Test Blu-ray : Door

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Door

Japon : 1988
Titre original : Doa
Réalisation : Banmei Takahashi
Scénario : Ataru Oikawa, Banmei Takahashi
Acteurs : Keiko Sekine, Daijiro Tsutsumi, Shirô Shimomoto
Éditeur : Carlotta Films
Durée : 1h34
Genre : Horreur
Date de sortie DVD/BR : 7 mai 2024

Femme au foyer, Yasuko Honda vit avec son mari et son fils dans un grand immeuble d’un quartier résidentiel. Régulièrement harcelée par les démarcheurs et les canulars téléphoniques, la jeune femme, excédée, finit par claquer la porte sur les doigts d’un vendeur. Choqué, celui-ci refuse d’en rester là. Sa vengeance se mue bientôt en véritable obsession…

Le film

[4/5]

Complètement inconnu en France, Door est un thriller horrifique co-écrit et réalisé par Banmei Takahashi, sorti au Japon en 1988. Si le nom de Banmei Takahashi ne vous dira probablement rien, il est pourtant le réalisateur de presque 90 films au Pays du soleil levant, principalement dans le genre du Pinku Eiga ou film érotique japonais. La découverte tardive de Door n’en sera que plus étonnante : comment a-t-on pu ignorer cette perle du Home Invasion, oppressante et gore, durant tant d’années ? Le film de Banmei Takahashi nous propose en effet une intrigue simple mais réaliste, bénéficiant d’une atmosphère remarquable et d’une montée en tension graduelle magistralement orchestrée, parvenant sans peine à créer chez le spectateur un sentiment grandissant de peur et de paranoïa au fur et à mesure que le récit avance.

L’horreur augmente donc crescendo pour nous proposer, dans le dernier acte du film, un climax absolument barbare. L’impact généré par Door est d’autant plus efficace que le scénario de Banmei Takahashi et Oikawa Ataru, ne fait pas dans les faux-fuyants, dévoilant ses cartes dès le départ et révélant de façon claire l’identité du psychopathe qui sera amené à harceler l’héroïne, Yasuko, interprétée par Keiko Takahashi, qui se trouvait être l’épouse du cinéaste. Ainsi, Door ne fait aucun mystère autour de l’identité du harceleur : il s’agit d’un représentant incarné par Tsutsumi Daijirô, qui avait commencé sa carrière en tant que chanteur pour midinettes. Pour autant, le fait que le spectateur sache par qui arrive le danger ne nuit jamais à la montée en puissance de la tension, d’autant plus sourde et étouffante que le gros de l’intrigue se déroule dans un appartement exigu, le sentiment de claustrophobie ne faisant que s’intensifier au fur et à mesure que la panique de l’héroïne grandit.

Bien évidemment, au-delà du spectacle de la violence, et de l’explosion de gore qui marque le dernier acte du film, Door est un film qui poussera le spectateur à réfléchir sur la montée, déjà très forte à la fin des années 80 au Japon, de l’individualisme forcené des habitants des grandes villes, et des effets néfastes que peut avoir cet isolement (qui n’a d’ailleurs fait qu’augmenter avec l’apparition des réseaux sociaux). Ainsi, si Yasuko vit dans un immeuble très peuplé, et malgré les attaques répétées, bruyantes et à visage découvert de l’homme qui la harcèle, ses voisins semblent bien plus préoccupés par le jour de sortie des poubelles que par le fait que leur voisine est visiblement en danger. Door évoque donc, en filigrane, cette angoisse de l’isolement urbain, ce paradoxe qui fait que les gens vivent proches les uns des autres sans que jamais ne se développe plus de sentiment de « communauté ». Il s’agit d’une angoisse partagée, déjà en 1988, à l’échelle de la planète toute entière, puisque de notre côté du globe, Alain Souchon la chantait également dans « Ultra moderne solitude ». D’ailleurs, sur ce point précis, l’œuvre de Takahashi nous apparaît aujourd’hui comme particulièrement prémonitoire en ce qui concerne le Japon, où cette ultra moderne solitude n’a jamais fait qu’augmenter avec les années.

