Test DVD : Bad Education

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Bad Education

États-Unis : 2019
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur : /
Durée : 1h44
Genre : Drame
Date de sortie DVD : 15 septembre 2020

et règnent sur un district scolaire prisé de Long Island. Bientôt, un scandale de détournement de fonds d’écoles publiques menace tout ce qu’ils ont construit. Frank est obligé de maintenir l’ordre et le secret par tous les moyens…

Le film

[4/5]

Derrière chaque nouvelle « affaire », chaque nouveau scandale ou chaque nouvelle controverse, il y a un jour eu un « lanceur d’alerte » : une personne ou un groupe de personnes qui, ayant connaissance d’un danger, adresse un signal d’alarme afin d’enclencher un processus de régulation ou de mobilisation collective. Snowden, Seule contre tous, Erin Brockovich, The informant, Pentagon papers, La fille de Brest, Au nom des femmes…. Depuis le tournant de l’année 2000, la liste des films inspirés par le phénomène des lanceurs / lanceuses d’alerte ne cesse de s’allonger.

A de très rares exceptions près, le principal intérêt de ces adaptations plus ou moins romancées de faits réels n’est pas d’ordre purement cinématographique – leur valeur tient surtout dans le courage et les prises de position que véhicule la mise en chantier d’un projet dénonçant telle ou telle affaire, qu’elle soit d’État ou dénonçant des entreprises privées. C’est un peu l’idée de la « double peine » : après avoir secoué une première fois l’opinion publique – bien souvent à petite échelle – le film sur le lanceur d’alerte en remettra encore une couche, en revenant de façon didactique sur les tenants et aboutissants de l’affaire, sur le courage de ces personnes de l’ombre, ainsi que sur la façon dont les choses se sont finalement terminées. Un bon film de ce genre doit indigner le spectateur, et provoquer l’empathie pour le lanceur d’alerte, nouvelle figure du martyr contemporain.

Produit par Automatik, Sight Unseen et Slater Hall, puis acquis et distribué par HBO, Bad Education s’inscrit dans cette veine du film de lanceur d’alerte. Le film évoque en effet une affaire ayant défrayé la chronique aux États-Unis : le détournement de 11,2 millions de dollars par Frank Tassone, administrateur en chef pour le district scolaire de Long Island, et Pamela Gluckin, surintendante adjointe, sur une période s’étalant de 1996 à 2004. D’une façon très étonnante, cette affaire de détournement de fonds publics a été révélée au grand jour par Rebekah Rombom pour le Hilltop Beacon, le journal du lycée de Roslyn, avant d’être reprise par les médias nationaux et d’obtenir un retentissement plus large.

Dans Bad Education, Rebekah Rombom deviendra Rachel Bhargava, interprétée par Geraldine Viswanathan. Elle est la lanceuse d’alerte de cette histoire, et les séquences la suivant « enquêter » sur les comptes de l’administration scolaire comptent sans aucun doute parmi les plus réussies et les plus fascinantes du film. Son courage et sa ténacité sont soulignées avec un grand respect par le scénario de Mike Makowsky, lui-même ancien élève du lycée Roslyn.

Pour autant, et malgré tout le soin apporté à la révélation des magouilles de Frank Tassone, il semble que l’intérêt du réalisateur de Bad Education Cory Finley se situe bien ailleurs. Attiré par la dissimulation et les multiples visages du « mal » – comme le montrait déjà son premier film Pur-sang – le cinéaste développe en effet une véritable fascination pour le personnage de Frank Tassone et son interprétation magistrale par Hugh Jackman. Son personnage flamboyant est ainsi beaucoup mieux « traité » d’un point de vue narratif que celui de Pamela Gluckin, dont les motivations paraissent uniquement animées par la cupidité – alors même qu’elle a en réalité détourné trois fois moins d’argent que Tassone. Erigé à l’écran en grand gourou d’une secte de plusieurs milliers de personnes (employés, élèves, opinion publique), Hugh Jackman explose littéralement dans la peau de Tassone. Il crève l’écran, bouffe sans le moindre problème tous les autres acteurs, il n’y a plus que lui. D’ailleurs, le traitement infligé par Cory Finley et son scénariste Mike Makowsky à la « réalité » montre bien à quel point ils ont transformé Tassone / Jackman en personnification du vice : le film n’évoque jamais les vingt-six autres employés de l’administration scolaire ayant également profité de ces détournements à un niveau ou à un autre – seul compte le personnage de Hugh Jackman, son élégance démoniaque, son don pour le mensonge et la manipulation.

