artificiellement notre attention du cœur de l’intrigue.

Certes, en termes d’action, peu de choses se passent dans Churchill. Toutefois, les séquences qui ne sont constituées que d’affrontements verbaux sans issue à l’amiable sont justement celles, où le caractère rugueux de l’homme politique se manifeste le plus brillamment. Malgré un léger penchant pour la théâtralité – ce que l’on pardonne facilement avec un personnage devenu aussi mythique au fil du temps – , l’interprétation de Brian Cox devient de plus en plus riche et nuancée, au fur et à mesure que le vieux loup de Downing Street devra rentrer ses griffes. Encore violemment remonté contre le général Eisenhower, joué avec une conception aiguë de l’état d’esprit conquérant des Américains par , il s’incline déjà plus respectueusement devant sa majesté, un roi George VI à qui confère une appréciable fragilité.

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Enfin, derrière chaque grand homme de l’Histoire se cache une grande femme, à l’époque en tout cas. Le rapport entre Winston et sa femme Clemmie prend une place importante dans ce microcosme des hautes sphères politiques, où un excès de virilité peut mener à la ruine. Aussi dévouée qu’effacée, l’épouse du héros du Blitz ne tarde pas à lui indiquer les limites de sa tournée de la contestation dépitée. Un rôle taillé sur mesure pour , exceptionnellement sobre en guise d’ultime garde-fou contre l’hubris de son mari en perte de repères.

Disponible jusqu’à ce soir sur le replay d’, Churchill apporte au mieux un éclairage anecdotique sur la préparation chaotique du débarquement à Omaha Beach. Conçu comme une étude de caractère au plus près de ses personnages, le film pèche régulièrement par une trop grande complaisance formelle. On n’y compte plus les changements de focale gratuits ou les compositions de l’image arbitraires. Dommage alors que l’implication manifeste des comédiens reste tributaire d’une réalisation trop lisse et convenue pour une mise à jour percutante de ce chapitre historique important, à partir duquel la fin de la guerre pouvait être envisagée.

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