DVD — 17 octobre 2017
Test Blu-ray : We are the flesh / Blaq Market #07

 
Mexique, France : 2016
Titre original :
Réalisateur :
Scénario : Emiliano Rocha Minter
Acteurs : , Noé Hernández,
Éditeur :
Durée : 1h19
Genre : Horreur, Science-Fiction
Date de sortie DVD/BR : 17 octobre 2017

 

 

Après avoir erré pendant des années dans une ville en ruine à la recherche de nourriture, un frère et sa sœur se réfugient dans un des derniers bâtiments encore debout. A l’intérieur, ils trouvent un homme qui va leur faire une dangereuse proposition pour survivre au monde extérieur…

 

 

Le film

[3,5/5]

« Lorsque nous avons découvert ce film à L’Étrange Festival 2016, il arrivait déjà précédé d’une flatteuse réputation acquise dans les précédents festivals où il avait été présenté, mais également grâce au concours de cinéastes prestigieux tels que Alejandro González Iñarritu, Alfonso Cuaron ou encore Yann Gonzalez, qui n’ont pas hésité à qualifier le jeune cinéaste de génie. Si ce genre de pratique est désormais démocratisée et que l’on peut toujours douter de l’authenticité de telle ou telle citation, dans le cas présent, on peut affirmer que ces dithyrambes n’étaient en rien usurpés, tant la force du premier long métrage de ce jeune mexicain de 26 ans force une certaine admiration. (…)

We are the flesh débute de façon pour le moins déroutante. Le principe est simple, faire ressortir les instincts les plus primaires de l’être humain et, en la matière, le jeune cinéaste n’a clairement pas froid aux yeux, nous forçant à regarder ce que notre morale nous force habituellement à enfouir au plus profond de nous. Thématiquement, on peut penser au concept de l’extrême Subconscious cruelty de Karim Hussain, œuvre majeure de la culture underground, déjà présentée à l’étrange festival il y a quelques années. Plastiquement, on est assez proche des premiers travaux de Alejandro Jodorowsky, avec son surréalisme et ses scènes psychédéliques.

Bien sûr, il s’agit d’une œuvre difficile d’accès qui, même à L’Étrange Festival, n’a pas pu faire l’unanimité. Faisant le choix d’une narration volontairement hermétique, le cinéaste ne mâche pas le travail à son public. Pourtant, l’on détecte quand même des thématiques assez claires, qui passent essentiellement par une symbolique particulièrement visible. Le décor principal, que les personnages transforment progressivement en caverne dont la forme évoque l’utérus, symbolise l’idée principale du film qui est la réincarnation. L’ermite pousse le frère et sa sœur à des relations incestueuses, et devant les protestations du jeune homme criant « mais c’est ma sœur », argumente simplement « ton pénis s’en fout ». Ce dernier prône un mode de vie éloigné de toute moralité, entraînant donc inceste, cannibalisme et nécrophilie. Si ce catalogue presque complet de toutes les déviances permises par le cinéma peut faire redouter un simple film provoc petit bourgeois, ses qualités esthétiques le propulsent souvent vers des hauteurs rarement atteintes dans ce type de cinéma. Malgré son jeune âge, Emiliano Rocha Minter est déjà un formaliste de grand talent, et il le sait. Il fait donc passer l’essentiel de ses idées par des symboles, essentiellement religieux, dans un film pourtant profondément athée. Car l’idée principale est la réincarnation dans un monde qui serait pour ainsi dire débarrassé de l’idée même de Dieu. Cette accumulation de perversions pourrait lasser et paraître un peu vaine. Pourtant, la fascination est constante, et l’éblouissement réussit même à percer par fulgurances. Comme dit plus haut, l’influence principale semble être le cinéma de Alejandro Jodorowsky, mais on pense également aux audaces esthétiques du récent Under the skin de Jonathan Glazer. C’est un cinéma de plasticien plus que de scénariste, et il sait donc faire passer l’essentiel de son propos par l’image, et non par des dialogues trop explicatifs. (…)

