Test Blu-ray : Meurtres sous contrôle

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Meurtres sous contrôle

États-Unis : 1976
Titre original : God told me to
Réalisation : Larry Cohen
Scénario : Larry Cohen
Acteurs : Tony Lo Bianco, Deborah Raffin, Sandy Dennis
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h30
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 11 juillet 1979
Date de sortie DVD/BR : 18 mars 2021

À New York, l’inspecteur Nicholas enquête sur une série de meurtres sans mobile apparent. Les différents assassins prétendent tous avoir agi à la demande de Dieu. Détail étrange : aucun d’eux n’est un expert en armes à feu, et pourtant tous ont fait preuve d’une précision remarquable…

Le film

[5/5]

Figure majeure de la série B américaine, Larry Cohen a offert au cinéma de genre des années 70/80 certaines de ses perles les plus mémorables. Surtout réputé pour ses talents de scénariste, Cohen a cependant endossé à quelques reprises la casquette de réalisateur afin d’illustrer à l’écran les délires les plus fous de son esprit ô combien créatif. Bébé mutant très enclin au meurtre, dragon volant s’attaquant à New York, yahourt vorace dévorant les êtres humains… L’imagination de Larry Cohen semble ne connaître aucune limite, mais aucun de ses films ne s’avère probablement aussi barré et étrange que l’immense Meurtres sous contrôle, sorti aux États-Unis à l’automne 1976, et découvert en France début 1977 à l’occasion du cinquième Festival international du film fantastique d’Avoriaz.

A première vue, il semble bien difficile de faire rentrer Meurtres sous contrôle dans une « case » prédéfinie, tant le film mélange les genres et les tonalités. Comment le décrire donc ? On pourrait arguer qu’il s’agit d’un pamphlet gentiment anticlérical, se situant quelque part entre le polar urbain (avec même un zeste de Blaxploitation), la science-fiction pure et l’horreur de type « body horror » alors naissante (et pour cause, le Frissons de David Cronenberg n’est sorti qu’un an auparavant). Mais limiter Meurtres sous contrôle à cela serait une erreur, tant le film s’avère unique et insaisissable.

Meurtres sous contrôle met en scène Tony Lo Bianco dans la peau d’un flic de New York. La grosse pomme pourra d’ailleurs être considérée comme un personnage à part entière au cœur du récit, tant la mise en scène de Larry Cohen semble toujours vouloir la saisir « sur le vif ». Même sans être au courant du processus de production et/ou de tournage du film, il semble manifeste, dans la plupart des (très nombreux) plans urbains que propose Meurtres sous contrôle, que le film de Larry Cohen a été tourné sans autorisation, au milieu des passants qui, souvent, regardent la caméra, la pointant même du doigt au détour d’une séquence.

Cette volonté de toucher du doigt la « réalité » de la ville est une des caractéristiques les plus flagrantes du film, et contribue clairement à en faire un long-métrage singulier, au cœur duquel le spectateur a constamment l’impression que tout peut arriver. C’est tout particulièrement remarquable durant la séquence du défilé de la St Patrick, qui suit un Andy Kaufman (oui, celui à qui Jim Carrey et Milos Forman rendront hommage dans Man on the moon) défilant, habillé en flic, à côté de centaines de vrais policiers ne cessant d’ailleurs de le dévisager.

Meurtres sous contrôle développe également, tout au long de son récit, un lien étroit avec la religion, ainsi qu’avec l’idée de « foi ». Il s’agissait peut-être pour Larry Cohen d’une façon de s’inscrire, à sa manière, dans la vague d’une certain cinéma fantastique « religieux » très en vogue à l’époque (Rosemary’s baby en 1968, L’exorciste en 1973…). Néanmoins, la façon dont Larry Cohen amènera l’aspect fantastique au cœur de son récit sera radicalement opposé à la façon dont le faisaient les films de l’époque.

En effet, grâce à sa volonté de filmer New York au plus près de l’asphalte, Meurtres sous contrôle s’imposera – dans un premier temps du moins – comme extrêmement pragmatique, naturaliste, délaissant le surnaturel pour tisser des liens entre religion et criminalité, le tout étant présenté d’une façon brute de décoffrage vraiment saisissante. Ce réalisme de façade est très important, dans le sens où après avoir longuement exposé les principes catholiques et la culpabilité dévorante du personnage principal, ce sont ces éléments qui permettront à Cohen de retourner complètement le spectateur au moment où le récit basculera pour de bon dans l’irrationnel.

