Test Blu-ray : Novices libertines

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Italie, France : 1980
Titre original :
Réalisation :
Scénario : Claudio Fragasso
Acteurs : , , Paola Corazzi
Éditeur :
Durée : 1h32
Genre : Drame, Historique
Date de sortie cinéma : 11 mars 1981
Date de sortie Blu-ray : 15 avril 2021

En Lombardie, au début du XVIIème siècle, la jeune Virginia de Leyva entre au couvent de Monza. Issue de la noblesse locale, son ambition lui permet rapidement d’accéder au rang de mère supérieure, s’attirant en contrepartie haine et jalousie, au point de devenir la cible d’un tueur. Au sein de ce couvent où des passions coupables se nouent, où des complots s’ourdissent et où le pouvoir de l’Inquisition peut se manifester à tout instant, Virginia sera-t-elle capable de lutter contre la tentation de la chair et d’empêcher que ce lieu dédié à Dieu ne devienne celui de débauches infernales ?

Le film

[3,5/5]

Nunsploitation : mot-valise formé de nun – sœur ou nonne – et exploitation

Petit cousin du « Film d’inquisition » avec qui il partageait le contexte et une partie des thématiques, le sous-genre du cinéma d’exploitation appelé « Nunsploitation » a connu son heure de gloire dans la première moitié des années 70, principalement en Italie et au Japon. Né du succès international des Diables de Ken Russell en 1971, le genre impliquait – comme son appellation l’indique – la présence de nonnes, de « bonnes sœurs » chrétiennes résidant dans un couvent, la plupart du temps au Moyen-Âge. Jonglant toujours avec des thèmes de nature religieuse ou sexuelle, la Nunsploitation était un genre dont la popularité s’est largement construite sur un parfum de souffre ou de scandale – la surenchère dans la violence et l’érotisme y était souvent de mise afin de « choquer le bourgeois » de l’époque.

La Nunsploitation a ainsi donné naissance à plusieurs dizaines de bandes bien déviantes avant de vaguement retomber dans l’oubli, peu aidé de nos jours par une très faible représentation en vidéo dans l’hexagone. Peu de longs-métrages issus des arcanes de la Nunsploitation ont en effet vu le jour en DVD en France, et encore moins au format Blu-ray. Ainsi, avec cette édition Haute-Définition de , n’est en effet que le deuxième éditeur français à nous proposer de nous plonger dans ce genre méconnu, quelques années après Les démons de Jess Franco, sorti en Blu-ray en 2017 sous les couleurs d’Artus Films.

Un cinéma féministe ?

Prenant le plus souvent de sacrées libertés avec la notion de « véracité historique », les films issus de la Nunsploitation étaient presque toujours largement teintés d’érotisme et de violence sadique, et mettaient en scène des fantasmes profondément phallocrates – ils s’orientaient donc à priori plutôt vers un public très masculin. Pourtant, d’une façon assez paradoxale, ils alimentaient tout de même une réflexion historique et sociologique assez forte sur la place de la femme dans la société – médiévale bien sûr, mais aussi, par extension, dans la société des années 70.

Ainsi, il n’est pas interdit de penser que sous ses abords sulfureux, le genre développait à sa manière une espèce d’ébauche de réflexion féministe. On retrouvera cette volonté de dénoncer les violences faites aux femmes dans le portrait sans concession que le genre dressait de ses personnages féminins réprimés, violés, torturés. Le destin tragique de ces femmes trouvait d’autant plus d’écho dans la société que les films étaient souvent tirés de faits réels, et de personnalités dont le martyre était devenu tristement célèbre.

C’est par exemple le cas de , qui nous proposait de (re)découvrir l’histoire de la « Religieuse de Monza », alias Marianna de Leyva, une nonne ayant fait l’objet d’un scandale au début du dix-septième siècle en Italie en donnant naissance à deux enfants et en se rendant complice du meurtre d’une autre religieuse dans le but d’étouffer l’affaire. Cette histoire avait déjà inspiré de nombreux artistes au fil des siècles, et avait déjà été abordée à trois reprises au cinéma au cours des années 60 : dans La nonne de Monza (Carmine Gallone, 1962), sous un angle parodique dans la comédie Le religieux de Monza (Sergio Corbucci, 1963), avec Totò, puis dans La religieuse de Monza (Eriprando Visconti, 1969).

