Test Blu-ray : Tootsie – Édition « Ultra Collector »

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– Édition « Ultra Collector »

États-Unis : 1982
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : ,
Acteurs : , ,
Éditeur :
Durée : 1h56
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie cinéma : 2 mars 1983
Date de sortie DVD/BR : 17 juin 2020

Michael a beau être un acteur de talent, son sale caractère fait de lui un acteur au chômage. Pratiquement boycotté par tous les metteurs en scène de théâtre, il a soudain une idée de génie : puisqu’il ne peut faire l’acteur, il va devenir actrice. Perruqué, maquillé, rasé en conséquence, il devient Dorothy Michaels et décroche enfin un contrat…

Le film

[4/5]

Presque 40 ans après son succès dans les salles du monde entier, il est bien difficile de déterminer si un film tel que Tootsie pourrait voir le jour à l’identique. Ce n’est pas que le film de Sydney Pollack soit particulièrement osé, gonflé, corsé ou « trash » dans son humour, non. Le film au contraire se révèle assez sensible et évite le plus souvent de façon assez habile le recours à l’humour scabreux. Ce qui nous fait douter de la possibilité de pouvoir remonter un jour un projet tel que celui-ci réside dans la frilosité actuelle entourant les notions de « sexe » et plus largement de « genre ». Il est certes indéniable que nous vivons une époque hyper-sexualisée, au cœur de laquelle la marchandisation, la commercialisation et la médiatisation de la sexualité impactent plus que jamais le développement des enfants et adolescents.

Pour autant, et surtout depuis l’avènement des réseaux sociaux tout puissants, la bien-pensance outrancière de Big Brother exige de plus en plus – et assez paradoxalement, surtout à nouveau si on met dans la balance le développement psychologique et sexuel des enfants et adolescents – que l’on gomme à tout jamais la notion de « sexe » pour plutôt envisager l’être humain selon son « genre ». Il y a quelques jours à peine, la maman d’Harry Potter JK Rowling se faisait littéralement crucifier en place publique sur les réseaux sociaux pour avoir osé affirmer – à demi-mots et sous la forme d’une boutade – l’existence du sexe féminin. Les chromosomes XY, symboles de détermination sexuelle que nous ont pourtant enseignés nos professeurs – forcément réactionnaires ! – depuis de nombreuses années, seraient donc à revoir, comme s’ils constituaient déjà les vestiges d’une époque révolue car trop simpliste.

Dans le monde que nous a légué Mark Zuckerberg, la mise en chantier d’un projet tel que Tootsie, au cœur duquel un comédien au chômage se grime en femme non pas par goût mais dans l’unique but de trouver du travail, ne manquerait de susciter l’indignation du côté des ligues et associations LGBT. Comme si le film de Pollack véhiculait par son « simplisme » toutes les mépris et les haines possibles et imaginables.

De fait, il semble que ce principe du changement de rôles / de sexe, hérité du vaudeville et ayant fait les beaux jours de la comédie toutes nationalités confondues, ne soit aujourd’hui plus vraiment envisageable, du moins au sein, comme ici, d’un film de « studio » à destination d’un public familial. Pour un homme, faire rire les enfants en s’habillant en femme n’est plus seulement « beauf » : c’est devenu « politiquement incorrect ». Putain d’époque, non ?

Car la finalité de Tootsie en réalité était surtout, nous semble-t-il, de mettre en lumière une réflexion pas si superficielle qu’elle n’en a l’air sur la relativité des rapports sociaux en fonction du sexe. En ce sens, Pollack aboutissait à un constat assez lucide : se mettre littéralement à la place de l’autre est l’unique moyen afin de développer une prise de conscience de ce que représente « réellement » l’existence de quelqu’un du sexe opposé. Au-delà du simple fait de se maquiller, d’enfiler des collants et de s’asseoir pour faire pipi, le personnage incarné par Dustin Hoffman en aura donc un aperçu sans équivalent. Mais bien sûr, pour aboutir à cette conclusion, encore faut-il pour le public que la notion de « sexe » veuille encore dire quelque chose, de façon pleine et entière. C’était possible en 1982, et, presque quarante ans après, le film de Sydney Pollack mérite tout autant le détour qu’à sa sortie.

Car si une partie de l’attrait de Tootsie repose bien sûr sur le tour de force physique de Dustin Hoffman, le film parvient tout de même à faire preuve d’une sensibilité à fleur de peau, et à développer une émotion bien réelle lors de son final, spectaculaire, doux-amer et réaliste, surtout dans la façon dont il évite le happy end attendu. Car même au cinéma, et qui plus est dans une comédie, les abus de confiance peuvent avoir des conséquences destructrices. En ne faisant pas l’impasse sur les blessures affectives provoquées par les situations du film, Pollack déjoue la facilité ultime, selon laquelle tout est bien qui finit bien. Un joli film, à redécouvrir.

