Test DVD : Mon fils

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Mon fils

Israël : 2014
Titre original : Dancing Arabs
Réalisateur : Eran Riklis
Scénario : Sayed Kashua d’après son œuvre.
Acteurs : Tawfeek Barhom, Michael Moshonov, Danielle Kitzis, Yaël Abecassis
Éditeur : Pyramide Vidéo
Durée : 1h40
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 11 février 2015
Date de sortie DVD : 17 juin 2015

 

 

Iyad a grandi dans une ville arabe en Israël. A 16 ans, il intègre un prestigieux internat juif à Jérusalem. Il est le premier et seul Arabe à y être admis. Il est progressivement accepté par ses camarades mais n’a qu’un véritable ami, Yonatan, un garçon atteint d’une maladie héréditaire. Iyad se rapproche de la famille de Yonatan, apportant du courage et de la force à sa mère Edna. Il devient vite le deuxième fils de la famille…

 

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Le film

[4/5]

Depuis plusieurs années, Eran Riklis est considéré comme un des réalisateurs les plus importants du cinéma israélien. Parmi ses films, La fiancée syrienne et, plus encore, Les citronniers, ont attiré dans les salles de notre pays un nombre respectable de spectateurs. Ce qu’on ne sait pas forcément, c’est que Eran Riklis est à la fois israélien et arabe. Il est d’ailleurs rappelé dès le début de Mon fils que c’est le cas de 20 % de la population israélienne : environ 1 500 000 citoyens israéliens sont arabes. Le scénario de Mon fils a été écrit par Sayed Kashua, également arabe et israélien. Sayed a adapté lui-même deux livres dont il est l’auteur : Les Arabes dansent aussi et La deuxième personne, plutôt autobiographique pour le premier, fictionnel pour le second. C’est une peinture des relations qu’entretiennent arabes israéliens et juifs israéliens que nous livrent Sayed Kashua et Eran Riklis.

Mon fils raconte, sur une période de 10 ans, de 1982 à 1992, l’histoire de Iyad Barhoum , un jeune arabe israélien originaire de Tira, une petite ville située à une trentaine de kilomètres au nord-est de Tel Aviv. Brillant à l’école, il admire son père, Salah, qui a dû interrompre des études supérieures pour une sombre histoire de terrorisme. C’est dans la cueillette des fruits que Salah gagne péniblement de quoi nourrir sa famille et ce serait un grand bonheur pour lui si Iyad réussissait là où il avait échoué. En 1988, immense fierté dans la famille Barhoum : Iyad est admis en tant qu’interne au Lycée israélien des sciences et des arts de Jérusalem, le meilleur lycée d’Israël.

 

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Pas forcément facile d’être le premier arabe, et le seul, à fréquenter cet établissement : on écorche son prénom, on se moque gentiment de son habillement et de son accent lorsqu’il s’exprime en hébreu ; en matière de musique, ses condisciples écoutent Joy Division et la New wave anglo-saxonne, Iyad écoute les grand(e)s de la musique arabe : Oum Kahlthoum, Abdel Halim Hafez, Amr Diab, Fairuz. Les années d’internat vont permettre à Iyad de mûrir et de découvrir la réalité des relations entre juifs et arabes dans le pays qui, en définitive, est le sien. Au bout de deux ans, son hébreu sera parfait, sans la moindre petite trace d’accent, il se sera fait accepter par ses camarades du lycée, il partagera un amour sincère avec Naomi, sa petite amie juive, il se sera lié d’amitié avec Yonatan, un jeune juif de son âge atteint d’une dystrophie musculaire irréversible et il sera même considéré comme un deuxième fils par Edna, la mère de Yonatan. MAIS, mais, il se sera aussi aperçu que la société israélienne ne t’accepte vraiment que si tu es juif et que, dans les restaurants, par exemple, on fait travailler les arabes à la plonge, mal payée, les places de serveur, et les pourboires qu’on y gagne, étant réservées aux juifs. Pire : il aura appris que la mère de Naomi préférerait que sa fille soit lesbienne, droguée ou cancéreuse plutôt que la petite amie d’un arabe.

Avec Mon fils, Eran Riklis réussit à montrer de façon limpide la ségrégation qui existe en Israël entre juifs et arabes sans pour autant nous infliger un pamphlet manichéen. Adaptation des livres de Sayed Kashua, l’action du film se déroule il y a un quart de siècle, mais, malheureusement, la situation n’a pas évolué depuis. Elle est même sans doute pire. Cela étant, un film très proche de Mon fils pourrait être réalisé dans notre pays, avec un jeune du 9-3, aux origines maghrébines, qui viendrait poursuivre des études au Lycée Louis-le-Grand. Tout au long du film, sont évoqués les événements historiques se déroulant dans la période considérée : la guerre du Liban, la première Intifada, la guerre du Golfe. Des événements qui, selon le moment et selon dans quel camp on se situe, sont perçus avec de l’espoir ou avec de la peur, voire avec de l’espoir ET avec de la peur. La mise en scène d’Eran Riklis ne cherche pas à éblouir le spectateur à coups d’effets faciles, elle est juste modeste et efficace, mais on note quand même quelques beaux plans séquence et des mouvements de caméra d’une grande douceur qui reflètent les différentes formes d’amour dont le film regorge : l’amour que Iyad porte à sa grand-mère, l’amour  de Salah et de Fahima pour leur fils, celui d’Edna pour le sien, le sentiment amoureux entre Iyad et Naomi, l’amitié entre Iyad et Yonatan, l’affection d’Edna pour Iyad. Dans une distribution dans laquelle on trouve beaucoup d’habitué(e)s du cinéma d’Eran Riklis, on note la présence de la grande comédienne israélienne Yaël Abecassis : elle joue le rôle d’Edna, ce n’est pas un premier rôle mais elle est, comme d’habitude, exceptionnelle de justesse et d’émotion.

 

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Le DVD

[4/5]

Une fois de plus, du bon boulot de la part de Pyramide Vidéo. La qualité de l’image est quasiment parfaite au point qu’on peut se demander ce que le Blu-ray apporterait en plus. La VO avec sous-titrage en français est disponible en 2.0 et en 5.1, la VF ne l’étant qu’en 5.1. Il y a aussi la possibilité d’un sous-titrage pour sourds et malentendants. Un « making of » de 22 minutes nous permet de « rencontrer » les protagonistes les plus importants du film, y compris Sayed Kashua, le scénariste : on apprend ainsi que Tawfeek Barhom, qui interprète le rôle de Iyad, était présent, tout jeune, sur les lieux du tournage de La fiancée syrienne et que c’est cette expérience qui l’a poussé à envisager de devenir comédien; quant à Eran Riklis, il insiste sur l’importance que revêtent pour lui les gros plans et les émotions, quelles qu’elles soient, qu’ils transmettent aux spectateurs. On trouve aussi comme compléments, la bande annonce de Mon fils, ainsi que les bandes annonces de 3 films édités récemment en DVD par Pyramide Vidéo : Hope, The Cut et White God.

 

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