Comme un polonais

Autant dire donc qu’au moment où sort sur les écrans en 1980, les italiens connaissent bien l’histoire de ladite religieuse. Parallèlement, la Nunsploitation est également – et très clairement – en perte de vitesse à cette époque. Les grands classiques du genre (Flavia la défroquée, Lettres d’amour d’une nonne portugaise, Le couvent de la bête sacrée…) remontent déjà à quelques années en arrière, et ses représentants dans les salles s’espacent de plus en plus. Cependant, grâce à une coproduction entre l’Italie et la France, et grâce à la popularité dans l’hexagone du cinéaste d’origine polonaise Walerian Borowczyk, auteur de films tels que La bête (1975) ou encore Intérieur d’un couvent (1977), est parvenu à donner vie à son récit, imaginé pour l’écran par son compère Claudio Fragrasso.

Le fait de dresser un parallèle entre et le cinéma de Borowczyk n’est pas une vue de l’esprit : en effet, et Claudio Fragrasso ont poussé le vice jusqu’à aller piquer une séquence entière de La bête – un cheval en train de démonter une jument – afin de l’insérer au début de leur film, en montage alterné, avec la profession de foi de Sœur Virginia Maria. Une idée qui crée immédiatement un effet choc et violemment anticlérical, en plus d’annoncer la couleur pour la suite. Pour autant, et pour les cinéphiles ne connaissant de que la poignée d’œuvres jusqu’ici exploitées au format DVD / Blu-ray en France, cette séquence inaugurale a de quoi surprendre, justement parce qu’elle nous propose bel et bien une idée de mise en scène, certes mise en forme avec les prises de vue d’un autre cinéaste, mais une idée tout de même.

Alors quoi, , ce cinéaste quasi-unanimement reconnu comme étant l’un des plus nuls de sa génération, serait en réalité un cinéaste capable de nous proposer de vraies idées de mise en scène ? Mais… Mais… Ça serait pas un cliffhanger là ou quoi ?!

– Naissance d’un cinéaste

Ainsi, le véritable tour de force que nous propose ce mois-ci – avec avec sa vague de trois films consacrés à – semble bel et bien être de nous permettre de réaliser que le cinéaste à qui l’on doit Virus cannibale, un des summums du « nanar » des années 80, était en fait un artisan sincère, et à l’occasion tout à fait capable de nous livrer un beau morceau de cinoche. De cinoche d’exploitation, bien sûr (lecteurs des Cahiers du Cinéma, passez votre chemin !), mais du « bon », que l’on peut se mater sans arrière-pensée rigolarde, et que vous pourrez visionner entre potes sans qu’il y ait forcément un blaireau pour ricaner comme un blaireau (avec son rire de blaireau).

constitue donc le premier acte de cette « découverte » du cinéma de Mattei initiée par l’éditeur français, et force est de reconnaître que malgré ses maladresses, le cinéaste nous propose ici un solide représentant de la Nunsploitation, sérieux et dôté d’une ambiance remarquable, créant chez le spectateur une sensation de mort imminente, accentuée par les cadrages, la sublime photo de Giuseppe Bernardini et par la musique de Gianni Marchetti, qui n’hésite à appuyer sur un sentiment d’oppression, et ajoute presque une dimension « fantastique » à certaines scènes. Tout n’y est certes pas parfait : le film est un peu déséquilibré par ses (trop) nombreuses scènes érotiques, mais dans l’ensemble, Mattei et Fragasso marquent des points dans leur dénonciation de l’obscurantisme religieux.

