Test DVD : Spéciale première

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États-Unis : 1974
Titre original : The Front Page
Réalisation :
Scénario : Billy Wilder,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h40
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 26 mars 1975
Date de sortie DVD/BR : 16 septembre 2020

Rédacteur en chef d’un journal, Walter Burns est en colère contre Hildy Johnson, son meilleur journaliste, qui, absent, risque de lui faire manquer l’exécution d’un dangereux assassin. Mais le reporter désire abandonner le journalisme et toute recherche de scoop, et préfère se marier. Walter va tout faire pour qu’Hildy revienne sur sa décision.

Le film

[4/5]

Chicago, 6 juin 1929. Des rotatives, d’énormes rouleaux de papier, la presse est sur le coup : un événement important se prépare. Un gros titre : « Le tueur de flic doit mourir ». Ce gros titre fait référence à la pendaison de Earl Williams, un pauvre bougre condamné à mort pour avoir tué un policier. Certes, tout le monde ou presque est d’accord, ce n’était absolument pas volontaire, mais, que voulez vous, Earl Williams est un personnage dangereux, un homme qui, lorsqu’il travaillait dans une pâtisserie, introduisait le slogan « Libérez Sacco et Vanzetti » dans les biscuits qu’il confectionnait, un homme qui avait envoyé une petite bombe chez JP Morgan, bombe qui lui était revenue pour affranchissement insuffisant et avait fait tout sauter chez lui. Bref, Earl Williams n’est ni plus ni moins qu’un communiste ! (ou considéré comme tel). La dernière chance d’obtenir un sursis pour cette exécution vient, semble-t-il, de s’évanouir et, dans la cour de la prison, des ouvriers s’affairent pour préparer la potence pour le lendemain matin 7 heures, ainsi que les tribunes destinées aux futurs spectateurs. Un travail bruyant, au grand dam de la poignée de journalistes qui occupent la pièce qui leur est réservée dans la prison. Dorénavant, cette pièce va devenir le point focal du film, celle qui, par exemple, aurait dû accueillir depuis longtemps Hildebrand Johnson, alias Hildy, le journaliste vedette du Chicago Examiner. Ce journaliste, Walter Burns, le rédacteur en chef, le recherche partout mais les choses ne s’améliorent pas pour lui lorsque, enfin, il remet la main dessus : Hildy lui annonce qu’il quitte le journalisme, qu’il va se marier, qu’il va quitter Chicago pour Philadelphie afin de suivre Peggy Grant, sa future épouse, et qu’il va se reconvertir dans la publicité. Son train vers Philadelphie partant à minuit, pas question d’écrire la moindre ligne pour l’Examiner avant son départ. Sauf que là, c’est le film qui démarre pour de bon, un film trépidant qui démarre à bride abattue, avec une succession d’évènements inattendus qui ne vont pas cesser de bouleverser les plans de Hildy, partagé entre une passion pour le journalisme qui n’est toujours pas morte et son amour pour Peggy, un sentiment renforcé par la perspective de se diriger vers une vie plus paisible. Et maintenant, tout le monde en prend pour son grade ! Pour commencer, la presse ! Billy Wilder et les 2 auteurs de la pièce de théâtre dont le film est l’adaptation ont été journalistes, ils connaissent parfaitement le milieu et ils s’en donnent à cœur joie. Et puis, ce sont tour à tour le monde de la politique, la police, la psychanalyse, et même l’anticommunisme primaire qui sont raillé.e.s avec une causticité jouissive et un rythme qui ne se dément pas.

