Test DVD : Je suis Femen

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Je suis Femen

 

Suisse : 2014
Titre original : Je suis Femen
Réalisateur : Alain Margot
Scénario : Alain Margot
Acteurs : Anna Hutsol, Oksana Chatchko, Alexandra Chevchenko
Éditeur : Luminor Films
Durée : 1h34
Genre : Documentaire
Date de sortie DVD : 23 avril 2015

 

 

Le réalisateur suisse Alain Margot a filmé pendant trois ans en Ukraine et dans plusieurs pays d’Europe, les interventions du groupe FEMEN. A travers le portrait à la fois intime et politique d’Oxana Shachko, le documentaire retrace, de l’intérieur, le parcours et l’engagement de ces jeunes femmes courageuses qui se sont battues pour la liberté d’expression et la démocratie dans leur pays…

 

 

Le film

[3,5/5]

En suivant Oksana Chatchko durant trois ans au sein(s) du mouvement « Femen », le suisse Alain Margot a pris le parti avec Je suis Femen de se plonger au cœur d’un féminisme d’un nouveau genre, dont le moins que l’on puisse dire est qu’il fait débat. Athée, antireligieux, et surtout volontiers provocateur, le groupe s’est en effet fait connaître en organisant des actions, essentiellement seins nus, le plus souvent dans le but de défendre les droits des femmes, mais également la démocratie, ou afin de lutter contre la corruption, la prostitution ou l’influence des religions…

Maintenant, il est permis de douter du fait que les messages politiques avancés par le mouvement passent forcément mieux seins nus auprès du public. Que Femen obtienne une plus large couverture médiatique garce aux actions topless, que le mouvement crée des émeutes populaires un peu partout où les filles se montrent, tout cela est certes une réalité qui n’est plus à démontrer. Que le fait de défiler seins nus soit un signe fort d’appropriation par la femme de sa propre sexualité est également indéniable. Cependant, quand Anna Hutsol, actuelle présidente et co-fondatrice du groupe, déclare vouloir créer un déclic dans la tête des machos et autres phallocrates par les actions nichons à l’air, on a également le droit de la penser vaguement naïve. « Ils se demandent : Pourquoi cet objet sexuel proteste ? J’en vois dans les pornos, dans les magazines, les journaux, dans mon lit ou dans la cuisine. Mais je ne suis pas habitué à voir un objet sexuel protester. » confie-t-elle dans Je suis Femen. Au vu des défilés de zozos se déplaçant l’écume aux lèvres et autres adolescents en rut se ruant tous portables dehors aux trousses des jeunes femmes lors des quelques actions filmées par Alain Margot pour le film, on doute franchement que ce genre d’instrumentalisation du message fasse avancer le schmilblick dans le bon sens.

Dans le même état d’esprit, quand le réalisateur décide de montrer dans le documentaire, d’une façon explicite et vaguement complaisante, la jeune Oksana Chatchko, fraichement sortie de prison, rentrer chez elle afin de se doucher, on comprend bien qu’il s’agit pour elle une façon de se purifier après deux semaines passées dans l’enfer des prisons russes. Mais on n’est pas sûr qu’il ne s’agisse pas là non plus d’une mise en scène d’un corps-objet, un peu douteuse et pas forcément très valorisante pour l’image de la femme.

Là où Femen réussit son coup, c’est qu’à chaque fois, les deux discours antagonistes se tiennent. Montrer une femme nue, la réduire à l’état d’objet, peut aussi être une dénonciation de cet état de fait, de la même façon que défiler dans des tenues de soubrettes provocantes devant chez DSK. Le débat n’est donc pas là de s’arrêter. S’il passe encore quelques aspects du mouvement un peu trop sous silence (notamment leurs sources de financement, que l’on sait provenir de personnes ou groupes aux prises de position socio-politiques extrêmement diverses), Je suis Femen aura au moins le mérite de laisser largement la parole à ces jeunes femmes en colère, dont la plupart sont aujourd’hui réfugiées politiques dans divers pays d’Europe.

 
 

Le DVD

[4/5]

Excellent éditeur français, Luminor Films continue sur sa lancée d’excellents titres DVD avec ce documentaire qui ne plaira pas à tout le monde. Le DVD nous propose une image bien définie et sans problème particulier, même si naturellement il s’agit d’un documentaire. Le dossier de presse annonce un mixage son en Dolby Digital 5.1, mais la galette test (non finalisée) que nous avons eu entre les mains pour le test ne proposait qu’un Dolby Digital 2.0 propre et sans bavure.

Du côté des suppléments, Luminor Films nous propose de découvrir d’avantage d’images de manifestations inédites : à Tchernobyl, au Forum de Davos et enfin à Paris, devant le domicile de Dominique Strauss-Kahn. « FEMEN infrarouge » est un reportage intéressant sur les activistes Femen, et on trouvera également deux clips « promo » sur le mouvement, probablement issus de leur site Internet. Mais les bonus les plus passionnants de la galette sont en fait les entretiens avec Oksana Chatchko et Alain Margot par le journaliste Mehdi Farhat. Enregistrées à Paris début 2015, ces interviews reviennent sur certains points non abordés par le film, et font le lien avec les événements tragiques survenus en début d’année : Je suis Femen / Je suis Charlie, même combat ? En tous cas, on leur trouvera le même goût pour la provocation, et un combat similaire pour la liberté d’expression.

 

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