On terminera avec un petit mot sur les acteurs : le rôle de Marianna de Leyva alias Sœur Virginia Maria est incarné par la tchèque , victime régulière du cinéma Bis, puisqu’elle fut également victime du cannibale d’Anthropophagous (1980), pendue par les nibards dans Cannibal Ferox (1981), et tuée d’une bouteille dans la schneck dans L’éventreur de New York (1982). On trouvera aussi au casting du film les yeux exorbités de , essentiellement connu pour sa prestation dans Virus cannibale. Parmi les autres têtes connues des amateurs de Bis présentes au casting, on pourra noter Paola Corazzi (une spécialiste de la Nazisploitation), (la victime de Tomás Milián finissant pendue au lustre dans La rançon de la peur), (embrochée sur le lit dans La baie sanglante), Mario Novelli (connu pour sa carrière dans le western spaghetti sous le nom d’Anthony Freeman) et (la gouvernante tarée de Blue holocaust).

Le Blu-ray

[5/5]

était jusqu’ici plus connu sous le titre Vœux de sang, qui avait été utilisé pour sa distribution en VHS dans les années 80. Pour son arrivée sur support Blu-ray sous les couleurs du Chat qui fume, retrouve donc le titre sous lequel il fut exploité en France en 1981 – un titre volontairement orienté « film de cul », et pour cause : à sa sortie, le film de s’était vu enrichi d’une poignée de séquences classées X afin d’être exploité dans le circuit – alors encore florissant – des salles pour adultes.

Comme on l’a déjà indiqué un peu plus haut, fait partie d’une vague de trois films de Buno Mattei à voir le jour en Blu-ray ce mois-ci : surveillez les colonnes de votre site préféré – le notre, hein ! – pour découvrir d’ici quelques jours les critiques et tests de et Bianco Apache, deux westerns mis en boite en 1987, tous les deux mis en scène par et Claudio Fragasso. Comme d’habitude avec , ce Blu-ray de s’offrira la forme d’un élégant Digipack trois volets, dont la conception graphique est à nouveau signée par le talentueux Frédéric Domont. L’ensemble est surmonté d’un joli fourreau cartonné aux couleurs du film, et il s’agit d’une édition limitée à 1000 exemplaires.

Du côté de la galette à proprement parler, c’est du très beau travail, autant du point de vue technique qu’éditorial. Préservant la granulation d’origine tout en nous proposant une image propre, stable et imposant sans peine des couleurs naturelles (bien que peut-être un poil froides), ce Blu-ray de fait réellement honneur au support. La copie sont de très bonne tenue, avec un grain cinéma respecté, et des contrastes finement travaillés. L’ensemble manque certes peut-être un peu de piqué, mais on ne repère aucun bidouillage numérique à l’horizon, c’est du tout bon. Côté son, l’éditeur nous propose VF et VO en DTS-HD Master Audio 2.0, sans (trop de) souffle ni bruits parasites. Les dialogues sont parfaitement clairs, et les amateurs apprécieront la VF d’époque, un peu surannée sur les bords – attention cela dit, la VF n’est disponible que sur la version « censurée » d’une durée d’1h22 – la version intégrale dure quant à elle 1h32.

Dans la section suppléments, nous a réservé, en plus des traditionnelles bandes-annonces, un long entretien-carrière consacré à Claudio Fragasso, divisé en trois parties, et dont nous trouverons une partie sur chaque Blu-ray de cette vague de films. La première partie de cet entretien avec Claudio Fragasso (39 minutes) est donc consacrée à la période 1972-1983. Il y reviendra donc sur sa passion du cinéma, qui l’a pris dans ses filets dès son plus jeune âge. Il reviendra sur son amour du Bis et du cinéma de Sergio Leone, avant d’évoquer ses débuts, puis sur sa rencontre – décisive – avec . Il évoquera donc leur travail en commun sur , mais également d’une façon plus générale, se remémorant la façon dont ils se partageaient les tâches d’un film à l’autre. Mattei était ainsi d’avantage considéré comme le « technicien » du duo, tandis que Fragasso se chargeait plus volontiers de la direction d’acteurs. Le tournage de L’autre enfer (qui se déroulait en même temps que celui de ) ainsi que celui de Virus cannibale sont également évoqués. La suite au prochain épisode…

Pour plus d’informations sur le Blu-ray de , et Bianco Apache, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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