Test Blu-ray : Paiement cash

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Paiement cash

États-Unis : 1986
Titre original : 52 Pick-up
Réalisation : John Frankenheimer
Scénario : John Steppling, Elmore Leonard
Acteurs : Roy Scheider, Ann-Margret, John Glover
Éditeur : Sidonis Calysta
Durée : 1h50
Genre : Policier, Thriller
Date de sortie cinéma : 14 janvier 1987
Date de sortie DVD/BR : 16 octobre 2021

Industriel à Los Angeles, Harry Mitchell mène une existence paisible auprès de sa femme. Mais un jour, tout bascule. Trois individus lui font savoir qu’ils sont en possession de la vidéo de ses ébats avec sa jeune maîtresse. Contre la somme de 100.000 $ par an, ils lui promettent le silence. Plutôt que de céder au chantage, Mitchell tente de monter les maîtres-chanteurs les uns contre les autres. Une stratégie à haut risque et à l’issue incertaine…

Le film

[3,5/5]

La popularité d’Elmore Leonard (1925-2013) auprès du grand public a véritablement explosé dans les années 90, qui ont vu plusieurs de ses romans portés à l’écran : il est en effet impossible d’être passé à côté de certaines adaptations de ses œuvres au cinéma – Get Shorty, Hors d’atteinte et Jackie Brown ont ainsi contribué à rendre son nom absolument incontournable.

Ce dont on se souvient un peu moins en revanche, c’est que les premiers romans d’Elmore Leonard datent des années 50, et qu’Hollywood n’avait pas réellement attendu Quentin Tarantino pour s’intéresser à son œuvre : 3h10 pour Yuma et L’homme de l’Arizona, tous deux réalisés en 1957, étaient en effet déjà des adaptations d’Elmore Leonard. Pour ce qui est des polars, on pourra citer Une si belle garce (1969), Monsieur Majestyk (1974), Stick le justicier de Miami (1985), Cat Chaser (1989) et bien sûr celui qui nous intéresse aujourd’hui, Paiement cash, réalisé par John Frankenheimer en 1986.

Truands crétins, durs à cuire, ambiance sordide et gros problèmes sont donc au programme de Paiement cash, qui suit la trajectoire d’un homme confronté aux conséquences de la plus grande erreur de sa vie. Ayant cédé à l’appel de la chair et trompé sa femme avec une jeune prostituée interprétée par Kelly Preston, le personnage d’Harry Mitchell – incarné par un Roy Scheider plein d’intensité – se verra donc forcé d’entamer des « négociations » avec trois petites frappes totalement imprévisibles évoluant dans le milieu du porno et plus largement de la prostitution.

Relativement fidèle au roman de 1974, Paiement cash met donc face à face un héros dont le monde est en train de s’écrouler et une poignée d’escrocs de pacotille, menés par le charismatique Alan (John Glover, alias de John Clamp dans Gremlins 2). Leur opportunisme et leur malveillance sont décrites avec précision, mais le scénario ne met pas non plus de côté leur bêtise et leur manque de préparation, ce qui tendra à rendre leurs actions parfois déroutantes.

Pour autant, John Frankenheimer appuie également beaucoup sur le danger que représentent ces trois truands à la petite semaine, surtout quand ils se lancent dans leurs manœuvres d’intimidation, mises en scène de façon très théâtrale, avec un goût prononcé pour les phrases choc et les rires sardoniques genre MouahahahahAHHAHA. Torture, meurtres, chantage, ils ne reculeront devant rien pour faire chanter Harry, même s’ils se rendent rapidement compte qu’ils n’ont probablement pas choisi le bon pigeon, pour diverses raisons.

Production Cannon oblige, les activités du trio dans le secteur du divertissement pour adultes seront également largement mises en avant : Paiement cash comporte ainsi de nombreuses scènes de nudité totalement gratuites, doublées de nombreux caméos de vraies stars du porno de l’époque : Randy West, Tom Byron, Amber Lynn, Sharon Mitchell, Ron Jeremy, Herschel Savage, Erica Boyer, Barbara Dare, Cara Lott et Jamie Gillis. Surfant sans vergogne sur les aspects les plus putassiers du cinéma produit par Yoram Globus et Menahem Golan, John Frankenheimer n’hésite pas à se vautrer dans une certaine vulgarité, qui sera finalement assez utile à son récit, dans le sens où ces excès renforcent sans conteste les aspects les plus glauques de son film.

