Test Blu-ray : The Shadow

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The Shadow

États-Unis : 1994
Titre original : –
Réalisation : Russell Mulcahy
Scénario : David Koepp
Acteurs : Alec Baldwin, John Lone, Penelope Ann Miller
Éditeur : L’Atelier d’Images
Durée : 1h48
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 2 novembre 1994
Date de sortie DVD/BR : 5 octobre 2021

Autrefois criminel violent et sanguinaire semant la terreur au Tibet, Lamont Cranston, désormais repenti, a appris à disposer de sa part d’ombre pour vaincre le mal et protéger New York des malfaiteurs grâce à ses nombreux pouvoirs. Sous le nom de The Shadow, il se bat toutes les nuits contre le crime pour faire régner l’ordre et la justice sur la ville. Mais le quotidien du héros légendaire est perturbé lorsque son ennemi juré Shiwan Khan, doté des mêmes pouvoirs, refait surface en menaçant de tout détruire à l’aide d’une bombe atomique. L’affrontement est inévitable…

Le film

[3/5]

Blockbuster produit par la Universal au milieu des années 90, The Shadow est le témoin d’une courte période de flottement à Hollywood, que l’on pourrait situer grosso-modo entre Jurassic Park (1993) et Matrix (1999). Ces quelques années furent en effet marquées par une large série de mutation dans les goûts du public, qui se sont traduites par un renouvellement des formes du divertissement – c’est le chant du cygne du « Blockbuster » tel qu’on l’envisageait jusqu’alors.

En vérité, il semble bien que les grands studios ne comprenaient plus rien aux envies du public. Cette incompatibilité occasionna inévitablement une série de fours monumentaux, ayant largement alimenté la chronique au moment de leurs sorties respectives : on pense notamment à Last Action Hero (1993), Waterworld (1995), L’Île aux pirates (1995), Postman (1997), Sphère (1998), Le 13ème Guerrier (1999)… Si bien sûr The Shadow était une production plus modeste, le film de Russell Mulcahy est tout de même un gros échec au box-office, ne totalisant que 48 millions de dollars dans le monde pour un budget estimé à 40 millions. En France, le film n’attirerait qu’un peu plus de 111.000 spectateurs.

Il faut dire aussi que The Shadow semblait, déjà sur le papier, une production anachronique, vouée à l’échec pour deux raisons qui nous paraissent aujourd’hui, avec le recul, assez évidentes. La première raison réside dans la nature même du personnage de The Shadow. Héros de « pulp » créé par Walter B. Gibson, The Shadow fut, dans les années 30/40, un personnage extrêmement populaire – plus de 300 romans et nouvelles lui furent consacrés, et il devint également l’objet d’un feuilleton radiophonique, de plusieurs comics, mais également de sérials et de longs-métrages. Suite au succès d’une nouvelle série de comics signée Gerard Jones et Eduardo Barreto chez DC Comics entre 1989 et 1992, une poignée de producteurs mal avisés décidèrent qu’il était temps pour The Shadow de revenir au cinéma. Voilà qui, à une époque où Spider-Man, Iron Man et les autres super-héros de chez Marvel n’avaient pas encore envahi les écrans, paraissait un peu prématuré, d’autant que le scénariste du film David Koepp a fait le choix, en accord avec la production, de ne pas déplacer The Shadow dans le temps, et de situer le récit dans les années 30.

La deuxième raison de l’insuccès de The Shadow est probablement imputable, du moins en partie, à la personnalité de son réalisateur Russell Mulcahy, qui a toujours eu des difficultés à concilier le fond et la forme dans son cinéma. Au contraire d’un gars comme Peter Hyams, honnête artisan de la série B qui a toujours su privilégier l’efficacité aux artifices techniques et aux effets stroboscopiques, Russell Mulcahy n’est jamais vraiment parvenu à se trouver un style hors des clips « plus 80’s tu meurs » qui l’ont fait connaître. D’où une carrière en dents de scie oscillant le plus souvent entre le mauvais et le très mauvais, allant d’un Highlander ô combien surestimé à une flopée de téléfilms qui feraient passer le cinéma d’Uwe Boll pour du Kubrick. Cependant, la carrière de Russell Mulcahy comporte également quelques exceptions confirmant la règle, de petits trésors intouchables que l’on peut certes compter sur les doigts d’une main, mais qui lui permettront sans aucun doute de laisser une marque de son passage artistique sur cette Terre – on pense notamment à Razorback (1984) ou à Assassin Warrior (1996).