Mais au-delà des doutes et du trouble torturant littéralement le personnage incarné par Tony Lo Bianco, c’est de l’Amérique toute entière dont parle Larry Cohen, évoquant clairement l’insécurité constante du peuple américain face à ses croyances, et surtout face à ses démons. Au détour d’une séquence, il cite explicitement le canular d’Orson Welles sur La guerre des mondes en 1938, ayant littéralement semé la panique dans le pays, mais rien n’y fera…

Ainsi, la découverte que derrière chaque américain peut se cacher un meurtrier tuant « au nom du Seigneur » aura raison de toute rationalité au sein du pays. Avec Meurtres sous contrôle, Larry Cohen montre que sous le calme apparent, les États-Unis sont toujours au bord de l’implosion, la peur se propageant comme une épidémie.

Mystique, ambitieux et complètement incontrôlable, Meurtres sous contrôle bifurquera par ailleurs à mi-parcours pour aborder de plein fouet une histoire de science-fiction directement héritée des délires paranoïaques US des années 50, qui avaient en partie alimenté l’intrigue des Envahisseurs, la série TV culte créée par Larry Cohen en 1967. Partant dans tous sens sans nécessairement chercher à traiter dans le détail chacune des thématiques, le film de Larry Cohen n’en demeure pas moins une œuvre incroyablement puissante.

Mieux encore : on ira même jusqu’à affirmer que ses incohérences et ses digressions pour le moins intrigantes contribuent à faire de Meurtres sous contrôle un film à l’atmosphère unique, retranscrivant parfaitement à l’écran le chaos et l’ambiguïté qui règnent dans l’esprit dérangés des personnages campés par Tony Lo Bianco et l’épatant Richard Lynch.

Le Blu-ray

[4,5/5]

Aussi inattendue que réjouissante, la réapparition de Meurtres sous contrôle en vidéo s’est donc faite sous les couleurs de Rimini Editions. Le film de Larry Cohen rejoint donc les rangs de la collection « Angoisse », dans un de ces Combo Blu-ray + DVD auxquels nous a habitué l’éditeur depuis la sortie de Happy birthday to me en 2019. Les collectionneurs sont aux anges, d’autant que comme à son habitude, l’éditeur français a non seulement soigné la qualité de son transfert Haute Définition, mais également veillé au grain en ce qui concerne la qualité des suppléments.

Côté image, la copie est quasi-irréprochable. En effet, la restauration a été faite avec soin, et même si certains plans sont sans doute un peu plus sombres ou un peu plus granuleux que d’autres, cela est probablement dû aux conditions de tournage du film. De fait, le Blu-ray de Meurtres sous contrôle – naturellement encodé en 1080p – s’impose sans peine comme tout à fait respectueux des couleurs et de la granulation d’origine, tout en proposant un piqué et un niveau de détail très satisfaisants. Les pistes audio ne sont pas en reste : les deux mixages (VF / VO) sont proposés en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine). On notera que la version française comporte un très court passage en VO sous-titré, durant la séquence du premier flashback se déroulant dans les années 50. On suppose que le film avait subi une légère coupe en arrivant dans l’hexagone.

Du côté des bonus, Rimini Editions ne perd pas ses bonnes habitudes et nous propose, en plus du traditionnel livret de 24 pages signé Marc Toullec, un peu plus d’une heure de suppléments passionnants. On commencera donc avec une présentation du film par Alexandre Jousse (24 minutes), qui replacera le film dans son contexte de tournage et au sein de la carrière de Larry Cohen avant de nous proposer une intéressante analyse. On poursuivra ensuite avec un entretien avec l’acteur Tony Lo Bianco (12 minutes), qui se remémorera ses souvenirs du tournage et évoquera notamment les méthodes de travail de Larry Cohen. Il évoquera également sa répugnance concernant un des plans prenant place durant l’affrontement final entre son personnage et celui incarné par Richard Lynch. On continuera ensuite avec un super entretien avec Larry Cohen (22 minutes), enregistré en 2015 à l’occasion d’une projection du film au New Beverly de Los Angeles. Plein d’humour, il y reviendra sur différents aspects du film et du tournage. Les anecdotes sont nombreuses et souvent drôles. On aura également droit à un deuxième entretien avec Larry Cohen (9 minutes), enregistré en 2002 au Lincoln Center à New York. Comme à son habitude, le cinéaste y fait le show, sans la moindre langue de bois. On terminera enfin avec un entretien avec Steve Neil, responsable des effets spéciaux (10 minutes), qui reviendra sur sa carrière ainsi que sur sa collaboration avec Larry Cohen sur Meurtres sous contrôle. Passionnant !

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