Test Blu-ray : Trois pour un massacre

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Trois pour un massacre

Espagne, Italie : 1969
Titre original : Tepepa
Réalisation : Giulio Petroni
Scénario : Franco Solinas, Ivan Della Mea
Acteurs : Tomas Milian, Orson Welles, John Steiner
Éditeur : Artus Films
Durée : 2h12
Genre : Western
Date de sortie cinéma : 10 novembre 1971
Date de sortie DVD/BR : 7 juin 2022

En plein conflit mexicain, le révolutionnaire Jesus Maria Moran, alias Tepepa, est sur le point d’être exécuté par les hommes du colonel Cascorro. Il est sauvé in extremis par le docteur Henry Price. Fuyant les soldats à leurs trousses, Tepepa va découvrir qu’il n’a pas été sauvé par altruisme mais pour être tué par le docteur lui-même…

Le film

[5/5]

Autrefois annoncée en DVD par Wild Side Vidéo, en parallèle avec une poignée d’autres classiques du western spaghetti, la sortie en vidéo de Trois pour un massacre – alias Tepepa – avait finalement été annulée, en raison d’un désaccord financier avec les ayant-droits du film. Cela dit, en l’espace de presque quinze ans, l’effondrement progressif du format « physique » (DVD, Blu-ray) aura probablement incité les ayant-droits du film à revoir leurs ambitions à la baisse, et c’est finalement aujourd’hui sous les couleurs d’Artus Films que débarque enfin en vidéo le film de Giulio Petroni, qui constitue, avec La Mort était au rendez-vous, le sommet de son Art dans le domaine du western spaghetti.

Pour ceux qui l’ignoreraient, Trois pour un massacre fait partie de ces quelques westerns spaghetti ayant la particularité d’avoir été écrits par l’immense Franco Solinas, scénariste marxiste à qui l’on doit également les scénarios de El Chuncho de Damiano Damiani, de Colorado de Sergio Sollima et de El Mercenario de de Sergio Corbucci. Autant dire donc que c’est du lourd, d’autant que Trois pour un massacre ne se contente pas uniquement de refléter ces sensibilités gauchisto-libertaires de la fin des années 60, mais fait ici également clairement référence aux développements politiques de l’Italie d’après-guerre, et plus particulièrement à la désillusion des partisans communistes qui avaient combattu, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, côte à côte avec leurs compatriotes italiens contre Mussolini et ses chemises noires.

Ainsi, si Franco Solinas n’aborde pas de front le sentiment de trahison ressenti par les communistes lors de la formation du gouvernement d’Alcide De Gasperi au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’ardeur révolutionnaire et les forts sentiments anticléricaux exprimés dans Trois pour un massacre (ainsi que, plus largement, dans la plupart des westerns Zapata) n’en est pas moins l’expression de ces frustrations, traduites sur le mode du western et utilisant autant de codes nouveaux et passionnants.

Trois pour un massacre commence donc quelque temps après la révolution mexicaine, dans une petite ville située non loin de la frontière américaine. Le docteur Henry Price (John Steiner), un ressortissant britannique, est à la recherche de Tepepa (l’extraordinaire Tomas Milian), un célèbre révolutionnaire devenu hors-la-loi, qui a récemment été capturé par les hommes du colonel Cascorro (Orson Welles). Après l’avoir aidé à s’échapper à bord de sa voiture de luxe, le médecin avoue à Tepepa la raison pour laquelle il lui a sauvé la vie : il désire en effet le tuer de ses propres mains…

D’une durée inhabituellement assez longue pour un western spaghetti (2h12), Trois pour un massacre joue clairement la carte de l’atmosphère, changeant régulièrement de tonalité, ce qui lui vaudra d’être un poil inégal par moments. La narration prend le parti d’amener les informations au spectateur de façon parcellaire, par le biais de flashbacks, se chevauchant parfois les uns les autres, ce qui pourra perdre le spectateur quant aux véritables motivations des personnages principaux. Cependant, dans son dernier acte, une fois que tout aura été révélé au public, tout deviendra limpide, même si l’on pourra s’étonner de la noirceur de l’ensemble.

