Test Blu-ray + DVD : Benny & Joon

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Benny and Joon

États-Unis : 1993
Titre original : –
Réalisation : Jeremiah S. Chechik
Scénario : Barry Berman
Interprètes : Johnny Depp, Mary Stuart Masterson, Aidan Quinn
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h35
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie cinéma : 21 juillet 1993
Date de sortie BR/DVD : 18 novembre 2020

Depuis la mort accidentelle de leurs parents, Benny s’occupe de sa sœur Joon, fragile et asociale, sujette à des accès de rage et de violence qui font fuir leur entourage. L’arrivée de Sam, jeune illettré presque muet qui a adopté les manières et le costume de Buster Keaton, va bouleverser la vie du frère et de la sœur. 

Le film

[3,5/5]

Jeune femme vivant à Spokane, dans l’état de Washington, Juniper Pearl, Joon pour les intimes, passe son temps à peindre et à lire. A mettre le feu aussi, ajoute son frère Benjamin. Et il sait de quoi il parle, Benny : il sait que sa sœur souffre d’une maladie mentale qui peut l’amener à être dangereuse pour elle-même ou pour son entourage, il sait qu’il est impératif que quelqu’un puisse surveiller ses faits et gestes 24 heures sur 24. Il sait aussi que le comportement parfois violent de Joon a fait fuir les unes après les autres les différentes auxiliaires de vie qu’il avait engagées pour s’occuper d’elle. Car si, depuis qu’il a choisi de prendre soin de Joon à la suite du décès de leurs parents dans un accident de voiture, il a sacrifié sa vie personnelle, il s’est refusé à avoir une vie sentimentale, il est même allé jusqu’à refuser systématiquement les invitations à diner lancées par de charmantes clientes,  Benny, étant propriétaire d’un garage, doit laisser la garde de sa sœur à une tierce personne lorsqu’il est au travail. Il y aurait bien sûr la solution consistant à placer Joon dans un établissement spécialisé, il y pense, mais la décision est difficile à prendre tellement il appréhende la réaction de sa sœur. Et puis, un beau jour, alors que Benny a confié la garde de Joon à des amis, la voilà qui perd gros dans une de ces parties de poker très spéciales qui, souvent, occupent leurs loisirs : Mike, celui qui a gagné, exige que Benny et Joon accueillent chez eux son cousin Sam qui, dit-il, ne cesse de lui pourrir la vie. Sacré personnage que ce Sam : totalement excentrique, un look à mi chemin entre Charlot, Buster Keaton et Harold Lloyd, un don exceptionnel pour le mime lui permettant de reprendre certaines scènes de leurs filmographies, une écriture malhabile et des fautes d’orthographe à foison. Véritable imbécile heureux ou dissimulateur, le doute est permis ! Sam peut-il devenir le nouvel auxiliaire de vie de Joon, voire même un peu plus ? Benny pourra-t-il entamer un nouvel épisode de son existence, pourquoi pas aux côtés de Ruthie, une jeune femme qui a essayé de percer à Hollywood et qui travaille dorénavant dans un fast food de la ville ?

Pour qui connait ses classiques du cinéma muet, Benny and Joon apporte de sympathiques clins d’œil : en plus de la tenue et de la dégaine de Sam, qui le place quelque part entre Charlie Chaplin et Buster Keaton, on retrouve « la danse des petits pains », en provenance de La ruée vers l’or de Charlie Chaplin, le sketch du mouchoir collé (Harold Lloyd dans ça t’la coupe), et des scènes plus ou moins acrobatiques que le réalisateur est allé chercher chez Buster Keaton. Il n’est peut-être pas inutile de préciser que Barry Berman, le scénariste avait été clown dans une vie antérieure. Toutefois, Benny and Joon n’est pas qu’une comédie loufoque, loin de là : c’est aussi une comédie sentimentale et un film dans lequel chacun des personnages principaux a une fêlure particulière. Pour Joon, c’est particulièrement évident : une artiste schizophrène qui peut se retrouver à un carrefour en train de régler la circulation affublée d’un masque et d’un tuyau de plongée, avec une raquette de ping pong à la main. D’un autre côté, elle souffre d’être trop maternée et de devoir sans arrêt suivre les décisions prises par d’autres. Par son frère, en particulier, un homme dont on arrive à se demander s’il ne fait pas tout pour maintenir sa sœur dans la situation de dépendance qui est la sienne afin de ne pas avoir de questions à se poser sur sa propre existence et, en particulier, sur d’éventuels élans de son cœur. Et Sam, son excentricité, son mutisme et, qui sait, un côté dissimulateur ? Est-il vraiment intellectuellement déficient ou bien fait-il semblant ? Une scène apporte le trouble à ce sujet : alors qu’on l’a vu écrire à sa mère de la main gauche, très maladroitement et en accumulant les fautes d’orthographe, on le retrouve devant remplir une fiche pour postuler à un emploi. Dans un premier temps, il s’apprête à écrire de la main droite, puis, sentant qu’on le regarde, il se ravise et il écrit maladroitement son prénom de la main gauche. Quant à Ruthie, c’est sans doute la plus « normale » des 4, sa fêlure à elle étant de ne pas avoir réussi à se faire une place à Hollywood.

