Test Blu-ray : Meurtre par Intérim

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Meurtre par Intérim

Italie, France : 1971
Titre original : Un posto ideale per uccidere
Réalisation : Umberto Lenzi
Scénario : Umberto Lenzi, Antonio Altoviti, Lucia Drudi Demby
Acteurs : Ray Lovelock, Ornella Muti, Irène papas
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h30
Genre : Thriller
Date de sortie cinéma : 2 février 1975
Date de sortie Blu-ray : 1 août 2022

À Copenhague, Ingrid Sjoman et Dick Butler forment un jeune couple de marginaux qui subsiste tant bien que mal en vendant à la sauvette des revues et photos pornographiques. Ils décident de partir en Italie, dans l’espoir de gagner plus d’argent. Là-bas, en Toscane, recherchés par la police, ils trouvent refuge dans une vaste villa isolée, près de Florence, où vit Barbara Slater, femme issue d’un milieu aisé. Si, dans un premier temps, celle-ci se montre hostile à leur égard, ils finissent par se faire accepter d’elle sans imaginer dans quel traquenard ils sont tombés…

Le film

[4/5]

Meurtre par Intérim n’est pas le premier film d’Umberto Lenzi que nous abordons dans les pages de critique-film ; en vérité, à vue de nez, on a déjà évoqué une demi-douzaine de ses films à l’occasion de leurs sorties sur support Blu-ray ou DVD, sans jusqu’ici prendre le soin de revenir, même brièvement, sur sa passionnante carrière. La raison de cette négligence est finalement simple : on tend en effet à considérer que si le hasard de vos pérégrinations sur Internet vous a mené ici, c’est à priori que vous connaissez déjà Umberto Lenzi…

Cependant, pour ceux qui l’ignoreraient, Umberto Lenzi fut un des cinéastes les plus prolifiques du « Bis » et du cinéma d’exploitation des années 60/70. A l’image de cinéastes tels que Lucio Fulci, Antonio Margheriti ou encore Joe D’Amato, il travaillait vite et s’avérait un excellent technicien : du haut de ses 66 longs-métrages répertoriés sur IMDb, réalisés sur un période de 34 ans (1958-1992), Umberto Lenzi a massivement contribué à donner ses lettres de noblesse au cinéma Bis de l’époque : film de pirates, aventures exotiques, giallo, Euro Spy, film de guerre, western spaghetti, poliziottesco, film de cannibales, horreur… Lenzi a œuvré dans tous les genres, et livré au public une flopée de films devenus de véritables petits classiques du cinéma d’exploitation transalpin.

Sorti dans quelques salles françaises au début de l’année 1975, Meurtre par Intérim possède une particularité notable : celle de n’appartenir clairement à aucun genre prédéterminé. Le film a souvent été vendu comme un film de « sexploitation », mais ce n’est pas réellement le cas. Il emprunte en effet quelques codes au film érotique du début des 70’s, et propose au spectateur nombre de scènes érotiques, mais Meurtre par Intérim va bien au-delà de cela, en nous proposant un mélange des genres relativement malaisant qui deviendrait une des particularités, par exemple, de certains des premiers films de Michel Lemoine (Les Désaxées, 1972). De fait, le film de Lenzi préfigure également un peu un film tel que Les Charnelles de Claude Mulot (1974), dans son mélange d’érotisme et de thriller.