Paiement cash prend donc vite des allures de duel, de confrontation entre un homme intelligent mais aux abois et une bande de truands prêts à tout, même s’ils ne semblent pas réellement ne rien avoir à perdre. Cela dit, les coups de pression et autres manipulations psychologiques opérés dans un sens comme dans l’autre mèneront rapidement le récit à un point de non-retour, et comme on pouvait s’y attendre, c’est bel et bien dans le sang que se terminera cette sombre histoire crapuleuse.

Essentiellement porté par l’intensité de sa mise en scène et de ses acteurs (Roy Scheider, John Glover mais également Clarence Williams III, qui s’avère bien flippant dans son genre), Paiement cash manque peut-être cela dit de quelques enjeux narratifs forts, qui auraient permis au spectateur de rester cloué à son fauteuil du début à la fin. Le récit aborde notamment un début de tension dramatique possible en mettant en scène une rencontre entre Alan et Barbara, la femme d’Harry (Ann-Margret), qui travaille aux côtés du candidat au poste de procureur. Cette intrigue secondaire, qui aurait pu amener une touche de terreur sourde supplémentaire à Paiement cash, semble malheureusement abandonnée en cours de route au profit de l’affrontement entre deux hommes. De fait, le kidnapping de Barbara dans les dernières minutes du film fonctionne ici assez mal, alors qu’il aurait dû être le point d’orgue de la tension du film.

Le Blu-ray

[4/5]

Paiement cash débarque aujourd’hui en Blu-ray sous les couleurs de Sidonis Calysta, éditeur qui semble décidément bien déterminé à nous proposer de nombreux films de la Cannon en Haute-Définition, même si à ce jour il ne semble pas réellement décidé à lui consacrer une collection dédiée. On espère que d’autres suivront, des films de Chuck Norris à ceux de Charles Bronson encore inédits, en passant par des films tels que les deux Allan Quatermain, Les Barbarians, les films d’Albert Pyun ou ceux mettant en scène Lou Ferrigno… Le catalogue de la Cannon est blindé de pépites oubliées…

On est d’autant plus impatients que Paiement cash débarque aujourd’hui en HD dans un master très satisfaisant. L’image est à la fois stable et propre, définition et piqué sont excellents, et l’ensemble s’avère tout à fait fréquentable, en dépit d’un lissage évident du grain argentique. L’encodage ne nous réserve aucune mauvaise surprise non plus, bref, c’est du tout bon. Côté son, VF et VO sont disponibles en DTS-HD Master Audio 2.0 : dans les deux cas, la bande son est claire, parfaitement propre et équilibrée, et s’avère respectueuse du rendu acoustique d’origine, tout en finesse, se concentrant essentiellement sur des ambiances habilement distillées.

Du côté des suppléments, l’éditeur nous propose tout d’abord une passionnante présentation du film par Olivier Père (43 minutes). Il reviendra dans un premier temps sur la carrière et l’œuvre d’Elmore Leonard, puis remettra Paiement cash dans son contexte de tournage – il abordera la carrière de John Frankenheimer au moment du tournage du film, reviendra sur la fidélité au récit de Leonard, sur l’autre adaptation que ferait la Cannon du roman d’origine (L’Ambassadeur, bientôt disponible chez Sidonis Calysta), ou encore sur le fait que l’écrivain soit crédité au générique en tant que coscénariste. Très intéressant ! On terminera le tour des suppléments avec la traditionnelle bande-annonce, qui s’accompagnera d’un documentaire sur John Frankenheimer (59 minutes), tiré de la collection « The Directors » (1997), et riche en interventions non seulement de Frankenheimer lui-même, mais également de personnalités ayant travaillé avec lui : Samuel L. Jackson, Kirk Douglas, Angela Lansbury, Roy Scheider, Ann-Margret, Frank Sinatra…

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