Test DVD : Animerama – Mille et une nuits + Cleopatra

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– Mille et une nuits

 
Japon : 1969
Titre original : Sen’ya ichiya monogatari
Réalisation :
Scénario : , ,
Acteurs (VO) : , ,
Éditeur :
Durée : 2h02
Genre : Animation, Aventures
Date de sortie DVD/BR : 10 juillet 2018

 

 

Premier volet de la série des Animerama, Mille et une nuits est le premier film d’animation pour adultes de l’histoire du Japon. Une réinterprétation psychédélique et sensuelle de l’univers des contes populaires du Moyen Orient. Aladdin, pauvre marchand, devient l’homme le plus riche du monde. Au cours de ses aventures, il rencontre marins, sultans et sirènes…

 

 

Animerama –

 
Japon : 1970
Titre original :
Réalisation : Eiichi Yamamoto, Osamu Tezuka
Scénario : Osamu Tezuka, Shigemi Satoyoshi
Acteurs (VO) : , , Tsubame Yanagiya
Éditeur : Eurozoom
Durée : 1h52
Genre : Animation, Aventures
Date de sortie DVD/BR : 10 juillet 2018

 

 

Trois voyageurs intergalactiques du futur sont ramenés à la cour de l’ancienne reine égyptienne par une machine à remonter le temps, afin de combattre le plan d’une espèce extraterrestre visant à modifier le cours de l’histoire humaine…

 

 

Les films

[4/5]

On regroupe sous le « label » Animerama (contraction de anime, cinerama et drama) une série éphémère de trois long-métrages d’animation japonais réalisés par Eiichi Yamamoto, produits par Osamu Tezuka et son studio Mushi Production entre 1969 et 1973. Mille et une nuits (1969), Cleopatra (1970) et Belladonna (1973) ont donc été mis en chantier en considérant que s’il était difficile à l’époque de faire de l’argent avec des programmes destinés aux enfants et à la famille, il serait peut-être plus lucratif de s’attaquer à une cible jusqu’ici inexploitée : le cinéma d’animation pour adultes. Malheureusement, l’expérience de Tezuka s’est soldée par un échec retentissant, Mushi Production faisant faillite en 1973.

Le plus connu et le plus abouti des trois films est sans conteste Belladonna – il s’agit par ailleurs du seul de ces trois films sur lequel Osamu Tezuka n’a pas travaillé. En revanche, Mille et une nuits et Cleopatra, qui viennent de sortir de sortir au sein d’un joli coffret chez Eurozoom, sont directement issus de l’imagination du papa d’Astro le petit robot, qui les a tous deux co-écrits (voire même co-réalisé dans le cas de Cleopatra).

Comme son titre l’indique, Mille et une nuits est un film exploitant l’imagerie exotique des nuits d’Orient. Ces contes populaires, Tezuka les connait bien puisqu’il signait déjà en 1962 le scénario des Aventures de Sinbad, réalisé par Taiji Yabushita pour la Toei – il prend donc ici le parti de les « réinventer » en les agrémentant légèrement d’érotisme. Parce qu’il faut replacer les choses dans leur contexte : les deux premiers Animerama sont certes un peu coquins, mais ne vous attendez pas à y voir un festival de chibres turgescents pénétrant sans vergogne des vulves et autres anus dilatés – hé, ho, vous vous croyez chez Marc Dorcel ou quoi ? Non, Tezuka et Yamamoto font dans l’érotisme poétique, dans la grivoiserie rabelaisienne, pas dans le Jacquie et Michel – les personnages féminins se baladent certes presque tous seins nus, mais l’animation tend à rendre leurs formes fantaisistes, voir grotesques. Un grotesque qui colle d’ailleurs plutôt bien à l’ambiance des Mille et une nuits et de Cleopatra, qui font dans l’humour populaire et bon enfant, tirant même sur le puéril et le pipi-caca, ou vers la parodie ou le clin d’œil culturel – avec même une apparition dans le second d’Astro le petit robot.

Tout en rondeurs et très proches, par exemple, des premières aventures animées d’Astérix, les dessins et l’animation des deux films se rapprochent beaucoup des conventions de leur époque, et très éloignés des expérimentations formelles et graphiques qu’oserait Eiichi Yamamoto sur Belladonna. Les deux films mélangeaient également à l’occasion les prises de vue réelles et l’animation, créant à l’occasion des effets visuels très amusants : par exemple, les acteurs avec des têtes animées au début de Cleopatra créent une espèce d’incongruité tout à fait remarquable, et un effet assez drôle. Quasiment postmoderne dans son approche de l’humour, Cleopatra nous propose d’ailleurs une large sélection de séquences très habiles et réussies : on pense à la scène de parade afin de fêter le retour de César et Cléopâtre à Rome, qui s’amuse à animer une série d’œuvres emblématiques du vingtième siècle (Degas, Modigliani, Botticelli, Picasso, Bosch…). On pense aussi à la scène de bataille navale vers la fin du film, à base d’inserts parfois absurdes, ou encore à la mort de César, mise en scène dans le style Kabuki… Du grand Art.

En résumé, si les deux premiers films de la franchise Animerama ne valent certes pas le troisième opus de la saga, ils demeurent des longs-métrages vifs, énergiques et plaisant, s’avérant de plus assez drôles. Mais étant donné leur importance historique et leur rareté, on ne peut que remercier Eurozoom de nous permettre de les (re)découvrir presque quarante ans après leur réalisation !

 

 

Le coffret DVD

[5/5]

C’est donc Eurozoom qui nous permet aujourd’hui de voir et revoir à la maison les deux premiers films de la saga Animerama : Mille et une nuits & Cleopatra , qui vient de débarquer dans un joli coffret 2 DVD (également disponible en Blu-ray). On notera déjà le soin apporté au packaging, présenté dans un beau digipack et assez superbement illustré de visuels des deux films. Côté galettes, l’image est d’une précision étonnante malgré quelques imperfections dues au temps, et globalement fait honneur à l’ambition révolutionnaire de ces deux longs-métrages. Les couleurs sont éclatantes, les contrastes n’étouffent pas trop les noirs, et on ne dénote pas de souci de compression majeur : si les quelques éclairages rouge passent un poil plus difficilement, si les arrière-plans laissent par moments apparaître de légers fourmillements, l’éditeur compose parfaitement avec les qualités et les limites d’un encodage DVD. Du beau travail, que vient confirmer la présence de deux mixages Dolby Digital 2.0 en VO, clairs et parfaitement équilibrés, le tout s’affichant bien sûr avec les indispensables sous-titres français.

Dans la section suppléments, on trouvera un passionnant entretien avec Eiichi Yamamoto, au cœur duquel le réalisateur des deux films reviendra, entre autres, sur ses relations changeantes avec Osamu Tezuka, ses méthodes de travail et sur son véritable rôle dans la conception des films. Il s’attardera également sur ses influences (notamment du peintre surréaliste Hans Bellmer), et sur ses problèmes avec le comité de censure, sur la sortie du film au Japon et sur la réception à l’international… Un entretien fleuve, pas forcément aidé par une absence de montage (pas d’extraits des films ou d’illustrations de ses propos) qui peuvent parfois le rendre un peu monotone, mais révélant de nombreuses informations absolument incontournables. On terminera avec les traditionnelles bandes-annonces.

 

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