Cependant, on ne pourra pas accuser Umberto Lenzi d’avoir voulu reproduire le style baroque des deux films français, dans le sens où Meurtre par Intérim est sorti sur les écrans italiens en 1971. L’histoire du film nous propose de faire connaissance avec deux hippies, Dick et Ingrid (Ray Lovelock et Ornella Muti) qui, achètent une grosse quantité de magazines et de photos porno pour les revendre en Italie et par là même financer leurs vacances de rêve. Le plan fonctionne sans accroc et, avec l’argent de la marchandise, le couple commence à mener la belle vie en Toscane. Mais la belle vie s’avère beaucoup plus chère que prévu, et quelques jours après leur arrivée, Dick et Ingrid se retrouvent à court d’argent. Peu de temps après, Ingrid tentera de vendre des photos d’elle à oilpé, mais pas de chance, elle les propose à un flic en civil qui ne leur laissera que deux alternatives : soit ils quittent le pays dans les vingt-quatre heures, soit ils vont en prison. Seulement voilà : alors qu’ils ont repris la route, la voiture de Dick et Barbara tombe en panne, et le couple décide de voler un peu d’essence dans un manoir isolé.

On notera que Lenzi prend son temps afin de présenter ses deux jeunes hippies, mais que ce premier acte aurait peut-être se voir légèrement raccourci, dans le sens où c’est quand ils pénètrent dans la maison que tout commence réellement à mijoter. En tentant de siphonner l’essence de la voiture dans le garage, ils sont pris en flagrant délit par Barbara (Irène Papas), la propriétaire d’âge mûr de la résidence. D’abord franchement hostile, Barbara les invite finalement à rester un moment, déclarant que son mari n’est pas en ville. Amour libre oblige, tout ce petit monde s’adonnera à une petite partouze, et la dynamique du trio au cœur de Meurtre par Intérim commencera à changer, et à devenir assez intéressante, dans le sens où le personnage incarné à l’écran par Irène Papas se révélera de loin le personnage le plus intéressant et le plus intrigant de ce petit ensemble. Dans un premier temps, le récit tend à nous la présenter comme une nympho des plus chaudasses, ce qui attisera la jalousie d’Ingrid. Mais plus tard, alors que l’on découvre Barbara en train de jeter les clés de voiture de Dick et Ingrid dans la piscine, puis de placer une liasse de billets dans le pantalon de Dick pendant qu’il dort, le spectateur commence à comprendre que les rouages d’un jeu machiavélique se mettent en branle, et que ce dernier risque de mener nos hippies délurés à leur perte.

Dick et Ingrid ne tarderont pas à se rendre compte que Barbara cache de sombres secrets, dont un cadavre dans sa voiture, et tenteront de retenir leur hôte en captivité. Le jeu du chat et de la souris qui en résulte est inévitablement destiné à se finir dans le sang… A sa manière, Meurtre par Intérim s’impose donc peu à peu comme une variation intrigante sur le thème du « Home Invasion », l’intrigue ne cessant par la suite de se tordre, de se retourner et de jeter de nouvelles cartes sur la table. Umberto Lenzi et ses coscénaristes Antonio Altoviti et Lucia Drudi Demby jouent vraiment avec le spectateur, qui ne pourra jamais deviner dans quelle direction l’action se dirige – c’est d’ailleurs là une des principales forces du film.

Mais il ne s’agit pas du seul élément notable au cœur du métrage : que cela soit dans son atmosphère ou dans ses thématiques, Meurtre par Intérim est un film profondément ancré dans les années 70. L’ambiance post-révolutions de 1968 est palpable, et le film d’Umberto Lenzi fait le choix de placer les deux babas cool au cœur de deux mondes radicalement différents : l’un dans lequel ils font preuve d’un Art certain pour la débrouille et la manipulation, et l’autre dans lequel ils se feront damer le pion par des manipulateurs encore plus subtils qu’eux – ils sont tout à la fois innocents et astucieux, exploiteurs et exploités. On notera également que le film fait référence à certains événements dramatiques de l’actualité de l’époque, tels que les meurtres de la « Famille Manson » en 1969, qui sont explicitement évoqués au détour d’une séquence durant laquelle Dick et Ingrid gribouillent le mot « Pig » sur un mur – on se souvient bien sûr que le même mot avait été écrit avec le sang de Sharon Tate sur la porte d’entrée de la maison du 10050 Cielo Drive.

