Test DVD : La ferme des animaux – Édition Collector

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La ferme des animaux

Royaume-Uni : 1954
Titre original : Animal farm
Réalisation : John Halas, Joy Batchelor
Scénario : John Halas, Joy Batchelor
Acteurs (VO) : Maurice Denham, Gordon Heath
Éditeur : Malavida Films
Durée : 1h09
Genre : Animation
Date de sortie cinéma : 22 décembre 1993
Date de sortie DVD : 26 août 2020

Lassés des mauvais traitements, les animaux de la Ferme du manoir se révoltent contre Mr Jones, le fermier. Ils le chassent et proclament une nouvelle société où tous les animaux sont égaux. Mais quelques uns dans la ferme décident bientôt que certains sont plus égaux que d’autres…

Le film

[5/5]

Un film majeur

La ferme des animaux, réalisé en 1954 par John Halas et Joy Batchelor, est un film important à plusieurs niveaux. Déjà, il est à noter qu’il s’agit du premier long-métrage britannique d’animation distribué en salles. Adaptation fidèle du roman de George Orwell, il s’agit également du premier dessin animé ouvertement « sérieux », non destiné aux enfants, alors que jusqu’ici, le genre était plutôt marqué par le succès des productions Disney, empreintes d’optimisme et de gaieté, et s’adressant clairement aux enfants.

La ferme des animaux est donc basé sur le livre éponyme de George Orwell : il s’agit d’un récit plutôt sombre, une fable amère développant une réflexion assez dure sur les méfaits du totalitarisme et sur la lutte des classes en utilisant une ferme comme métaphore de la Russie communiste. Pour la petite histoire, il se trouve que le film de Halas et Batchelor avait été commandé et financé en grande partie par la CIA à des fins de propagande dans le cadre de l’opération Mockingbird, qui visait à influencer les médias des États-Unis et de pays étrangers afin de décrédibiliser le communisme.

Vive les quadrupèdes ! A bas les bipèdes !

Ainsi, si comme on l’a dit plus le gros de l’histoire imaginée par Orwell se retrouve à l’écran de façon assez fidèle (à quelques petits détails près), La ferme des animaux version Halas & Batchelor porte tout de même les stigmates de la CIA dans le sens où, mis à part le final optimiste (en contradiction avec l’esprit du roman), un autre gros changement a tout de même été opéré par rapport au récit d’Orwell : le film ne montre en effet la corruption que du côté des cochons (qui représentent le communisme), alors que celle touchant les humains (représentant le capitalisme) est complètement laissée de côté.

Pour autant, La ferme des animaux demeure, plus de 65 ans après sa sortie dans les salles, un morceau de pellicule toujours aussi impressionnant. Un film sérieux, à message, qui ravira à coup sûr les adultes, mais qui n’exclut pas non plus les enfants, qui seront tantôt effrayés, tantôt fascinés, par les rebondissements du film. Ainsi, afin d’attirer le public familial, Halas & Batchelor opèrent tout de même quelques concessions, affichant de petites fioritures de charme, des animaux mignons tout plein et des gags amusants à la Disney – mais ces allures de comédie mignonne ne serviront qu’à faire passer la pilule d’un long métrage socialement conscient, n’hésitant pas à verser occasionnellement dans la cruauté (la mort de Boule de suif) afin de délivrer de la façon la plus efficace possible son puissant message.

L’héritage du film

Visuellement, La ferme des animaux s’impose également comme une très belle réussite : l’animation est soignée, les dessins et les paysages en arrière-plan sont pleins de détails, et la terreur véhiculée par les plans expressionnistes mis en scène par John Halas et Joy Batchelor s’avère vraiment remarquable. Du côté des personnages humains, le trait est graphiquement un peu plus agressif, préfigurant les voyous un peu plus grossièrement dessinés que l’on pourra retrouver dans Les 101 dalmatiens (1961) et Les Aristochats (1970) chez Disney.

Par sa tonalité très sombre et désespérée, La ferme des animaux a également ouvert la voie à de futurs longs métrages d’animation destinés à un public adulte, et marqués par une noirceur et une violence très accentués : on pense bien sûr à l’œuvre de Martin Rosen, et à ses très marquants et dérangeants La folle escapade (1978) et The plague dogs (1982).