Bénéficiant d’un budget confortable, Russell Mulcahy réussit néanmoins partiellement son coup avec The Shadow. Ainsi, si l’on excepte une poignée d’effets visuels complètement ratés, on irait même jusqu’à affirmer que le film développe aujourd’hui un certain charme désuet, doublé d’une facture formelle assez séduisante. Ainsi, le New York Art Déco des années 30 que nous donne à voir le film est assez bluffant, et rien que pour son production design, il vaut clairement le coup d’œil. Cependant, comme on l’a déjà dit, The Shadow est également absolument typique de cette période des 90’s durant laquelle les studios se laissaient aller à produire tout et n’importe quoi, adaptant toutes les franchises qui leur passaient sous la main sans ne rien y comprendre – on pense bien sûr à des films tels que Mortal Kombat, Spawn, Double Dragon, Kull le conquérant, Street Fighter, The Mask, Power Rangers, Tank Girl, Super Mario Bros, Judge Dredd ou encore Barb Wire. Des films que l’on pourra certes qualifier d’incohérents et à moitié gogols, mais se révélant dans l’ensemble assez capables de caresser dans le sens du poil l’amateur de curiosités déviantes.

Ainsi, si The Shadow s’avère souvent un véritable régal pour les yeux, son problème principal a davantage à voir avec sa tonalité, désespérément sérieuse alors qu’elle devrait au contraire, pour être au diapason de sa mise en images, jouer la carte de la légèreté et du décalage. Cet écueil se retrouvera principalement dans la direction d’acteurs : ainsi, à la façon d’un Bill Pullman dans Independence Day (1996), Alec Baldwin n’affiche pas les qualités d’autodérision appropriées pour incarner le personnage du Shadow, et le spectateur rira souvent à ses dépens plutôt que de rire grâce à sa performance. On imagine qu’un acteur tel que Bruce Campbell, un temps envisagé par Sam Raimi pour le remake qu’il devait mettre en scène en 2006, aurait été beaucoup plus à même de susciter les réactions appropriées de la part du public. A ce titre, le seul acteur semblant avoir compris la véritable nature de The Shadow semble être Tim Curry, qui nous offre un véritable festival de grimaces et de regards exagérés, tout à fait dans le mood coloré et outré de l’ensemble.

Cependant, et parce que le film n’est pas exempt de certaines qualités, il y a des chances que dans le cas de spectateurs natifs de la fin des années 80 / début des années 90 ayant découvert The Shadow dans leurs jeunes années, le facteur « nostalgie » fonctionne à plein régime. Pour les autres, disons simplement que l’inventivité de certaines séquences nous apparait aujourd’hui de façon beaucoup plus nette que lors de notre prime découverte du film il y a vingt-cinq ans. Cela ne fait pas de The Shadow un bon film pour autant, mais on admettra tout de même disposer aujourd’hui de suffisamment de recul pour en apprécier tout à la fois les qualités et les défauts – et même si cela fait un peu mal de l’avouer, le fait est que le film de Mulcahy mérite un peu mieux que l’obscurité et l’oubli dans lequel il est retombé depuis sa sortie dans les salles.