Les 4 personnages principaux sont tous plutôt jeunes et les comédiens et les comédiennes qui les interprètent le sont donc aussi. Johnny Depp avait 29 ans lorsqu’il a interprété le rôle de Sam dans Benny and Joon, un film qui se situe entre Arizona Junior et Gilbert Grape dans sa filmographie. Il est tout à la fois beau, drôle et émouvant, ce qu’on peut résumer par « prodigieux ». Mary Stuart Masterson avait 26 ans lorsqu’elle a interprété le rôle de Joon, mais, ayant commencé à tourner dès l’âge de 10 ans, elle avait déjà une filmographie conséquente lors du tournage. Sans surjouer, elle compose parfaitement les différentes facettes de son personnage. Agée de 32 ans, Julianne Moore avait davantage tourné dans des séries que dans des films de cinéma lorsque le rôle de Ruthie lui a été proposé. Quant à Aidan Quinn, le plus âgé des 4, 33 ans au moment du tournage, le rôle de Benny lui va comme un gant.

Le DVD

[4/5]

La sortie en DVD de Benny and Joon n’est pas une première. Ce qui, par contre, est une première, c’est le fait qu’il s’agit, cette fois ci, d’une sortie en haute définition. Une façon, en quelque sorte, de rendre hommage à John Schwartzman, le Directeur de la photographie, en permettant d’accéder à une plus grande fidélité dans le rendu des images de ce film, tourné (1993 !) en pellicule. Très loin d’une image aux couleurs criardes, on retrouve bien, au contraire, les côtés intemporel et conte de fée qui étaient recherchés. Le film est visible en VF et en VO sous-titrée en français, en Dolby Digital 2.0. La version originale est également disponible en Dolby Digital 5.1.

Concernant les suppléments, il faut reconnaître qu’on n’est pas forcément attiré par l’intitulé suivant : « Essais filtres, costumes et maquillages« . Eh bien, si c’est le cas, on a tort ! Ce supplément de 19 minutes est en fait particulièrement intéressant car, pour une fois, il donne la parole au Directeur de la photographie d’un film. En 19 minutes, John Schwartzman nous explique, exemples visuels à l’appui, quel a été son rôle avant et pendant le tournage de Benny and Joon. Un rôle extrêmement important : si on peut comparer le rôle d’un réalisateur à celui d’un général, celui du Directeur de la photographie, également appelé Chef Opérateur, s’apparente, au minimum, à celui d’un colonel, ayant, pour le seconder, un certain nombre d’assistants, qui pour la lumière, qui pour les déplacements de caméra, etc. Avez vous déjà eu conscience de la difficulté qu’il pouvait y avoir à résoudre les difficultés suivantes : comment arriver à donner une cohérence lumineuse à une scène qui dure 90 secondes mais dont les différentes prises de vue s’étalent de 7 heures du matin à 18 heures, à une autre où il faut donner l’impression d’un temps magnifique alors que, dans la réalité, il est particulièrement maussade ? Oui, c’est un supplément vraiment passionnant pour tous les cinéphiles !

Un peu plus anecdotique est le supplément de 5 minutes consacré à deux scènes coupées. L’intérêt de ce supplément réside surtout dans le fait que c’est le réalisateur lui-même qui explique les raisons de ce choix. Quant au 3ème supplément, il s’agit du clip de la chanson « I’m gonna be (500 miles) » du groupe écossais The Proclaimers. Une chanson qui avait obtenu un franc succès dans divers pays du Commonwealth lors de sa sortie en 1988 et qui, grâce au film, a été propulsée à la 3ème place des charts américains en 1993.

Le Blu-ray

[4/5]

Côté Blu-ray, le boulot effectué par Rimini Éditions nous propose en effet une copie de toute beauté, respectueuse du léger grain d’origine, avec un ensemble très doux mais un piqué gagnant en précision (autant sur les gros plans que sur les nombreux plans d’ensemble) et des couleurs qui marquent également une nette amélioration par rapport au DVD. Côté son, nous avons droit à un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 en VO comme en version française, mais on vous conseillera plutôt de vous pencher sur la version originale – pas tellement pour son mixage qui n’apporte que peu de différences acoustiques avec son équivalent francophone, mais bel et bien pour des raisons artistiques, les prestations conjointes de Johnny Depp, Aidan Quinn, Mary Stuart Masterson et Julianne Moore valant vraiment la peine d’être découvertes dans la langue où elles ont été tournées. Si la présence d’une piste son multicanal n’est pas indiquée sur la jaquette, on trouvera néanmoins bel et bien la version originale en DTS-HD Master Audio 5.1. Ce mixage fait le boulot en termes de dynamisme et de spatialisation, facilitant encore l’immersion du spectateur au cœur du film.

Dans la section suppléments, pas de surprises : on retrouve les suppléments présents sur l’édition DVD et évoqués juste au-dessus.

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