Le film de Banmei Takahashi appuie également bien volontiers sur le fait que la solitude engendre d’importantes frustrations sexuelles, que l’on retrouve chez les deux personnages principaux : chez le vendeur/psychopathe bien entendu, qui développe une obsession vis-à-vis de Yasuko, mais également chez l’héroïne. On le ressent tout particulièrement lors de cette scène amusante durant laquelle elle tente désespérément de réveiller son mari assoupi – on sent bien que ce n’était pas pour jouer au Mikado… Les symboles sexuels / phalliques sont également nombreux au cœur de Door, et on les retrouvera jusque dans le climax du film, au cœur duquel un objet phallique aura un effet pour le moins destructeur. On pourra également noter une utilisation assez singulière de la musique. Le travail de déconstruction musicale opéré par Gôji Tsuno est absolument unique, notamment dans ses interruptions lors du dernier acte de Door, qui se produisent à des intervalles apparemment aléatoires, et qui contribuent à désorienter le spectateur (plutôt qu’à simplement illustrer un sentiment général).

Pour terminer, on notera que Door a généré deux suites : Door II : Tokyo Diary en 1991, qui n’était pas un Home Invasion mais un film érotique, et Door 3 en 1996, réalisé par Kiyoshi Kurosawa, futur réalisateur de Cure, qui agrémentait le Home Invasion d’une touche de fantastique. Door II : Tokyo Diary, qui est également disponible sur le Blu-ray édité par Carlotta Films, n’entretient aucun lien avec le premier film, mais les producteurs ont obtenu de Banmei Takahashi de changer le titre de son film pour surfer sur le succès de Door en vidéo. Il s’agit de fait non pas d’un thriller mais d’un pur film érotique, centré sur le personnage d’Ai (Chikako Aoyama), une call-girl de luxe. Il est globalement conçu sur le modèle de la suite de saynètes érotiques, censées nous présenter à chaque fois un nouveau fétichisme, perversion ou jeu érotique, à la façon de nombreux films très antérieurs à sa sortie, tels que Belle de jour de Luis Buñuel (1967), Qu’est ce que je vois ? (Business is business), premier film de Paul Verhoeven (1971) ou encore Eating Raoul (Paul Bartel, 1982). Ai se fait percer l’oreille et sodomiser. Un de ses clients, déguisé en nazi, lui bande le visage façon « homme invisible » et lui fait boire sa pisse. Ai se fait branler en voiture et se met un vibro télécommandé à l’opéra. Ai et sa collègue doivent faire face à un fétichiste des ciseaux. Et, finalement, Ai tombe amoureuse d’un control freak porté sur le SM, en mode 50 nuances de Grey avec vingt ans d’avance. L’ensemble est très correctement mis en scène, avec notamment une bonne utilisation des reflets, plutôt joliment conçu d’un point de vue esthétique, mais rien à voir avec l’atmosphère du film original.

Le Blu-ray

[4/5]

Le Blu-ray de Door édité par Carlotta Films nous permettra de découvrir le film de Banmei Takahashi sublimé par une copie de toute beauté, avec un grain cinéma respecté aux petits oignons et des contrastes finement travaillés. La définition est d’une précision remarquable, le piqué est bon, et les couleurs sont parfaitement retranscrites. En deux mots comme en cent, nous sommes vraiment en présence d’un master superbe. Côté son, l’éditeur nous propose naturellement de découvrir le film en version originale sous-titrée, dans un mixage japonais DTS-HD Master Audio 1.0. Le rendu acoustique est très satisfaisant, et facilitera l’immersion du spectateur par petites touches d’ambiance. Du beau travail.

Côté suppléments, on commencera tout d’abord avec la présence d’un deuxième film de Banmei Takahashi, Door II : Tokyo Diary (1h22), également proposé en Haute-définition, au format et DTS-HD Master Audio 1.0. Le master est excellent, et le piqué d’une belle précision : un supplément intéressant même si le film a ses limites, et ne supportera probablement pas les visionnages répétés de la même façon que le Door original. On terminera le tour des bonus avec les bandes-annonces restaurées des deux films, qui s’accompagneront d’un entretien avec Banmei Takahashi (25 minutes), qui reviendra sur les débuts de la Director’s Company, une société de production qu’il a contribué à créer. Il reviendra ensuite sur Door, sur les difficultés à trouver des acteurs, sur la censure ayant exigé des coupes sur la scène finale, ainsi que sur certains détails techniques sur le tournage de certaines scènes, telles que celle de la porte défoncée à la tronçonneuse ou la prise de vue aérienne dedans / dehors. Intéressant !

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