Avec seulement trois personnages principaux, Meurtre par Intérim se révèle donc au final un thriller psychologique plutôt tendu et bien construit, qui utilise de plus assez habilement les conventions du genre lorsque l’action s’étend au-delà de la maison. Les acteurs sont excellents, la photo signée Alfio Contini (Zabriskie Point) est épatante, et le scénario s’efforce d’atteindre une certaine profondeur philosophique, en ne faisant pas de ses hippies des personnages entièrement négatifs. Cela dit, comme dans le cas de Blowup (Michelangelo Antonioni, 1966), des Sorcières du bord du lac (Tonino Valerii, 1971) ou d’Avoir vingt ans (Fernando Di Leo, 1978), on sent tout de même confusément que le film nous propose un peu de vue un peu aigri et réprobateur sur cette jeunesse libre et pleine de vitalité. Dans le même état d’esprit, on regrette un peu que Meurtre par Intérim se refuse à aborder les motivations de la glaciale Barbara.

Le Blu-ray

[5/5]

Meurtre par Intérim vient donc de débarquer en Blu-ray chez Le Chat qui fume, et fait l’objet d’une superbe édition, qui, à l’image des sorties habituelles de l’éditeur, joue à nouveau d’entrée de jeu la carte du « bel objet » de collection, qui s’imposera comme d’autant plus indispensable que le film mérite amplement d’être (re)découvert. Le Blu-ray du film d’Umberto Lenzi est donc présenté dans une édition au standing grand luxe (un digipack trois volets aux couleurs du film surmonté d’un étui cartonné), dont la maquette a été comme à l’accoutumée composée par Frédéric Domont, qui reprend le visuel de l’affiche italienne du film qui s’avérait, il est vrai, de toute beauté. Bref, s’il devient un peu redondant de le répéter à chaque nouvelle livraison de l’éditeur, il s’agit d’une édition tout simplement parfaite, dans la plus pure continuité du travail éditorial effectué par Le Chat qui fume depuis quelques années. Cela dit, on préfère le répéter à chaque fois quand même, histoire de mettre un peu le nez dans leur merde aux autres éditeurs.

Techniquement, côté Blu-ray, il n’y a rien à redire : le master encodé en 1080p est quasiment irréprochable. Le piqué est étonnamment précis, et on ne retrouve plus la moindre trace de poussière ou autre griffe disgracieuse. Les couleurs et les contrastes affichent par ailleurs une nouvelle jeunesse, tout en respectant scrupuleusement le grain argentique d’origine. Certains plans sont plus doux que d’autres, ce qui est probablement imputable aux conditions de tournage, et l’ensemble est très bien tenu : c’est du très beau travail. Côté son, la VF d’origine et la VO nous sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine : le confort d’écoute est absolu, dialogues et musique sont clairs et répartis de façon équilibrée, sans aucun souffle ou bruits parasites. Du très beau boulot !

Et c’est à nouveau du côté des suppléments que Le Chat qui fume étonnera son monde, avec tout d’abord une très courte série de scènes coupées (46 secondes), inserts à destination des grands garçons probablement destinés à être caviardés au cœur du film pour l’exploiter dans le réseau des cinémas pour adultes. On continuera ensuite avec un entretien avec Umberto Lenzi (23 minutes). Ce dernier y reviendra avec franchise sur les conditions d’écriture et de tournage un peu contrariées de Meurtre par intérim. Imaginé à la base comme un film dans la mouvance d’Easy Rider, évoquant sans détour le sujet de la drogue, le script fut par la suite modifié pour remplacer la drogue vendue par les deux hippies par des photos et des magazines pornos. Malgré les nombreux compromis qui l’ont forcé à modifier considérablement son film, il reconnait tout de même que Meurtre par intérim fonctionne, malgré une série de points faibles qu’il soulève sans la moindre langue de bois. Il reviendra également sur le casting, la photo, la musique et les décors de son film. On terminera enfin avec la traditionnelle bande-annonce. Pour vous procurer cette édition limitée à 1000 exemplaires, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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