Test DVD : L’Ennemi de la classe

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L’Ennemi de la classe

L'ennemi de la clase DVD 1 : 2013

Titre original : Razredni sovražnik
Réalisateur : Rok Biček
Scénario : , Rok Biček,
Acteurs : , ,
Éditeur : Rimini Editions
Durée : 1h47
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 4 mars 2015
Date de sortie DVD : 19 janvier 2016

 

À l’arrivée de leur professeur principal remplaçant, une classe de sympathiques lycéens se trouve confrontée à une discipline accrue et à un enseignement plus austère. Ce professeur d’allemand concentre vite toutes les critiques. Les élèves mènent ouvertement la fronde. La tension monte, et quand une jeune fille de la classe se suicide, la responsabilité du professeur parait indiscutable aux yeux de ses camarades. L’escalade des provocations ne fait alors que commencer, laissant les autres enseignants dépassés par les événements et les élèves face à toutes leurs violentes contradictions.

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Le film

[4/5]

En 25 ans d’existence, on ne peut pas dire que la Slovénie ait marqué l’histoire du cinéma : à son actif, quelques coproductions, en général avec des pays voisins, issus comme elle de l’ex-Yougoslavie, et un nombre limité de réalisateurs ayant réussi à franchir les frontières du pays, tels Jan Cvitkovič et Damjane Kozole. Qui d’autre ? L’arrivée assez fracassante de L’Ennemi de la classe sur la scène internationale permet de rajouter le nom d’un jeune réalisateur, Rok Biček, 30 ans, dont tout laisse à penser qu’une carrière brillante lui est destinée. Pour son premier long métrage, Biček est allé puiser l’inspiration dans un drame qui s’était déroulée, durant sa scolarité, dans son lycée de Novo Mesto : le suicide d’une élève, suivi d’une révolte de ses condisciples contre les professeurs, jugés trop sévères. Dans L’ennemi de la classe, le suicide de Sabina suit de peu l’arrivée d’un nouveau professeur d’allemand, Robert Zupan, dont le comportement rigide et les méthodes très autoritaires tranchent avec l’attitude bienveillante qui semble de mise chez les autres professeurs. Lorsque Nusa, leur ancienne professeur principale, une femme pleine d’empathie pour ses élèves et sur le point de partir en congé de maternité, est venue présenter cet homme austère à la classe que va suivre le film, on a senti qu’une incompréhension allait vite s’installer. Une incompréhension qui va déboucher, de la part de la classe, sur une accusation gravissime : pour les élèves de cette classe, Robert Zupan est le responsable du suicide de Sabina. D’escalades verbales en maladresses venant aussi bien de l’« accusé » que des élèves, des professeurs, de la psychologue du lycée et des parents, le ton va monter et une guerre de tranchée va s’installer au cœur de l’établissement.

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Le cinéma a souvent exploré le monde de l’éducation scolaire mais peu de films ont montré de façon aussi juste et honnête que L’Ennemi de la classe les problèmes qui ne manquent pas d’exister entre des jeunes en pleine construction et leurs professeurs, des adultes chargés de leur apporter le savoir dont ils auront besoin tout au long de leur existence. Des problèmes qui, de génération en génération, ne cessent de grandir, toute forme d’autorité apparaissant de plus en plus, à tort ou à raison, comme de l’autoritarisme. Comment gérer au mieux la coexistence entre élèves et professeurs, tel est le thème majeur de l’Ennemi de la classe ? Une grande sévérité ? Une bienveillance pleine de sympathie ? Une des grandes forces de Rok Biček, c’est d’avoir traité ce sujet sans aucun manichéisme, sans chercher à imposer un point de vue aux spectateurs. Certes, Robert Zupan est un homme dont la rigidité passe mal auprès des élèves, il est sans doute parfois injuste et il ne laisse rien passer. Pour lui, le suicide d’une camarade ne peut pas être une excuse pour arrêter de travailler : « La connaissance ignore les influences extérieures. Elle ne vaut que pour elle-même ». Et cette connaissance, c’est ce qu’il doit à tout prix transmettre à ses élèves pour leur permettre d’affronter la vie dans de bonnes conditions. Se considère-t-il comme sévère ? En fait, pour lui, le fait que les autres professeurs chouchoutent et dorlotent les élèves amènent ceux-ci à prendre toute critique, même bienveillante, pour une atteinte à leur liberté. Certes, ce côté rigide et obtus pointe également son nez dans ses rapports avec ses collègues : lorsqu’une professeure d’EPS lui propose d’aller assister avec elle à un concert de musique classique, il la rembarre lourdement en lui demandant si elle, la sportive, n’est pas a priori plus intéressée par « El Clásico », match entre le Real Madrid et le FC Barcelone, que par la musique classique. Certes, lors d’un entretien avec Sabina, il s’est montré dur lorsqu’il a évoqué son niveau en allemand, mais c’était toutefois après l’avoir félicitée pour ses talents de pianiste. Tout cela en fait-il le responsable du suicide de Sabina ? N’y a-t-il pas d’autres causes, une d’entre elles, la plus importante sans doute, étant un problème familial d’une importance primordiale ? N’est-il pas capable, à sa façon, de faire preuve d’empathie pour ses élèves ?