Lorsque Billy Wilder convoque les spectateurs à la vision d’un véritable feu d’artifice, il est difficile de résister. Pourtant, lorsqu’il réalise Spéciale première, en 1974, c’est 46 ans après que la pièce de et ait tenu l’affiche à Broadway durant près d’un an, c’est aussi après que 2 adaptations pour le cinéma aient vu le jour, celle de Lewis Milestone en 1931 et celle de Howard Hawks, La dame de vendredi, en 1940. Exception pour Billy Wilder, ce film est une commande et le réalisateur se félicite de ne pas avoir à consacrer un temps infini à sa production. Lors de sa sortie, Spéciale première a été fraichement accueilli, considéré comme un film démodé dans sa forme et très éloigné de l’air du temps de l’époque : le cinéma américain est en plein boum du « Nouvel Hollywood » dont Speciale première est très éloigné et on est en pleine affaire Watergate d’où une tendance du moment à faire l’apologie du journalisme et non à en montrer certaines tares. 46 ans plus tard, Spéciale première n’apparait plus comme particulièrement démodé. Certes, les moyens techniques ont énormément évolué dans le monde du journalisme, mais le comportement d’une certaine presse, son manque de réflexion et d’éthique, sont, malheureusement, plus que jamais d’actualité et, par exemple, on peut facilement comparer le rush des journalistes de Chicago vers leurs téléphones à l’annonce de l’évasion de Earl Williams à la couverture des attentats de 2015 par les chaînes d’info en continu. Quant à l’aspect comique du film, il est d’une grande variété dans son inspiration en allant d’une scène qu’on pourrait trouver dans un film burlesque du cinéma muet à des dialogues qui, parfois, semblent extraits d’un film de Woody Allen de la grande époque. Particulièrement jubilatoire dans ce domaine comique, la satire des théories et de la pratique du viennois Sigmund Freud, surtout lorsqu’on connait les liens de Billy Wilder avec la capitale de l’Autriche.

Comme dans neuf autre films, le premier en 1966, le dernier en 1998, on retrouve en vedettes le duo Jack Lemmon / Walter Matthau. Jack Lemmon interprète le rôle de Hildy qui en arrive à ne plus savoir qui du journalisme ou de sa fiancée il doit « planter », d’autant plus que son (ex ?)rédacteur en chef, Walter Burns, interprété lui par Walter Matthau, se montre prêt à utiliser tous les stratagèmes, même les plus vils, pour retenir son (ex ?)journaliste vedette en le séparant de Peggy. Peggy Grant est délicieusement interprétée par Susan Sarandon, dans un de ses premiers rôles. Parmi les seconds rôles, on remarque tout particulièrement dans le rôle d’un shériff totalement dépassé (« Je suis la loi, respectez moi un peu ! ») et dans le rôle du malheureux Earl Williams, désarmant de candeur et de naïveté. Quant à , la savoureuse interprète de Mollie Malloy, une prostituée au grand cœur, on s’étonne lorsqu’on apprend qu’elle était tellement insatisfaite de sa prestation dans Spéciale première que, étant présente dans un avion dans lequel le film était diffusé, elle a cru bon, le film terminé, de s’excuser à haute voix de son interprétation auprès des passagers du vol.

Le DVD

[5/5]

Fruit d’un nouveau Master Haute définition, le DVD produit par Rimini Editions donne un rendu fidèle de ce film tourné en Technicolor et en Panavision. Aucun défaut majeur à signaler concernant la lumière et les couleurs pour un film tourné presque exclusivement en intérieur. Spéciale première est un film en mono 2.0,  avec 3 choix possibles : VF, VO et VO sous-titrée en français. Vu le rythme infernal des dialogues, on se doit d’accorder un satisfecit aux responsables des sous-titres : on ne perd pas grand chose par rapport aux dialogues en anglais !

Accompagnant le DVD, on trouve dans le boitier un livret de 20 pages écrit par Marc Toullec et agrémenté de plusieurs photos. On y trouve tous les détails souhaitables concernant le film, sa genèse, les conditions du tournage, etc..  Sinon, le DVD propose 3 suppléments, dont 2 sont de véritables curiosités : disposant de longs interviews audio de Walter Matthau et de Jack Lemmon dans lesquels ils évoquent leurs carrières respectives, Rimini Editions a choisi de les greffer sur les images de Spéciale première. C’est ainsi que, durant 62 minutes, on entend s’exprimer un Walter Matthau plein d’humour, sous-titré en français, sur les images des 62 premières minutes du film, le film se poursuivant ensuite dans sa version française. Idem pour Jack Lemmon durant 50 minutes. Pour parler du film, il a été fait appel, dans un 3ème supplément, à , critique de cinéma au Monde, et à Frédéric Mercier, critique de cinéma dans la revue Transfuge. La conversation qu’ils ont durant 34 minutes situe Spéciale première dans la filmographie de Billy Wilder et donne une analyse très fouillée et très juste du film, une analyse qui complète parfaitement tout ce que le livret nous apprend.

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