En effet, dans Trois pour un massacre, les idéaux sont oubliés, l’amitié est trahie, et même le personnage incarné par Tomas Milian ne pourra garder les mains propres, incapable qu’il est de prévoir et de comprendre les conséquences de certains de ses actes (comme le prouve clairement le conflit qui l’oppose à Steiner). Et si le film pourra bien sûr avoir des résonances différentes en fonction des spectateurs (Team Steiner ou Team Tepepa ?), son message est cependant clair comme de l’eau de roche : la violence engendrera toujours la violence.

Une leçon à méditer, et à laquelle le réalisateur Giulio Petroni offre un écrin de toute beauté, grâce notamment à sa photo à couper le souffle, à ses larges plans panoramiques ou encore à la musique d’Ennio Morricone. On notera également bien sûr la prestation mémorable d’Orson Welles. Autant d’éléments qui contribuent à donner à Trois pour un massacre un cachet absolument unique…

Le Combo Blu-ray + DVD

[5/5]

Avec cette édition Combo Blu-ray + DVD de Trois pour un massacre, Artus Films nous livre à nouveau un travail éditorial impressionnant et assez extraordinaire, du genre qui impose le respect avant même le déballage puisque comme à son habitude, l’éditeur nous propose une belle édition s’affichant dans un superbe digipack deux volets surmonté d’un fourreau cartonné, le tout orné de deux belles affiches du film.

Le film de Giulio Petroni et les suppléments sont donc réunis sur un beau Blu-ray : chapeau bas à Artus Films donc, d’autant plus que la qualité du master Haute Définition est globalement excellente : pas de souci de compression, encodage maitrisé, format respecté et version intégrale… Du grand Art. Si l’image pourra paraître un poil douce sur la séquence du générique, la définition reprend ses droits par la suite ; le piqué est précis, l’image toujours parfaitement stable, les couleurs sont littéralement explosives et le grain argentique semble avoir été préservé avec soin. Les contrastes ne manquent pas de punch, et les passages nocturnes semblent avoir bénéficié d’un soin tout particulier. Du très beau travail donc, que l’on retrouvera également au niveau sonore, avec deux pistes (italienne / française) mixées en LPCM Audio 2.0 : les deux pistes permettront une immersion idéale dans cet incomparable western spaghetti. Le rendu acoustique s’avère en effet relativement dynamique, d’une belle clarté, sans souffle ni craquements disgracieux, sur l’on fasse le choix de visionner le film en VO ou en VF. Rien à redire niveau technique donc. On notera que les scènes coupées, courtes et parfois vraiment très anecdotiques, sont réintégrées au métrage et proposées en version originale sous-titrée.

Passons maintenant aux suppléments : on commencera avec une présentation du film par Jean-François Giré (37 minutes). Le spécialiste du Western Européen commencera en évoquant la grande qualité de la version longue du film, d’une durée supérieure d’environ 40 minutes à celle qu’il avait découvert à la sortie du film en France. Il continuera en évoquant les acteurs (Tomas Milian, Orson Welles), la mise en scène de Giulio Petroni (« sobre, élégante et inventive ») et en mettant le film en contexte par rapport au « Western Zapata ». On continuera ensuite avec des entretiens croisés avec Giulio Petroni et Tomas Milian (31 minutes), qui reviendront sur le tournage du film et surtout, sur les antagonismes et les mauvais rapports entre Tomas Milian et Orson Welles. Les propos de Tomas Milian sont tirés d’une interview audio. Enfin, en plus de la traditionnelle bande-annonce et de la galerie de photos, on trouvera un générique de début alternatif (4 minutes), uniquement musical. Pour vous procurer cette édition indispensable, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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