Test DVD : La cacophonie du Donbass

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La cacophonie du Donbass

Ukraine : 2018
Titre original : Kakofoniya Donbasu
Réalisation : Igor Minaiev
Scénario : Igor Minaiev
Éditeur : Rimini Editions
Durée : 1h02
Genre : Documentaire
Date de sortie : 27 mars 2019
Date de sortie DVD : 18 mai 2022

Un film qui analyse la construction du mythe du Donbass, à l’aide d’archives de films documentaires et de fiction. Le sujet du film explore deux niveaux. Le premier est la vie quotidienne vue par par la propagande soviétique, et le Donbass comme vitrine idéologique. Le second est la vie réelle, cachée des regards inquisiteurs. Le film utilise des images d’archive et des entretiens d’habitants du Donbass, témoins puis victimes de l’agression russe. De ce qui devait être une symphonie de bonheur et de bien-être, ne sont restées que déception et manipulation. La symphonie du Donbass est devenue la cacophonie du Donbass.

Le film

[3/5]

Situé à l’est de l’Ukraine, au nord de la mer d’Azov, le Donbass, avec sa superficie d’un peu plus de 60 000 km2, semble de plus en plus devenir le point névralgique de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Une guerre qui prolonge celle qui avait commencé au printemps 2014 et qui avait donné naissance à 2 états sécessionnistes de l’Ukraine, non reconnus par la majorité de la communauté internationale, la république populaire de Donetsk et la république populaire de Louhansk (transcription du nom ukrainien) ou de Lougansk (transcription du nom russe). Le fait que la Russie ait reconnu officiellement l’indépendance et la souveraineté de ces 2 états sécessionnistes le 21 février 2022, soit 3 jours avant de commencer l’envahissement de l’Ukraine, est particulièrement révélateur. Force est de reconnaître que, pour nous qui vivons à l’ouest de l’Europe, à 2500 kilomètres de cette région, il est très difficile de comprendre toutes les raisons qui ont donné naissance à ces conflits. Le cinéma a-t-il la possibilité d’apporter quelques lumières sur le sujet ? En septembre 2018, le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa avait donné sa vision de la situation du moment dans un film de fiction intitulé Donbass. La même année, Igor Minaiev, autre réalisateur ukrainien a donc réalisé un documentaire, La cacophonie du Donbass, qui, sur la durée très courte d’à peine plus d’une heure, s’efforce de relier deux périodes de l’histoire du Donbass, la période soviétique entre 1930 et 1990, et la période actuelle.

La période soviétique est surtout dépeinte au travers de films d’archive, des films de propagande dont beaucoup en format 4/3 dans un très beau noir et blanc, des films vantant l’ardeur au travail des mineurs du Donbass et la qualité de vie de ces mineurs et de leurs familles, alors que la période actuelle fait surtout appel à des interviews en format 16/9 et en couleur de journalistes, d’un peintre et photographe, d’un médecin et d’une esthéticienne, témoins ou victimes du conflit. La première partie s’avère la plus réussie, avec, en particulier, tempérés par les commentaires dits en voix-off par le comédien Jean-Louis Garçon, des extraits de La symphonie du Donbass, un documentaire réalisé en 1930 par le réalisateur Dziga Vertov à la gloire des travailleurs soviétiques et qui a donné naissance au mythe du Donbass, l’assez longue évocation d’Alekseï Stakhanov, ce héros du travail socialiste, qui aurait, le 31 août 1935, extrait 102 tonnes de charbon en 6 heures, alors que la norme était de 7 tonnes, et les grèves des mineurs de 1989 qui ont enfin montré quelle était la véritable vie des mineurs et de leurs familles, très différente de ce qu’avaient montré jusque là les films de propagande. Mais, me direz vous, y a-t-il quelque part dans ce film, réalisé bien avant la tentative d’envahissement de l’Ukraine par la Russie, au moins un élément qui permette de comprendre comment La symphonie du Donbass s’est transformée en cacophonie du Donbass ? Eh bien oui : si on écoute bien, on apprend que, durant la période soviétique, le déficit de main d’œuvre locale a entrainé un afflux de mineurs en provenance d’autres républiques soviétiques, la grande majorité d’entre eux étant russophones, entrainant la création d’un creuset de séparatistes et donnant un prétexte à la Russie pour les défendre face au régime ukrainien qui persécuterait les populations russophones.

Le DVD

[3.5/5]

Ce DVD édité par Rimini Editeurs présente une très bonne qualité d’image, tout particulièrement pour les films d’archive en noir et blanc, parfaitement rendus. Le son est de type stéréo Dolby et on entend 3 langues : le russe et l’ukrainien, sous-titrés en français, et le français pour assurer les commentaires des images via la voix de Jean-Louis Garçon. Le seul supplément présent sur le DVD est sans grand intérêt : la bande-annonce du film. Par contre, accompagnant la galette, on trouve dans le boitier un livret de 12 pages reproduisant le dossier de presse utilisé pour la sortie du film au cinéma.

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