Néanmoins, on ne peut que féliciter les auteurs de Bad Education d’avoir su prendre quelques libertés avec la réalité : à cause du respect à avoir vis à vis des victimes et de l’exposition des faits, le genre du film dédié aux affaires et aux lanceurs d’alertes peinent généralement un peu à dépasser le statut de simple « illustration », comme si on était en présence de ce qu’on pourrait appeler – de façon certes un peu réductrice – du « cinéma Wikipédia ». Un écueil ici assez brillamment évité par Cory Finley, même si bien sûr des modifications ont été apportées aux événements à des fins « cinématographiques ». Le « vrai » Frank Tassone estime ainsi que Bad Education s’avère fidèle à la réalité des faits dans une fourchette allant de 40 à 50%. On peut probablement lui faire confiance, ce type est plutôt doué avec les chiffres…

A la fin du film, la traditionnelle série de panneaux informatifs ajoutent quelques précieuses informations sur l’affaire, jugée en 2006. On apprend donc que Pamela Gluckin, qui a admis avoir détourné 4,3 millions de dollars, a écopé d’une peine de « 3 à 9 ans » d’emprisonnement. Frank Tassone a quant à lui été accusé d’un détournement de 2,2 millions, et a été condamné à « 4 à 12 ans » de prison. On apprend également qu’un « vide juridique » lui permet toujours de toucher sa pension de retraite, qui s’élève à 173 495 dollars par an.

On notera, pour compléter ces informations, que Pamela Gluckin est sortie de prison en 2011, et touche actuellement la moitié de sa retraite, soit environ 21 000 dollars par an. L’autre moitié est versée au district scolaire dans le cadre du remboursement des fonds qu’elle a volés. Frank Tassone est sorti de prison en 2010, et touche à priori sa pension complète grâce à sa carrière dans l’enseignement, car la constitution de l’État de New York garantit que les prestations de retraite des employés publics ne peuvent être diminuées ou supprimées, même pour les criminels condamnés.

Le Blu-ray

[4/5]

Bad Education est sorti en DVD le 16 septembre dernier chez HBO / Warner bros. La photographie du film, soignée mais sans éclat, constitue probablement une des raisons pour lesquelles le film n’a pas vu le jour au format Blu-ray de notre côté de l’Atlantique. Cela dit, on se consolera en profitant de l’opportunité de découvrir le film autrement qu’en VOD ou SVOD. D’autant que le DVD édité par HBO est à l’image de ce que nous offre l’éditeur depuis des années en matière d’encodage sur support à définition standard : définition sans faille, précision de tous les instants, colorimétrie tout à fait satisfaisante, dans les limites naturelles d’un encodage en MPEG-2 bien entendu. Côté son, VF et VO sont proposée dans des mixages Dolby Digital 5.1 tout à fait satisfaisants : la spatialisation se concentre essentiellement sur la restitution des ambiances – le film ne se prête de toute façon pas réellement à la démonstration technique.

Côté suppléments, on trouvera trois featurettes qui, mises bout à bout, composera un tout petit making of d’un peu plus de 11 minutes. Cela sera l’occasion d’entendre quelques membres clés de la distribution et de l’équipe, comme le réalisateur Cory Finley, les acteurs Hugh Jackman et Allison Janney ou encore le scénariste Mike Makowsky. Les sujets ont probablement été mis en boite durant le « Grand Confinement » de 2020, puisque les intervenants s’expriment tous par webcam.

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