Test DVD : Les Colons

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Les Colons

Chili : 2023
Titre original : Los Colonos
Réalisation : Felipe Gálvez
Scénario : Felipe Gálvez, Antonia Girardi
Acteurs : Camilo Arancibia, Mark Stanley, Benjamin Westfall
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h33
Genre : Western
Date de sortie cinéma : 20 décembre 2023
Date de sortie DVD : 21 mai 2024

Terre de Feu, République du Chili, 1901. Un territoire immense, fertile, que l’aristocratie blanche cherche à « civiliser ». Trois cavaliers sont engagés par un riche propriétaire terrien, José Menendez, pour déposséder les populations autochtones de leurs terres et ouvrir une route vers l’Atlantique. Sous les ordres du lieutenant MacLennan, un soldat britannique, et d’un mercenaire américain, le jeune métis chilien Segundo découvre le prix de la construction d’une jeune nation : celui du sang et du mensonge…

Le film

[4/5]

Un western pour l’Histoire

Clairement desservi par une affiche française absolument hideuse, le premier film de Felipe Gálvez Les Colons n’est parvenu à attirer qu’un peu plus de 80.000 français sur un parc de 104 copies. On ne pourra que se lamenter de ce semi-échec : ce western post-moderne, qui mêle personnages réels et fictifs, s’avère en effet un sacré morceau de péloche. Esthétique, brutal, iconique, Les Colons jette un regard glaçant sur les actions brutales menées par les colons en Terre de Feu (Chili) ayant mené à l’extermination de la tribu des Selknam au début du Vingtième Siècle, et s’impose comme une évocation historique de première bourre, et une démystification du genre western visant – avec talent – à mettre en évidence le côté sombre de l’âme humaine et des plaines arides.

Avant toute chose, il nous faut préciser que Les Colons est un western badass, qui enchaîne les moments de bravoure et les séquences de tension absolument remarquables tout en soulignant régulièrement – par l’utilisation de chapitres et de mentions écrites destinées à nous présenter les personnages, ou encore par la stylisation extrême de nombreuses séquences – sa nature d’œuvre de fiction. Pour autant, il s’agit également d’un film important, dans le sens où il vise à attirer l’attention du spectateur occidental sur un génocide peu connu de notre côté du globe, et donc à mettre en lumière une poignée de vérités bien peu flatteuses, notamment sur l’homme d’affaires José Menéndez, le « Roi de l’Or blanc », dont le rôle dans le génocide n’est pas passé sous silence.

Des Colons irritables

L’histoire des Colons, divisée en chapitres qui rythment l’action et lui confèrent presque un aspect « mythique », commence donc avec Menéndez (Alfredo Castro) qui engage les services d’Alexander MacLennan (Mark Stanley), un militaire écossais au casier judiciaire douteux pour exterminer les populations indigènes de la région, les Selknam. MacLennan est accompagné de Bill (Benjamin Westfall), un mercenaire texan, et de Segundo (Camilo Arancibia), un métis. À partir de là, l’expédition commence, partant du Chili vers l’Argentine. MacLennan porte un uniforme rouge vif qui crève immédiatement l’écran, et lui vaudra le surnom de « cochon rouge ». D’un point de vue symbolique, évidemment, cette couleur souligne son comportement nihiliste, tout autant que le sang qu’il sera amené à verser.

À ses côtés, Bill se pose en revanche comme l’archétype du cow-boy, que l’on croirait issu d’un film de Sam Pechinpah. Les Colons ne le présente pas tout à fait comme un personnage sympathique, mais au contraire comme quelqu’un de profondément violent, conservant des oreilles humaines comme des trophées, mais, paradoxalement, il s’avérera plutôt attachant du point de vue du spectateur, dans le sens où il ne nous est pas tout à fait montré comme MacLennan, qui est une véritable bête sauvage. De son côté, Segundo est emmené contre son gré au cœur de ce déchainement quasi-ininterrompu de violence (toutes leurs rencontres se termineront dans le sang), et même s’il est pour le moins taciturne, il apparaît finalement le plus sympathique des trois.

Au final, Les Colons dépeint de façon assez fascinante, et à grands renforts de scènes-choc, le revers de la médaille de « la mission civilisatrice de l’homme blanc ». Le fait que Felipe Gálvez ait choisi le western, et par extension tout l’imaginaire cinématographique propre à ce genre très codifié, pour illustrer son propos sur l’histoire du Chili, n’est pas innocent. Le genre lui permet en effet de livrer au spectateur, sous le couvert de l’épopée, une critique sévère de l’extermination des peuples indigènes, des abus du capitalisme et du contrôle massif des terres détenues par quelques groupes et familles, sans pour autant aborder ces thèmes de manière trop frontale et revendicatrice. Pour autant, Les Colons raconte bien des choses sur l’histoire cruelle des origines d’un pays marqué par la violence, qu’elle soit physique, politique ou économique.

Le DVD

[4/5]

Les Colons débarque ce mois-ci en DVD, sous les couleurs de Blaq Out. Bien entendu, on ne pourra que regretter que le film ne soit pas sorti en Blu-ray, tant la photo du film signée Simone D’Arcangelo est somptueuse, mais le fait est que la galette en définition standard fait le boulot sans le moindre problème. L’image respecte pleinement la photographie froide et éthérée du film, et s’avère bien sûr proposée dans son format d’origine respecté. La définition est exemplaire, sans le moindre problème de compression ou autre pétouille technique ; l’éditeur, rôdé au support DVD depuis de très nombreuses années, compose de manière très habile avec les qualités et les défauts d’un support en définition standard. Côté son, l’éditeur nous propose soit le film en VO et Dolby Digital 5.1. Ce mixage multicanal nous propose un rendu acoustique bien enveloppant et relativement dynamique, très efficace durant les scènes les plus intenses, même si le film par lui-même n’appelle pas forcément à la démonstration technique. Comme à son habitude, l’éditeur nous propose également un mixage Dolby Digital 2.0, qui s’avérera plus cohérent et équilibré si vous visionnez Les Colons sur un « simple » téléviseur, sans barre de son ou Home Cinema.

Du côté des suppléments, l’éditeur nous propose tout d’abord un entretien avec Felipe Gálvez et Antonia Girardi (27 minutes), qui ont cosigné le scénario du film. Ils y reviendront sur les origines du projet et dresseront une intéressante note d’intention, même si Les Colons, assez grandiose dans son genre, parle finalement pour eux de façon assez claire.

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