Le Blu-ray

[4,5/5]

C’est donc L’Atelier d’Images qui nous permet aujourd’hui de (re)découvrir The Shadow au format Blu-ray, dans une belle édition boitier Amaray surmonté d’un fourreau holographique reprenant le « logo » du personnage créé par Tom Martin. La jaquette reprend quant à elle l’affiche du film dessinée par Brian Bysouth (Willow, Jack Burton…) ; on notera qu’il s’agit d’une jaquette double-face, mais présentant le même visuel sur les deux faces. Côté master Haute-Définition, aussi bien côté image que côté son, on a là une édition d’excellente tenue. Les couleurs sont éclatantes, les contrastes boostés à mort (peut-être un poil trop sur certaines séquences), et le film conserve sa granulation d’origine, tout en nous proposant un niveau de détail très fin et satisfaisant. Bien sûr, on notera quelques passages un peu moins en forme que d’autres, mais l’éditeur a tenu éloignée la tentation d’avoir recours au réducteur de bruit pour « uniformiser » le rendu général. Côté audio, VF et VO nous sont proposées en en DTS-HD Master Audio 5.1, et dans les deux cas, le rendu acoustique est tonitruant, plein d’emphase dans ses effets acoustiques, surtout lors des très remuantes scènes d’action. Les dialogues sont clairs et la partition de Jerry Goldsmith toujours à l’honneur. On notera que l’éditeur nous propose également un mixage Auro-3D (13.1 !) pour la version originale.

Du côté des suppléments, l’éditeur est allé à la pêche aux bonus au cœur des différentes éditions de The Shadow dans le monde, et nous a dégotté plusieurs petits trésors. On commencera avec une featurette d’époque (9 minutes), très orientée promo et composée d’images du tournage et de courts entretiens, notamment avec le réalisateur Russell Mulcahy et le scénariste David Koepp. On continuera avec un supplément typique des éditions allemandes, à savoir une compilation d’images du tournage (19 minutes). Il s’agit d’images promotionnelles proposées aux différents pays du monde afin qu’ils composent eux-mêmes leurs petits sujets « maison » ; on les voit régulièrement fleurir telles quelles, c’est-à-dire en vrac, sans sous-titre et sans le moindre commentaire, sur les éditions en provenance d’Allemagne. Elles ne disposent ici non plus d’aucun sous-titre, mais ont l’avantage de nous donner une petite idée de l’ambiance sur le tournage. Nettement plus intéressant, on s’attardera ensuite sur un making of rétrospectif (24 minutes) issu de l’édition américaine du film chez Shout Factory. Il s’agit d’un retour amusant et informatif sur la genèse du film, composé d’entretiens avec Russell Mulcahy, Alec Baldwin (qui affiche un look très négligé), David Koepp, Penelope Ann Miller, mais également du production designer Joseph C. Nemic III et du directeur de la photographie Stephen H. Burum. Ces entretiens, annoncés sur la jaquette du film comme « récents », ont été enregistrés en 2014.

Le sujet suivant a été enregistré tout spécialement pour cette édition française de The Shadow : il s’agit d’une présentation du film par Océane Zerbini (15 minutes). Si son nom sera probablement inconnu de la plupart des gens, l’éditeur nous apprend qu’il s’agit d’une « spécialiste en Pop Culture » dont on peut lire quelques critiques sur le site Les Chroniques de Cliffhanger & Co. A l’aise devant la caméra, elle reviendra sur les origines de The Shadow, puis sur son adaptation devant la caméra de Russell Mulcahy. Les acteurs, l’adaptation des « pulps » par David Koepp, les décors, les costumes, le réalisateur ainsi que la pérennité du film seront abordés avec franchise, sans en oublier les défauts non plus. L’enthousiasme sans faille dont fait preuve l’intervenante est sans doute, comme on l’avait dit un peu plus haut, lié au fait qu’elle est née dans les années 90 et éprouve sans aucun doute une certaine nostalgie pour The Shadow – ce que beaucoup de cinéphiles plus âgés ne partageront pas.

Océane Zerbini reviendra ensuite avec une courte analyse de séquence (4 minutes), arguant que le film aurait sans doute gagné à être beaucoup plus sombre. On continuera ensuite avec un court-métrage mettant en scène le personnage de The Shadow, A Burglar to the Rescue (1931, 22 minutes), qui nous permettra de nous rendre compte du style très particulier des films mettant en scène le personnage à l’époque, commentés à la façon du feuilleton radiophonique. On terminera enfin avec une sélection de spots TV et de bandes-annonces, le genre de bonus que personne ne regarde jamais mais qui noircissent un peu la jaquette.

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