Le Coffret Blu-ray / DVD + Livre

[5/5]

Comme les autres films de la collection Carlotta Films des « Coffrets Ultra-Collector » dont il constitue le seizième titre (#16), Tootsie s’offre ici un coffret de grande classe au design, au packaging et aux finitions très soignées, qui trônera à coup sûr fièrement sur vos étagères aux côtés des autres titres de la collection. Le visuel a été créé exclusivement pour cette édition par Liza Shumskaya – alias kino-maniac – (très) jeune illustratrice ukrainienne dont le talent a déjà été remarqué sur les réseaux sociaux. Comme d’habitude, le film s’offre une très riche édition Blu-ray + DVD + Livre. Le livre, intitulé « La création de Tootsie », fait rien de moins que 160 pages et s’avère signé de la plume de Susan Dworkin, et complétera de façon remarquable les bonus présents sur le Blu-ray, en approfondissant certains aspects de la production qui y sont trop rapidement évoqués. Le portrait qu’elle dresse de l’acteur-vedette Dustin Hoffman et du réalisateur Sydney Pollack, tout autant que les liens qui les unissent, est tout simplement remarquable. Le bouquin proposé ici est traduit pour la première fois en français, avec des photos exclusives tirées des archives de Sony Pictures Entertainment. Pour parachever le tout, cette édition « Ultra-Collector » est proposée dans une édition LIMITÉE ET NUMÉROTÉE à 3000 exemplaires.

Côté Blu-rayn, Tootsie a été restauré en 4K, et le travail de remasterisation s’avère réellement impressionnant. L’ensemble s’impose en effet avec faste et élégance, nous proposant de découvrir ou redécouvrir le film dans des conditions complètement inédites. Le piqué est d’une précision étonnante, les couleurs et les contrastes littéralement ébouriffants, et l’ensemble présente une stabilité exemplaire. Côté son, les pistes VO / VF d’origine encodées en DTS HD Master Audio 1.0 mono d’origine font le djaube sans aucun souci. Mis à part un très léger souffle occasionnel sur la version française, l’ensemble est exempt de défauts majeurs. On notera que la VO est également proposée en DTS-HD Master Audio 5.0, et propose un bon confort d’écoute, un bon dynamisme, bref une immersion absolue, et profite de belle manière à la musique du film signée Dave Grusin.

Rayon suppléments, en plus du livre de 160 pages, on aura droit à quasiment deux heures de bonus vidéo faisant la part belle à Dustin Hoffman et Sydney Pollack. Sur la galette à proprement parler, on commencera avec « Un homme meilleur », le gros morceau de cette interactivité. Il s’agit d’un long making of rétrospectif réalisé en 2007, d’une durée d’une heure dix, et qui abordera assez longuement tous les aspects de la production. L’attachement de Dustin Hoffman au projet, l’évolution de son scénario en fonction des réalisateurs envisagés, etc. On apprendra notamment qu’à la base, Sydney Pollack n’était pas très chaud pour tourner le film – il n’était en effet guère convaincu que le pitch de départ soit suffisant pour justifier un long métrage. Bien sûr, la transformation de l’acteur principale est également largement évoquée, de même que sa façon d’aborder son changement de sexe à l’écran, éloigné de tous les clichés auxquels on aurait pu s’attendre. Le documentaire alterne les entretiens récents avec l’équipe du film (Dustin Hoffman, Sydney Pollack, Teri Garr, Jessica Lange…), les entretiens d’époque et quelques moments volés sur le tournage. On continuera ensuite avec un making of d’époque (34 minutes), qui s’avérera assez étonnant par sa durée et sa façon de survoler le tournage de façon assez complète – il est en effet assez rare de trouver des sujets tournés dans les années 80 dépassant les dix minutes… L’ensemble est intéressant, et pas trop redondant même si des extraits du sujet sont repris dans le making of de 2007. On continuera ensuite avec des essais vidéo de Dustin Hoffman (3 minutes), de garde-robe notamment, à priori enregistrés en 1980 aux côtés de Hal Ashby, à qui la réalisation de Tootsie avait été confiée. On terminera enfin avec neuf scènes coupées (11 minutes), anecdotiques mais parfois amusantes, et une sélection de bandes-annonces. En deux mots comme en cent, voici donc une interactivité riche et parfaite, qui procurera beaucoup de plaisir aux amateurs du film et du cinéaste.

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