La collection « Malavida Collector »

Distributeur / éditeur indépendant étant parvenu à trouver sa place sur le marché français il y a un peu moins de vingt ans, Malavida Films propose avec régularité aux cinéphiles de se replonger dans de véritables classiques du Septième Art. Riche de ces années de travail et de passion, l’éditeur a décidé début 2020 de nous proposer une nouvelle collection de DVD, sobrement intitulée « Malavida Collector ». Cette collection réunira donc les films qui ont marqué l’histoire de Malavida dans des éditions DVD restaurées et limitées à 1000 exemplaires. Une telle initiative est forcément à soutenir, surtout à une époque où le marché de la vidéo « physique » se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Les films proposés par l’éditeur dans la collection « Malavida Collector » seront probablement appelés à devenir de véritables références en termes de qualité de transfert et de suppléments. Outre les masters restaurés, chaque titre de la collection sera présenté dans un superbe Digipack au design soigné, bénéficiant d’une nouvelle affiche dessinée par le talentueux Fabrice Montignier. De ce fait, chaque nouveau titre s’intègre parfaitement dans la charte graphique de la collection – une cohérence éditoriale qui ravira les collectionneurs.

Chaque DVD de la collection « Malavida Collector » comportera également des bonus inédits, ainsi qu’un livret inédit de 20 pages. Le packaging et le soin apporté aux finitions de ces éditions en font de véritables références en termes de qualité. Chaque DVD de la collection « Malavida Collector » s’impose donc comme un bel objet de collection que vous serez fier de voir trôner sur vos étagères.

A ce jour, la collection « Malavida Collector » compte neuf titres prestigieux : La ferme des animaux (John Halas, 1954), Kanal (Andrzej Wajda, 1957), Walkover (Jerzy Skolimowski, 1965), Éclairage intime (Ivan Passer, 1965), Trains étroitement surveillés (Jirí Menzel, 1966), Le départ (Jerzy Skolimowski, 1967), Les petites marguerites (Věra Chytilová, 1966), Joe Hill (Bo Widerberg, 1971) et Rêves en rose (Dusan Hanák, 1977). Pour connaître et commander les joyaux issus de cette magnifique collection, on vous invite à vous rendre au plus vite sur le site de l’éditeur.

Le DVD

[5/5]

Les (nombreux) amateurs de ce petit trésor de film d’animation qu’est La ferme des animaux seront probablement ravis de revoir sortir le film dans une édition DVD Collector, même si bien sûr les chefs d’œuvre de la collection « Malavida Collector » mériteraient tous de se voir distribués en Haute-Définition. Mais estimons-nous déjà heureux d’avoir l’opportunité de redécouvrir le film de John Halas et Joy Batchelor dans des conditions optimales, et remercions-en Malavida. Afin de rendre hommage au travail épatant des équipes ayant œuvré sur le film, l’éditeur nous livre d’ailleurs une galette DVD purement et simplement irréprochable. La définition, les couleurs et les contrastes sont au taquet, composant intelligemment avec les limites d’un encodage en définition standard. Côté son, VO et VF d’origine sont proposées en Dolby Digital 2.0, et les deux versions nous proposent un mixage solide, clair et parfaitement équilibré. On notera bien sûr que le personnage de Napoleon, l’odieux leader des cochons, a été rebaptisé César dans la version française – on ne touche pas impunément aux héros français, môssieur !

Du côté des suppléments, on trouvera sur la galette un intéressant portrait de John Halas (12 minutes), qui sera d’ailleurs suivi d’un portrait de Joy Batchelor, son épouse (4 minutes). Le reste des suppléments est tiré de la précédente édition DVD Collector du film, datant de 2005 : un commentaire audio de l’historien Brian Sibley (VOST), un making of rétrospectif rempli d’extraits des courts-métrages de Halas & Batchelor (26 minutes), un entretien avec John Halas (12 minutes), une galerie musicale composée d’images du storyboard peintes (26 minutes) ainsi qu’une poignée d’esquisses et de photos commentées (8 minutes). Sur la partie ROM du DVD, on trouvera par ailleurs une bande dessinée tirée du film en PDF (27 pages, en anglais).

Mais ce n’est pas tout, puisque Malavida nous offre également un livret de 20 pages assez formidable, prenant la forme d’un journal revenant sur la révolte des animaux évoquée dans le film. En anglais.

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