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Si Robert Zupan peut parfois se montrer injuste, que dire des élèves ? Un professeur d’allemand, strict sur la discipline, le voici aussitôt traité de nazi. Leur ancienne professeur principale venant leur parler, appelée à la rescousse pour arrondir les angles, la voilà accablée de reproches, accusée de les avoir abandonnés. Injuste avec Sabina : « quand elle s’est suicidée, elle n’a pas pensé aux autres alors que les autres ne vont jamais cesser de penser à elle ». Injustes entre eux, enfin : le groupe, presque unanime au départ, se fissure petit à petit, et les remarques mesquines fusent de plus en plus. Pas vraiment étonnant dans une classe qui compte aussi bien Primož, un bon élève lèche-bottes, que Nik, un cancre davantage intéressé par ses animations dans la radio du lycée que par ses études. La direction du lycée et les autres profs, dans tout cela ? Pas préparés à affronter le drame qui vient de se dérouler dans leur établissement, en panique face à ses conséquences, ils s’efforcent de bricoler au mieux quelques mesures, parfois bien venues, parfois maladroites. Et ce n’est sûrement pas la psychologue du lycée, avec ses métaphores « céphalopodiques », qui a la moindre chance d’améliorer la situation ! Quant aux parents, seuls les intéressent le degré de responsabilité de leurs enfants et les risques de renvoi qui en découlent. Tout cela donne bien sûr un tableau bien noir, mais il faut absolument garder en mémoire que la situation que vit ce lycée est très particulière. Comme l’a écrit Thomas Mann, que ne cesse d’évoquer Robert Zupan, « La mort d’un homme est davantage l’affaire des survivants que la sienne ».

Dans une distribution globalement brillante, on remarque tout particulièrement le jeu particulièrement juste d’Igor Samobor dans le rôle de Robert Zupan, ainsi que celui de dans le rôle de Nusa. On s’amusera aussi à retrouver un Olivier Gourmet qui aurait rajeuni de 30 ans sous les traits de Nik, interprété par . Quant à la réalisation de Rok Biček, elle suit la plupart des « vœux de chasteté » du Dogme95, si cher à Lars Van Trier et à Thomas Vinterberg il y a une vingtaine d’années, en particulier en ce qui concerne la musique : « aucune musique ne doit être utilisée à moins qu’elle ne soit jouée pendant que la scène est filmée ».

Et maintenant, si le cœur vous en dit, un supplément d’informations est disponible dans la critique écrite par Tobias au moment de la sortie en salle de ce beau film.

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Le DVD

[4.5/5]

La grande qualité de L’Ennemi de la classe aurait pu suffire à faire de ce DVD, édité par Rimini Editions, un achat très recommandable. Il l’est plus encore grâce aux trois suppléments qui sont proposés. Tout d’abord, deux courts-métrages qui nous mettent en contact avec les premiers pas de Rok Biček dans le cinéma de fiction et qui nous permettent, ce faisant, de mieux appréhender son univers. Le premier, Day in Venice, raconte comment un père, obligé pour une fois de s’occuper de son fils trisomique, prend conscience de ce que peut être la paternité et du bonheur qu’elle peut apporter. Le second, La chasse aux canards, a également pour thème la paternité, mais cette fois vue par des fils qui ne supportent plus le comportement de leur père. Datant respectivement de 2009 et de 2010, d’une longueur de 19 minutes pour le premier et de 23 minutes pour le second, ces deux courts-métrages montrent déjà les qualités qu’affiche Rok Biček pour raconter une histoire. On en retiendra tout particulièrement deux : la façon intelligente dont il utilise les non-dits ; sa façon d’installer une tension tout au long de ses films, grâce, en particulier au doigté dont il fait preuve dans le montage. On remarquera par ailleurs qu’entre le thème de la paternité et celui de la transmission du savoir par des professeurs, il y a une certaine … parenté. Le troisième supplément ne dure que 5 minutes mais n’en est pas moins intéressant pour autant : intitulé Le 2014, ce court documentaire permet de faire connaissance avec une récompense cinématographique qu’on connait peu, le Prix Lux, attribué chaque année par un jury formé par les députés européens. En 2014, L’Ennemi de la classe faisait partie du trio sélectionné pour être présenté à ce jury aux côtés de Bande de filles et de Ida. Après un passage auprès de spectateurs du Festival d’Arras, où ces trois films ont été projetés dans le cadre de l’édition 2014, Le Prix Lux 2014 nous fait entrer, en présence du réalisateur, dans le lycée slovène dans lequel a été tourné L’ennemi de la classe. C’est là qu’on apprend que ce lycée est celui dans lequel Rok Biček a étudié et que son film a été inspiré par une histoire tragique qui s’y est déroulée. Une remarque à méditer : pour Igor Samobor, l’interprète de Robert Zupan, la différence importante qui existe entre le cinéma européen et le cinéma américain réside dans le fait que, dans le premier, l’histoire que raconte le film est toujours la métaphore d’autre chose alors que, dans le second, seule l’histoire compte. Une généralisation sans doute discutable mais, après tout, pas totalement infondée.

Sinon, la plage d’accueil du DVD propose l’accès direct au film, sans passer par une case « versions » : seuls, Dolby Digital 5.1 et version originale (slovène et allemand) sous-titrée sont au menu. Après tout, c’est suffisant ! L’image ? Excellente qualité : bon rendu des couleurs, bon piqué, belle lumière. Le son ? Pas de recherche d’effets particuliers dans ce film et on ne rencontre aucun problème.

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