Festivals News — 17 janvier 2020
Venise 2020 : Cate Blanchett présidente
© Steven Chee / La Biennale di Venezia Tous droits réservés

Et c’est donc depuis hier qu’on connaît le nom de la prochaine présidente du jury du , dont la 77ème édition n’aura lieu que dans sept mois et demi. Ainsi se termine une semaine incroyablement, voire historiquement dense en termes d’annonces de présidents des trois principaux festivals européens. Sept jours, du jeudi 9 au jeudi 16 janvier, c’est tout le temps qu’il aura fallu aux responsables des festivals de Berlin, Cannes et Venise pour créer une véritable inflation en la matière. Cet embouteillage de désignations aurait même pu virer au grotesque, puisqu’on apprend dans le communiqué de la Biennale que le choix du côté du Lido remonte en fait à vendredi dernier, le 10 janvier. Imaginez-vous cela, un jour, une annonce de président ! Et qu’est-ce qu’on fait pendant les 363 autres jours de cette année bissextile ?! Bien qu’on doute fortement qu’il y ait eu la moindre concertation entre les équipes des festivals pour éviter pareille cacophonie, elle peut toutefois s’expliquer au moins en partie par des faits objectifs.

Pour Berlin, le compte à rebours était déjà bien engagé, avec la cérémonie d’ouverture de la 70ème Berlinale à seulement sept semaines après l’annonce du président Jeremy Irons, finalement le choix le moins inspiré et le moins politiquement correct. A Venise, il paraît qu’un renouvellement du comité dirigeant se profile à l’horizon, d’où l’empressement du directeur Alberto Barbera de nommer tranquillement la personne de son choix au poste le plus prestigieux, avant que les choses ne se gâtent et que la cité des Doges ne sombre dans la mer Adriatique. Pareille manœuvre pas très honnête avait pu être observée l’été dernier dans les hautes sphères hollywoodiennes, lorsque le président sortant de l’Académie du cinéma américain John Bailey avait fait désigner bien en avance, dès le mois de juin, les lauréats des Oscars d’honneur. Et pour Cannes alors ? Bah, pour Cannes, on est pile dans la saison où le festival a l’habitude d’annoncer ses présidents, à savoir un peu plus tard que pour – déjà elle – début janvier 2018, un peu plus tôt que pour Pedro Almodovar fin janvier 2017 et pour George Miller début février 2016, et clairement plus tôt que pour Alejandro Gonzalez Iñarritu l’année dernière, fin février.

I’m not there © Jonathan Wenk / The Weinstein Company / Diaphana Distribution
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L’actrice australienne Cate Blanchett (* 1969) rempilera donc du 2 au 12 septembre prochains dans la fonction de présidente du jury, à six-cents kilomètres au nord-est de là où elle avait dirigé le jury cannois, qui avait décerné sa Palme d’or il y a moins de deux ans à Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda. Elle succède à la réalisatrice argentine Lucrecia Martel, dont le jury était tombé sous le charme morbide du Joker de Todd Phillips, Lion d’or à Venise l’année dernière.

Comment éviter la redite par rapport à tout ce qu’on avait écrit ici au sujet de l’illustre carrière de Cate Blanchett il y a deux ans, presque jour pour jour ? Surtout parce qu’il ne s’est pas passé grand-chose dans la carrière de cette actrice majeure de sa génération, mise à part son apparition dans deux films qui ne marqueront pas a priori l’Histoire du cinéma : La Prophétie de l’horloge de Eli Roth et Bernadette a disparu de Richard Linklater, jusqu’à présent inédit en France, qui lui avait valu sa dixième nomination aux Golden Globes plus tôt cette année. Son lien le plus étroit avec le Festival de Venise est bien sûr sa Coupe Volpi de la Meilleure actrice, reçue de la part du jury présidé en 2007 par le réalisateur chinois Zhang Yimou pour I’m not there de Todd Haynes.

Or, ce n’était qu’une récompense prestigieuse parmi d’autres au cours d’une carrière longue d’un quart de siècle, qui va de Elizabeth de Shekhar Kapur à Carol de Todd Haynes, en passant entre autres par Le Talentueux Mr. Ripley de Anthony Minghella, la trilogie du Seigneur des anneaux de Peter Jackson, La Vie aquatique de Wes Anderson, Aviator de Martin Scorsese, Babel de Alejandro Gonzalez Iñarritu, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg, L’Étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher, Blue Jasmine de Woody Allen, ainsi que Knight of Cups et Song to Song de Terrence Malick.

Cate Blanchett et Hirokazu Kore-Eda au Festival de Cannes en 2018 © Alberto Pizzoli / AFP / Festival de Cannes Tous droits réservés

L’écart entre ses deux postes de présidente du jury a beau être très bref, Cate Blanchett n’est guère la première actrice à enchaîner les arbitrages suprêmes des meilleures compétitions de cinéma en Europe. Avant elle, il y a déjà eu la Française Jeanne Moreau (en 1975 et en 1995 à Cannes, ainsi qu’entre-temps en 1983 à Berlin), la Norvégienne Liv Ullmann (en 1984 à Berlin et en 2001 à Cannes) et la Chinoise Gong Li (en 2000 à Berlin et en 2002 à Venise). Elle est par contre la première à ne pas être passée par la Berlinale, son parcours de luxe ressemblant du coup davantage à l’autre présidente récurrente issue de l’Océanie, la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, nommée à la tête du jury vénitien en 1997 et à celle du comité cannois en 2014. A la Biennale, elle est la deuxième présidente australienne, après le réalisateur Peter Weir en 1993.

Enfin, en tant qu’ancienne lauréate de la Coupe Volpi, promue ensuite présidente du jury, elle succède à Gong Li (Qiu Ju Une femme chinoise de Zhang Yimou en 1992) et Catherine Deneuve (Place Vendôme de Nicole Garcia en 1998, puis présidente en 2006). Du côté masculin, aucun acteur récompensé de la Coupe Volpi n’a eu jusqu’à présent cet honneur, bien que deux parmi eux aient eu le privilège de diriger le jury à Cannes : Gérard Depardieu (Police de Maurice Pialat en 1985 et président en 1992) et Sean Penn (doublement primé pour Hollywood Sunrise de Anthony Drazan en 1998 et 21 grammes de Alejandro Gonzalez Iñarritu en 2003 / président en 2008).

C’est la première fois dans la longue Histoire du plus ancien des festivals majeurs européens qu’une femme est en charge du vote du jury deux années de suite. Pareille percée paritaire, voire féministe n’était survenue qu’une seule fois à Cannes, lors du passage de relais entre Olivia De Havilland et Sophia Loren en 1964 / ’65, tandis que Berlin avait fait preuve d’un état d’esprit un peu plus progressiste, grâce à un triplé au début des années 1980 entre Joan Fontaine, Jeanne Moreau et Liv Ullmann, ainsi que la succession de Gong Li à Angela Molina au tournant du siècle.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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