We are the flesh n’est évidemment pas à mettre entre toutes les mains, on ne peut que se réjouir de ce type de proposition aventureuse, à une période d’uniformisation extrême. La société Blaq Out éditera le film courant 2017, et on les en félicite, même si l’on aurait évidemment préféré une sortie en salles. Mais au vu du contenu du métrage, il paraissait improbable qu’un distributeur prenne le risque de l’exploiter, ses thématiques et ses images particulièrement crues exposant clairement le film à la censure. Que les cinéphiles ayant le goût du risque n’hésitent donc pas à se procurer le DVD, car au final, que l’on adore ou que l’on déteste, on ne peut rester indifférent devant le résultat. Un film rare et précieux, en somme. »

Extrait de la critique de notre chroniqueur Sébastien Dard. Retrouvez-en l’intégralité en cliquant sur ce lien.

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

Éditeur indépendant faisant indéniablement partie des plus intéressants en France en termes de qualité et d’audace, Blaq Out a lancé il y a un peu plus d’un an une collection appelée « », destinée à réunir des œuvres inclassables et déroutantes, signées par des cinéastes singuliers aux thèmes et à l’identité formelle très affirmés. « Blaq Market » est donc une collection qui a su captiver non seulement un public amateur de cinéma de genre au sens très large du terme mais aussi tout cinéphile avide de découverte(s)…

La première vague de la collection « Blaq Market » (décembre 2015) réunissait L’enfant miroir (Philip Ridley,) et Der Samurai (Till Kleinert, 2014).

La deuxième vague de la collection « Blaq Market » réunissait Ruined heart (Khavn de la Cruz, 2014) et Aaaaaaaah! (Steve Oram, 2015)

La troisième vague de la collection « Blaq Market » réunissait R100 (Hitoshi Matsumoto, 2013), ainsi que Tetsuo 3 : The bullet man (Shinya Tsukamoto, 2009) + Fires on the plain (Shinya Tsukamoto, 2014)

Aujourd’hui, la quatrième vague de la collection « Blaq Market » est lancée : elle sera composée de We are the flesh, la pépite complètement barrée qui nous occupe aujourd’hui, et sera complétée d’Appel d’urgence / Miracle mile (Steve De Jarnatt, 1988), qui sortira le 13 novembre, et de Knightriders (George A. Romero, 1981), dont la sortie est calée au 1er décembre.

Et comme à son habitude, Blaq Out nous propose pour We are the flesh un master Blu-ray assez sublime : encodage en 1080p, piqué d’une précision absolue, contrastes et couleurs au taquet malgré des séquences très chargées en couleurs vives et pas évidentes à gérer, profondeur de champ accrue… Tout est parfait, c’est un travail d’encodage tout simplement magnifique. Niveau son, l’éditeur se révèle également fidèle à ses habitudes, en ne nous offrant un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 ample, très riche en basses étouffantes et renforçant encore l’impression de malaise largement véhiculée par la deuxième moitié du film.

Niveau suppléments, on trouvera tout d’abord Dentro (2013) et Videohome (2014), les deux premiers -et déjà très étranges- courts-métrages d’Emiliano Rocha Minter. Ces deux derniers sont également proposés en Haute-Définition, et malgré un léger effet de « quadrillage » sur la sublime photo noir et blanc de Dentro, on sera très heureux de découvrir les premiers pas derrière la caméra de ce jeune réalisateur décidément unique. On poursuivra ensuite avec des entretiens avec l’équipe du film (Emiliano Rocha Minter, , Diego Gamaliel et Noé Hernández, pour une durée d’environ une heure), qui reviennent longuement sur l’écriture, le tournage et les personnages du film. On terminera avec la traditionnelle bande-annonce du film, accompagnée de la très rythmée bande-annonce de la collection Blaq Market.

On notera également qu’à l’image des autres titres de la collection, We are the flesh s’offre une sublime jaquette, illustrée par le dessinateur de BD Gnot Guedin.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles